Voix de la résilience: une radio kenyane renforce la confiance des éleveurs dans l’assurance sécheresse

  • Par Kagondu Njagi
  • 13/05/2019

Asma Mohamed, directrice de la station de radio Baliti FM, travaille à son bureau dans la ville d’Isiolo dans le nord du Kenya, 23 mars 2019. Fondation Thomson Reuters /Kagondu Njagi

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ISIOLO, Kenya - Cela ne dure que deux minutes et demie mais le bref message qu’Asma Mohamed diffuse quotidiennement dans son émission est devenu une écoute essentielle pour plus d’un demi-million d’éleveurs dans le nord du Kenya.

Depuis cinq ans, Mohamed, la directrice de la station, a utilisé son émission de la radio communautaire à but non lucratif Baliti FM pour parler de tout, de la bonne gouvernance à l’élevage de bétail en passant par les droits des enfants et la contestation des rôles de genre. 

Mais c’est lorsqu’elle parle d’assurer les animaux dans le comté d’Isiolo qu’elle enregistre le plus de réactions de ses auditeurs.  

Alors que le réchauffement climatique provoque des conditions climatiques plus extrêmes, les éleveurs dans les zones arides et semi-arides peuvent perdre jusqu’à 10% de leur bétail lorsque survient la sécheresse, d’après le Programme de Développement des Capacités des Pasteurs, un organisme local à but non lucratif. 

Les éleveurs voient leurs animaux comme leur «banque », dit Mohamed. Mais des chiffres du Programme d’Assurance du Bétail du Kenya (KLIP, en anglais) montrent que sur les 6 millions environ de Kenyans qui dépendent des animaux pour leurs revenus, seulement une fraction ont souscrit une quelconque assurance pour leur troupeau. 

Alors Mohamed et son équipe ont décidé de dédier quelques minutes par jour pour expliquer comment fonctionne l’assurance pour le bétail et comment elle peut aider les éleveurs à surmonter les pires effets de la sécheresse.

« Posséder du bétail n’est pas seulement quelque chose de culturel mais (aussi) un statut de symbole parmi les pasteurs », dit-elle à la Fondation Thomson Reuters.

« La sécheresse est une menace pour leurs vies. Mais comme ils ont une assurance, ils peuvent utiliser l’argent pour garder leurs bêtes vivantes». 

INDEMNISATION RAPIDE

Mohamed se concentre sur une assurance bétail indexée, un modèle innovant offert aux éleveurs kenyans à travers KLIP.

Elle fait appel à l’imagerie satellite pour mesurer comment la végétation de parcours a été affectée par la sécheresse. 

Une fois qu’une zone devient assez sèche pour atteindre le seuil d’ indemnisation -- cela se base habituellement sur le peu de pâturage présent par rapport aux records saisonniers -- les éleveurs sont rétribués en espèces qu’ils peuvent utiliser pour acheter de la nourriture, de l’eau ou des médicaments pour leurs troupeaux.

L’assurance indexée se déclenche plus tôt que les polices d’assurance traditionnelles, qui ne remboursent qu’à la mort d’un animal, et elle est indiquée pour aider les agriculteurs à traverser la sécheresse sans perdre des bêtes. 

Depuis que KLIP a lancé un pilote dans les deux comtés du nord en 2015, environ 18 000 foyers d’éleveurs ont été assurés à travers des agences locales partiellement subventionnées par le gouvernement.  

Fatuma Guyo, 36 ans, vend du lait de chamelle sur un étal à Isiolo et a assuré ses animaux depuis qu’elle a entendu parler de ce service sur Baliti FM il y a trois ans.

Elle n’a pas souhaité donner de détails sur sa police d’assurance mais dit que les indemnisations qu’elle a reçu ont allégé sa quête quotidienne pour le fourrage des bêtes. 

« Les liens familiaux se sont renforcés parce qu’il y a moins de déplacements vers des lieux éloignés pour trouver des pâturages », dit-elle. 

Les versements ont également réduit leur dépendance à l’aide alimentaire, dit-elle. « La vie est devenue plus facile pour nous ». 

Rahab Kariuki, directeur général chez Agriculture and Climate Risk Enterprise (ACRE), une entreprise qui fait le lien entre agriculteurs et assureurs, dit que l’histoire de Guyo était typique, beaucoup de familles ayant moins recours à l’aide alimentaire après avoir souscrit à l’assurance bétail.  

Elles peuvent également diversifier leur régime alimentaire en achetant  des aliments nutritifs comme des légumes et des fruits, ne dépendant plus des céréales et de la farine fournis les organismes d’aide, dit-elle.

DIFFICILE A ATTEINDRE

Bashir Mohamed, PDG de la branche développement de Takaful Insurance of Africa (TIA), un fournisseur travaillant avec KLIP, dit que son entreprise a constaté une hausse spectaculaire du nombre de pasteurs souscrivant une assurance au cours des dernières années. 

Et il attribue cela à l’aide de Baliti FM dans la diffusion du message.

Quand TIA a commencé à lancer sa propre assurance bétail indexée il y a dix ans, l’entreprise ne comptait en moyenne qu’un client par kilomètre carré dans le nord du Kenya, dit-il.  

Alors Baliti FM a commencé à parler du sujet sur les ondes et maintenant TIA compte vingt fois plus de clients. 

Depuis 2013, plus de155 000 animaux ont été couverts par le système d’assurance TIA, selon les données de la compagnie d’assurance. 

Sur la durée, elle a payé plus de 60 millions de shillings kenyan (environ 537 000 euros).

Mais dans un pays, où selon le gouvernement, le bétail contribue pour plus de 40% au PIB agricole le représentant de TIA estime qu’il y a beaucoup de chemin à parcourir avant que tous les troupeaux du Kenya ne soient couverts. 

Terrains accidentés, manque d’internet et services téléphoniques précaires rendent difficile l’accès et le suivi de clients potentiels dans les zones rurales, dit-il. 

« Nos agents cherchent souvent des éleveurs qui font paître leurs troupeau dans le bush. Il n’y a pas de vraies routes et les réseaux de communication sont très faibles », explique-t-il.  

La méfiance générale envers les compagnies parmi les communautés rurales constitue un autre défi, poursuit-il. 

Lorsque que les agents d’assurance abordent des clients potentiels, les agriculteurs « ne peuvent pas comprendre pourquoi lier leur troupeau à quelque chose qu’ils ne peuvent pas voir ou toucher » et veulent savoir ce que cela rapporte aux agents, dit-il. 

SUSPICION

La radio Baliti FM reçoit régulièrement des appels d’agriculteurs inquiets de savoir si l’assurance est une façon sûre de dépenser son argent, dit la personnalité de radio Asma Mohamed.

Dissiper leurs suspicions étaient l’une des raisons pour lesquelles elle a décidé de s’intéresser particulièrement à ce sujet sur les ondes. 

En tant que membre du peuple Borana, qui vit dans le nord du Kenya et au Sud de l’Ethiopie, elle était aux premières loges pour constater les effets destructeurs de la sécheresse. 

«Quand la sécheresse survient et que les gens perdent leur bétail, il y a un sentiment de malédiction dans la communauté », dit-elle. 

Elle se sent investie de la responsabilité de faire croître l’audience de la station au-delà d’Isiolo et les comtés limitrophes afin d’aider plus d’agriculteurs à travers la région à préserver leurs moyens de subsistance. 

« J’aimerais nous voir toucher tous les gens marginalisés dans le nord du Kenya », dit-elle, «avec le bon réseau de communication, cet objectif peut être atteint ».

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