“Je ne dors pas bien ”: les conditions météo extrêmes menacent les agriculteurs népalais

  • Par Aadesh Subedi
  • 02/01/2018

Un cultivateur récolte du riz dans un champ à Khokana, Lalitpur, Népal. 30 octobre 2017. REUTERS/Navesh Chitrakar

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En août, le Chitwan, un district au sud du Népal, a fait face à des pluies incessantes trois jours durant. L’eau propre et l’électricité se sont faites rares et des maladies comme la grippe porcine étaient en augmentation du fait de la chaleur extrême et de l’humidité. 

Quelques jours auparavant pourtant, il en était tout autrement, avec des conditions absolument sèches et des températures de 40 degrés Celsius.

Avec des conditions météo plus imprévisibles du fait du changement climatique, de telles situations sont de plus en plus répandues au Népal. Des précipitations irrégulières et des températures en hausse détruisent les moyens de subsistance et font des victimes. L’agriculture est particulièrement concernée : des sécheresses à répétition et des inondations sont devenues la norme. Selon le ministère de Développement agricole, les inondations du mois d’août dans la région de Talai seulement ont coûté près de 3 milliards de roupies  népalaises (environ $22,9 millions).

Des régimes météorologiques changeants ont également entraîné des modifications dans la nature et le calendrier des  récoltes. «Nous avons semé des plants de riz très tard cette année car les pluies ont commencé avec un mois de retard », dit Arjun Lama, un petit exploitant de Chitwan. «Et maintenant, il se peut que les inondations les emportent tous ». 

Sa femme Devaki Lama pense que dieu est à l’origine de leur mauvaise fortune. «Il est grand temps de nous concentrer sur les rituels et les prières et d’implorer sa pitié », dit-elle.

L’absence de prise de conscience du changement climatique dans les communautés locales et l’investissement insuffisant dans les mesures de résilience comme les systèmes d’alerte précoce, exacerbent la vulnérabilité et la pauvreté au sein des populations, dans la mesure où les plus pauvres vivent souvent dans les zones les plus exposées aux catastrophes.  

«Je ne dors pas bien pendant la mousson car j’ai peur que la rivière ne m’engloutisse», dit Rama Chaudhary, qui appartient au peuple des Tharus. Sa maison est située sur les rives de la rivière Narayani au Chitwan.

Elle a raison de s’inquiéter. «Mon frère et sa femme sont morts emportés par une inondation il y a quelques jours », ajoute-t-elle avec gravité. 

Des parties plus densément peuplées de la ville sont également de plus en plus vulnérables car les zones vertes qui apportaient de la fraîcheur sont bétonnées. 

Une météo plus sèche et plus chaude aggrave les problèmes de pollution tandis que le réchauffement des rivières tue des poissons et d’autres espèces. Jigyasa Subedi, un docteur de l’hôpital Bharatpur à Chitwan, explique que «ces dernières années, le nombre de patients de maladies transmises par l’eau et par l’air sont montés en flèche ».

S’ADAPTER AU CHANGEMENT

Bien qu’une grande portion de la population de Chitwan ne soit pas au fait du changement climatique et de ses conséquences, elle s’adapte à sa façon. 

Aruna Lama a commencé à faire pousser ses récoltes sous serre pour les protéger des températures caniculaires et des nuisibles que la chaleur peut apporter avec elle. 

«La présence de nuisibles est un problème dans l’eau chaude mais avec une serre, vous êtes tiré d’affaire », explique-t-elle. 

Elle a également adopté des cultures plus résistantes à la sécheresse comme les pois chiche plutôt que le riz, gourmand en eau. 

Le gouvernement a planté des arbres le long des routes pour réduire la pollution de l’air et établi des stations météo pour diffuser des prévisions auprès des cultivateurs, qui sèment en conséquence. 

Toutefois, ces efforts sont insuffisants et entravés par des aspects tels que la simple prise de conscience du changement climatique, les croyances traditionnelles, la corruption généralisée et le manque de financement, entre autres.

Quand les communautés entendent parler d’une sécheresse imminente, par exemple, elles se rassemblent et vénèrent Indra, dieu de la pluie, plutôt que d’entreprendre une action de prévention comme de recueillir de l’eau. L’adaptation aux pressions climatiques nécessitera donc des changements profonds dans les modes de vie et les moyens de subsistance des populations. 

Aadesh est étudiant en agriculture à l'Université d'agriculture et de foresterie de Chitwan, au Népal. Son blog est le deuxième du Réseau de résilience aux changements climatiques des villes asiatiques de 2017 (ACCCRN)

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