Sur la bonne piste : les éleveurs kenyans signalent les routes de pâturages

  • Par Kagondu Njagi
  • 21/02/2019

Le bétail se déplace librement dans les zones résidentielles de la ville de Kajiado, dans la vallée du Rift, au Kenya, le 28 novembre 2018. FONDATION THOMSON REUTERS /Kagondu Njagi

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LOSIRIEN, Kenya - La cloche d’une vache est venue rompre le calme matinal de la vallée de Losirien tandis que Benjamin Kerei conduisait son troupeau d’environ 50 têtes vers un sentier désséché le long du lit d’une rivière à sec dans le sud-ouest du Kenya.  

Le long de la route de dix kilomètres vers un pâturage voisin, le jeune homme de 24 ans était à la recherche de traces récentes de faune. 

Comme les pasteurs à travers ce pays d’Afrique de l’Est, Kerei doit protéger son troupeau des bêtes sauvages afin d’éviter de l’exposer aux maladies infectieuses. Certaines peuvent être mortelles à la fois pour le bétail et les hommes. 

Alors que les sécheresses et des inondations rétrécissent le nombre de terre habitable au Kenya, la quête pour une quantité de nourriture et d’eau suffisante poussent les hommes et les bêtes sauvages à empiéter sur les territoires respectifs de l’autre. 

En conséquence, des cas de maladies infectieuses qui passent des animaux aux humains -- appelées maladies zoonotiques ou zoonoses -- sont en augmentation, dit Patrick Kimani, patron de l’Association de Producteurs de Bétail du Kenya.

Ces dernières années, quelques éleveurs ont trouvé un moyen facile pour qu’eux-mêmes et leurs bêtes restent en bonne santé. 

Ils cherchent des routes de pâturages non-utilisées par la faune et les marquent afin que d’autres puissent les emprunter. 

Dans la partie sud de la Vallée du Rift, au Kenya, Kerei, adepte de cette méthode depuis deux ans, dit que les maladies zoonotiques sont très répandues mais que les éleveurs ne savent pas comment les traiter.  

« C’est la raison pour laquelle nous choisissons d’emprunter des routes de pâturages sûres afin de réduire les chances de contact entre le bétail et les animaux sauvages contaminés », dit-il. 

CAS REPANDUS

Au Kenya, il y a au moins 36 maladies zoonotiques, selon Samuel Kahariri, président de l’Association vétérinaire kenyane (AVK). Les plus sérieuses sont la brucellose, la fièvre de la Vallée du Rift, la rage et l’anthrax.

La plupart de ces maladies sont répandues parmi les communautés pastorales, ajoute Kahariri. 

La brucellose, par exemple, est l’une des infections zoonotiques les plus propagées dans le monde. 

Principalement transmise du bétail, les moutons, les élans et les cerfs, elle peut être transmise aux humains à travers la consommation de viande crue ou de lait non pasteurisé, entraînant des symptômes proches de la grippe. 

Sam Kariuki, directeur du Centre de Recherche en Microbiologie à L’institut de Recherche médicale du Kenya, estime qu’environ 750 Kenyans contractent la brucellose chaque année. 

Cependant, la tenue lacunaire des registres rend impossible d’obtenir une image précise de la propagation des maladies zoonotiques, a-t-il noté. 

Les données montrent que le nombre de cas de brucellose est en augmentation dit James Akoko, un chercheur travaillant sur la maladie à l’Université de Maseno dans le comté de Kisumu.

Akoko dit que les effets négatifs du changement climatique combinés à une population en augmentation signifie qu’on a atteint un record de contacts entre les humains, les animaux sauvages et le bétail.

« Les gens empiètent dans des zones jusqu’ici réservées aux animaux sauvages et ce genre de contact crée une opportunité pour la propagation de la maladie à travers différents hôtes », dit-il. 

TOURS EN BRIQUES

Des pasteurs comme Kerei travaillent dur pour empêcher que cela n’arrive. 

Une fois identifiées les routes qui ne traversent pas le territoire de la faune, ils les signalent avec des petites tours de briques. 

En plus de chercher des traces ou des matières fécales, ils savent que la présence de grands félins tels que les lions et les oiseaux carnivores indique que des animaux de pâturages tels que les buffles et les cerfs fréquentent la zone, déclare Paul Gathitu, un porte-parole du Kenya Wildlife Service. 

Quand cela arrive, les tours de briques sont défaites, indiquant à d’autres que la piste est désormais risquée.

« C’est une tâche difficile de s’assurer que notre bétail ne partage pas sa pâture et points d’eau avec des animaux sauvages», dit Kerei. «Mais c’est la seule mesure bon marché à notre disposition ». 

Pour le moment, la technique est principalement utilisée par les populations Massaï dans la Vallée du Rift et les Borana au nord du Kenya, dit Abdulaziz Jama du Pastoralist Capacity Development Programme.

Des preuves anecdotiques d’anciens de la région confirment que la technique fonctionne là où il n’y a pas d’autre option pour lutter contre les maladies, a-t-il ajouté. 

« L’utilisation de routes de pâturage sûres est l’un des nombreux types de savoirs autochtones qui aident les communautés marginalisées à lutter contre les changements climatiques et les maladies zoonotiques lorsque le gouvernements national a échoué », a-t-il déclaré. 

ALERTES EN TEMPS REEL

Le gouvernement a du mal à contenir la propagation de ces maladies en partie du fait de la difficulté à tracer les mouvements des éleveurs, dit Kahariri de la KVA. 

Le problème est exacerbé par la piètre qualité des routes et des réseaux de communication dans les zones où vivent les pasteurs, ce qui rend ardu  le partage d’informations quand une maladie zoonotique survient, ajoute Kahariri.

Ezekiel Kiamba, du village d’Ildamat dans le sud-est du Kenya, estime que les représentants officiels devraient intensifier leurs efforts pour soutenir les éleveurs.

Ce fermier de 32 ans n’emprunte pas les sentiers de pâturages sûrs pour protéger ses 80 têtes de bétail. A la place, il embauche un vétérinaire privé qui examine et vaccine régulièrement son troupeau, pour 20 dollars l’injection. 

Il aimerait voir le gouvernement utiliser la technologie moderne pour envoyer de l’information en temps réel sur les épidémies dans les communautés rurales.  

« Certains parmi nous ont des smartphones que le gouvernement pourrait utiliser pour travailler avec nous et aider à gérer les maladies zoonotiques », dit-il. « J’attends toujours ». 

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