Les femmes kenyanes frappées par la sécheresse sortent de la pauvreté par le commerce

  • Par Benson Rioba
  • 18/01/2018

Nabore Elyo, Magatho Mifo et Bore Lafte photographiées devant la boutique qu’elles possèdent en commun dans le village de Kargi, dans le village de Kargi, comté de Marsabit, Kenya, le 30 novembre 2017. Fondation Thomson Reuters /Benson Rioba

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MARSABIT, Kenya - Ahatho Turuga, veuve, a perdu vingt de ses chèvres dans la sécheresse au début l’année dernière mais cette commerçante envisage de réinvestir dans son troupeau une fois qu’elle aura économisé assez d’argent.

«Je pense que je vais commencer avec quatre chèvres et je verrai comment ça se passe », dit-elle, en rangeant les savons sur I’étagère du haut dans son magasin de Loglogo, à quelques kilomètres de la ville de Marsabit.

Elle se souvient combien les sécheresses fréquentes l’ont laissé au bord du désespoir, tandis qu’elle se débattait pour s’occuper de six de ses propres enfants et de quatre autres qu’elle a adopté après le décès de leur mère. 

Mais Turuga s’en sort mieux depuis qu’elle a rejoint un programme dédié aux entrepreneurs ruraux lancé par le Projet BOMA, à but non lucratif, qui aide les femmes dans les zones sèches du nord du Kenya à lutter contre l’extrême pauvreté et à s’adapter au changement climatique.

L’organisation basée à la fois aux Etats-Unis et au Kenya offre deux ans de formation aux affaires et aux compétences du quotidien ainsi que du mentorat. 

Des groupes constitués de trois femmes reçoivent chacun une bourse de départ de 20 000 shillings kenyans (three women are each given a start-up grant of 20,000 Kenyan shillings (environ 160 euros) et une subvention de progrès de 10 000 shillings pour démarrer une affaire. Une fois la formation complétée, elles continuent de gérer leur affaire -- des petits commerces, épiceries et autres biens ménagers, pour la plupart-- soit seules soit ensemble. 

Les femmes se mettent également ensemble dans des groupes d’épargne d’au moins 15 personnes, qui mettent chacun de côté des sommes mensuelles supérieures à 400 shillings, et octroient des prêts à leurs membres à un taux d’intérêt de 5 à 10%.

Habibo Osman, mère de cinq enfants, membre du même groupe que  Turuga, a pu ainsi subvenir aux besoins de sa famille après son divorce.

Les 1 200 shillings qu’elle gagne chaque semaine du magasin qu’elle a établi comme affaire dans le cadre de BOMA lui a permis d’inscrire son aîné, âgé de 5 ans, dans une crèche. Elle espère économiser suffisamment pour acheter son propre terrain. 

PLUS D’AIDE

Ahmed "Kura" Omar, co-fondateur de BOMA et sous-directeur pour le pays, estime que son Marsabit natal est l’un des comtés les plus arides du Kenya, souvent frappé par des sécheresses prolongées, qui entraînent pour les familles la perte de leur bétail dans une économie essentiellement pastorale. 

«Etant donné qu’il n’y a pas de changement en vue pour ces régimes de sécheresse, nous devons arrêter de compter sur la distribution de nourriture et l’argent de l’aide et créer des solutions durables à plus long terme », a expliqué Kura à la Fondation Thomson Reuters.

Kathleen Colson, la patronne  de BOMA, dit que le programme vise à rompre le cycle de dépendance à l’aide, donnant aux femmes le contrôle de leurs vies et les moyens de sortir de l’extrême pauvreté.  «Les gens doivent être traiter avec dignité et être habilité à atteindre l’autosuffisance et effectuer un changement au niveau de la communauté », dit-elle. 

BOMA demande aux habitants du village de les aider à identifier les femmes les plus pauvres pour qu’elles participent à la formation. Une fois le programme achevé, elles aident les autres femmes, un processus qui augmentent le niveau de revenu dans l’ensemble de la zone. Bakayo Nahiro, veuve et mère de six enfants, fait partie du groupe d’épargne de femmes de Namayana à Kargi, Marsabit. Elle a amassé 25 000 shillings d’économies mais dit que les marges de profit baissent lors des périodes de sécheresse car les gens prennent des articles à crédit quand ils n’ont pas de bétail à vendre. 

L’ARGENT EST LE POUVOIR

Jane Naimirdik, une formatrice et mentor de BOMA, dit que les communautés de Marsabit sont largement patriarcales mais que le programme aide les femmes à avoir une voix dans la société. 

La pratique qui consiste à grouper les femmes par trois crée une responsabilité mutuelle mais offre également une protection des maris qui veulent leur prendre leur argent, ajoute-t-elle. 

«Nous avons une fois eu à gérer le cas d’un mari qui a voulu prendre les économies de sa femme de force mais nous l’avons approché et expliqué que l’argent n’appartenait pas à sa femmes mais au groupe d’épargne et il a compris », dit Naimirdik.

Moses Galore, chef du village de Kargi, dit que de tels incidents ne lui ont pas été rapportés, et que les hommes appréciaient la contribution financière de leur femme au ménage.  

Magatho Mifo, propriétaire d’une affaire BOMA, explique que son mari était content de ses activités commerciales car elle peut désormais subvenir aux besoins de la famille quand il voyage à la recherche de pâturages pour son bétail.

Les épouses et les enfants de ses voisins achètent des biens à crédit quand les hommes sont absents, en quête de pâtures, et les remboursent à leur retour. Cela aide la communauté en période de vaches maigres et génère plus de revenus pour leur commerce, dit-elle. 

«Mon mari est parfois en colère lorsque je vais aux réunions des groupes de femmes car ça peut durer longtemps mais quand je reviens avec un sac de nourriture ou d’autre chose, tout est oublié », dit Khobobo Gurleyo, autre membre du programme d’entrepreneuriat.

PARTENARIATS COMMERCIAUX

Naimirdik, mentor BOMA, dit que les femmes sont aussi formées à la gestion de conflits afin de renforcer leurs partenariats commerciaux. 

Idéalement, chaque groupe inclut des femmes d’âges différents afin de bénéficier de l’experience des membres plus âgés et de rendre le programme durable à travers les générations suivantes, dit-elle.

En outre, les femmes reçoivent des informations sur le planning familial et l’importance d’avoir de petites familles, ainsi que la santé maternelle et l’hygiène, ajoute-t-elle. 

Le Projet BOMA a fait état de résultats positifs dans les communautés concernées dans les comtés de Marsabit et d’Est Samburu, avec environ 15 700 femmes enregistrées dans le programme depuis 2008.

Les données collectées lors d’un sondage final en 2016 a montré qu’après deux ans, 99% des commerces BOMA étaient toujours ouverts. 

Les members ont vu une augmentation de 147% dans leurs revenus, et une augmentation de 1400% de leurs économies, de même qu’une baisse de 63% des enfants allant au lit la faim au ventre.  

Le Projet BOMA envisage d’étendre son programme à travers les zones arides de l’Afrique de l’Est via des partenariats avec les gouvernements et d’autres agences de développement. 

Au Kenya, il a lancé un programme pilote avec le gouvernement impliquant 1 600 femmes à Samburu, en plus du travail déjà entrepris.

Le projet vise à atteindre un million de femmes et d’enfants à l’horizon 2022, dit la directrice Colson.

 

 

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