Inondations au Sénégal en 2016

  • Last Updated: 15/08/2016
  • Sénégal

Une maison après l'inondation au village de Kouthia Thiambene, le 4 août 2016. TRF/Momar Niang

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Des inondations à Kaffrine révèlent un besoin d'alerte à la communauté et de préparation

Par Momar Niang

KAFFRINE, Sénégal - "C’est la quatrième fois que ma famille et moi subissons les affres de l’inondation." Ces mots qui s’échappent d’une voix chevrotante sont ceux de Fati Camara, une jeune veuve.

La maison où elle vivait avec ses quatre enfants n’a pas résisté à la furie des eaux ayant frappé Kaffrine, au centre du Sénégal, où 175 mm de pluie sont tombés dans la journée et la nuit du dimanche 24 juillet 2016 – un record pour un début d’hivernage.

"Avant, on écopait l’eau et on revenait au bout de deux ou trois jours mais cette fois-ci, nous n’avons rien pu sauver," précise Fati Camara,  essuyant ses yeux larmoyants avec le bout de son châle blanc et fushia.

Son réfrigérateur, qui lui assurait un revenu quotidien avec la vente de glaces, a été emporté par les eaux.

Dans le quartier de Diamaguene, l’eau a tout conquis, laissant des artères entièrement inondées et une multitude de maisons éventrées.

Salimata Ndao a aussi vu son quotidien changer du jour au lendemain.

"Nous avons une maison de 10 pièces dont trois sont en ruine et le reste complètement rempli d’eau," lâche-t-elle d’un ton résigné, déplorant la perte de 80 kilos de mil et une vingtaine de kilos de semences d’arachides.

Ndao, son mari et ses neufs enfants ont trouvé refuge dans les salles de classe de l’école Kaffrine 6 de Kaffrine, en compagnie d’une dizaine d’autres familles.

UNE AMPLEUR INEDITE

Le maire de Kaffrine, Abdoulaye Wilane, relève que jusqu’à présent, un minimum de 1,500 ménages sinistrés ont été recensés.

Pour l’édile de Kaffrine, qui parle de «phénomène extrême», cela fait 11 ans que des inondations frappent sa ville mais cette année, c’est du "jamais vu".

Idy Niang, chef de l’antenne locale de la Direction de l’Environnement et des Etablissements Classés, une entité du ministère sénégalais de l’Environnement, constate qu’"avant, il y avait des inondations mais pas de cette ampleur".

Placée sur une cuvette, la ville de Kaffrine reste une proie naturelle aux inondations qui jusqu’ici frappaient les quartiers populaires de Diamageune et de Kaffrine 2, selon Wilane érigés sur des "zones non habitables et sans système d’assainissement ni de plan d’évacuation des eaux."

A Kouthia Thiambene, situé à une trentaine de kilomètres de Kaffrine, Moth Gouné Samb, le chef de village, n’a pas souvenir d’avoir vécu pire calamité, en dépit de son âge avancé.

"Nous étions totalement impuissants – la preuve, nous nous sommes tous regroupés dans la place centrale du village, abandonnant nos maisons," souligne-t-il.

Dans ce village où l’agriculture est l’activité principale, les paysans déplorent l’ensablement de leurs champs, déjà semés.

"Les champs ont été envahis par les eaux, laissant une pâte boueuse qui empêche l’éclosion des semences d’arachides – soit des semaines de travail en vain," explique calmement Alioune N’diaye, un cultivateur se promenant dans son champ où les énormes crevasses témoignent du passage en force des eaux.

A Kouthia Thiambene, où il est tombé 200mm d’eaux le 24 juillet, la vie est comme suspendue. Près d’une centaine de cases en banco ont été détruites et des tonnes de vivres (essentiellement du mil) et de semences emportées par les eaux.

QUID DU SYSTEME D’ALERTE?

L’extrême climatique qui a touché Kaffrine et sa région a visiblement surpris tout le monde, y compris les services météorologiques.

Si quelques rares sinistrés comme Ndao ont eu vent des prévisions de la météo via le service régional de l’agriculture, ils déplorent que l’information ait manqué de précisions, ne donnant aucun détail sur la quantité ou la durée des pluies.

Diabel N’Diaye, ingénieur agro-météo à l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie reconnaît que "nous n’avons pas donné d’alerte car ne disposons pas de matériel adéquat pour estimer la quantité d’eau qui risque de se déverser".

Il ajoute que "la ville de Kaffrine, ne disposant pas de station météo, ne reçoit les alertes quant à l’intensité de la pluie qu’à travers des sms envoyés au service régional de l’agriculture, qui sert de relai pour alerter la population en commençant par les agriculteurs."

"J’avoue que on n’a pas encore de système qui nous permette d’alerter toute la population et c’est peut être sur ce plan qu’on devrait axer nos efforts," renchérit-il.

Pour Niang, il y a une nécessité de "mieux outiller les services météorologiques afin qu’ils puissent avoir l’information  sur les quantités de pluies." 

LA RESILIENCE S’ORGANISE

Dans Kaffrine et sa région, les organisations communautaires de base (OCB) ne manquent pas d’idées pour améliorer la résilience de leurs localités face aux effets des extrêmes climatiques.

Dans le cadre de la Décentralisation des Fonds Climat, l’une des initiatives du programme BRACED, financé par le gouvernement britannique pour renforcer la résilience aux extrêmes climatiques, 22 projets «pertinents» ont été sélectionnés, explique  Papa Souleymane Coulibaly, assistant de programmes à l’ONG IED Afrique, l’un des partenaires locaux de BRACED.

Avec une centaine de femmes sous sa direction, Fily Traoré – présidente des Femmes forestières, une OCB bénéficiaire des financements de BRACED – entend faire du reboisement l’activité principale de son organisation.

"La déforestation a causé la disparition de diverses variétés d’arbres fruitiers, que nous entendons revaloriser à travers ce projet," souligne-t-elle.  Dans  la région de Kaffrine, la déforestation consécutive aux feux de brousses reste un facteur aggravant des inondations.

Dans la commune de Keur Mbouki, la résilience passe aussi par le reboisement. Dans cette localité, la principale activité économique qu’est l’extraction du sel affecte l’environnement, fait remarquer Seynabou N’diaye.

A la tête d’une OCB qui regroupe les femmes de Keur Mbouki, N’diaye entend corriger la donne par la plantation d’espèces  halophiles – résistant aux effets du sel – ceci grâce au financement du programme BRACED, qui va entamer sa première phase dans la région de Kaffrine.

Au-delà des activités de reboisement, essentiellement portées par des associations de femmes, d’autres projets portant sur la construction de magasins céréaliers surtout dans les zones rurales et la mise en place de parcs de vaccination entre autres seront également financés.

Pour la seconde phase de BRACED, 52 idées de projets ont été déjà reçues, ce qui laisse croire que davantage de financements seront accordés.

 

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