Au Kenya, les cultivateurs de pommes de terre signent un nouveau contrat

  • Par Kagondu Njagi
  • 08/01/2018

Les cultivateurs en formation pour produire des pommes de terre pour des industriels de la transformation au Ol Jorok Agriculture Training Center dans le centre du Kenya, 3 mars 2017. Fondation Thomson Reuters / Kagondu Njagi

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KIPIPIRI, Kenya - Assis sur un banc délabré chez lui à Kipipiri, dans le centre du Kenya, Samuel Macharia tire un morceau de papier de sa poche et pointe fièrement vers sa signature en bas. 

«Ce papier signifie que je serai payé à temps pour mes pommes de terre, même si la météo est mauvaise», dit-il. 

Le précieux document est un contrat agricole que Macharia a signé en mars avec le Consortium Est-Africain de la Pomme de terre. Il indique qu’il vendra au moins deux tonnes de pommes de terre à des entreprises de transformation alimentaire à chaque récolte au long des deux prochaines années. 

«Grâce à ce contrat, je peux gagner jusqu’à 22 000 shillings kényan (environ 170 euros) par saison », dit-il.

La sécheresse récurrente et des coups de froid soudains ont affecté la qualité des pommes de terre et autres denrées à travers le Kenya.

Peris Mukami, un cultivateur du village de Timau, dans le comté de Meru, dit que ses rendements de pommes de terre ont baissé de 10% car «il fait soit trop chaud, soit trop froid ».

«Le froid abime les plants de pommes de terre avec le gel et la chaleur les flétrit », explique-t-il.

Pour s’en sortir, les cultivateurs de pommes de terre kenyans comme Macharia se tournent de plus en plus vers des contrats de production avec des entreprises de transformation alimentaire – un système connu sous le nom d’agriculture contractuelle – à travers le Consortium Est-Africain de la Pomme de terre.

En travaillant avec le consortium, ils peuvent accéder aux graines qui résistent à des conditions météo moins clémentes et aussi à de meilleurs engrais. 

Ils bénéficient également d’un prix garanti pour leur récolte à condition qu’ils produisent des produits de bonne qualité à temps, dit Wachira Kaguongo, à la tête du Conseil National de la Pomme de terre du Kenya (NPCK). 

DES TRANSACTIONS JUSTES

Le consortium, qui a été créé en 2016 par le NPCK, l’Alliance pour une Revolution verte en Afrique (Alliance for a Green Revolution in Africa) et le partenariat Grow Africa, vise à augmenter l’investissement privé dans l’agriculture en faisant le lien à travers le pays entre les cultivateurs de pommes de terre et les entreprises de transformation, dit Kaguongo.

Chaque accord de production est revu et approuvé par le Conseil national de la Pomme de terre, qui veille à ce qu’il soit équitable pour les  deux parties, dit Willy Bett, ministre kényan de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.

« Les hommes d’affaires vont toujours essayer de faire en sorte que les cultivateurs signent quelque chose qui peut ne pas leur être favorable»,  a déclaré Bett à la Fondation Thomson Reuters. «Nous essayons de faire en sorte que ça n’arrive pas en nous assurant que la production est  faite sur une base contractuelle au Kenya ». 

Les contrats de production ont permis aux cultivateurs de vendre leurs produits à des géants de la restauration rapide comme la chaine KFC, anciennement appelée Kentucky Fried Chicken.

Les pommes de terre de Macharia se vendent maintenant à 22 shillings (€0.16) le kilo, plus du double du prix pratiqué au marché Kipipiri en plein air.

«Je suis payé en liquide sur mon exploitation », dit-il. «Je n’ai pas besoin de me rendre sur le marché si je ne veux pas y aller ». Jusqu’ici 5 000 cultivateurs ont signé pour ce système, et on attend que 23 000 opère ce changement d’ici 2020, dit Kaguongo.

PENURIE D’OFFRE ?

Felix Matheri, un chercheur auprès du Centre international de la physiologie et de l’écologie des Insectes (ICIPE), à Nairobi, explique que certes l’agriculture contractuelle ou sous contrat permet aux familles d’avoir un revenu régulier mais il risque de priver les familles pauvres de leur nourriture. 

«Les contrats lient les agriculteurs à produire un nombre déterminé de pommes de terre, ce qui veut dire que lorsque la récolte est faible, les agriculteurs sont contraints de vendre tous leurs produits pour faire face à leurs obligations », explique-t-il.

«Mais les pommes de terre sont riches en amidon et une source de nutriments essentiels -- les agriculteurs doivent en garder pour leurs consommation personnelle », poursuit-il. 

Il n’est pas le seul à avoir des réserves sur cette agriculture contractuelle. Louise Wangari, qui vend des pommes de terre sur le bord de la route dans le comté de Nyandarua, craint que cela affecte les approvisionnements qu’elle reçoit des cultivateurs. 

« La quantité de pommes de terre que je recevais des cultivateurs était déjà en baisse à cause de la météo extrême », dit-elle.  

«S’ils commencent à signer des contrats avec d’autres acheteurs, alors je ferai bientôt faillite car je ne peux pas les payer autant que les entreprises de transformation alimentaire ».

 

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