Les cultivateurs ougandais testent le big-data comme solution aux défis climatiques

  • Par Lydia Namubiru
  • 26/03/2019
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KAMPALA - Il y a quelques années, Peter Alisengawa, agriculteur dans le village de Namungwale, situé à l’est de l’Ouganda, avait du mal à faire pousser suffisamment de maïs pour subvenir aux besoins de sa famille. Malgré les conseils réguliers de sa coopérative locale, il ne pouvait pas se permettre de résoudre le problème.

« Sans argent, on ne peut rien faire », dit-il. «Ils nous donnaient toutes ces formations mais on ne pouvait pas les appliquer ».

Les banques ne lui prêtaient pas les fonds car il n’avait pas de titre de propriété à offrir en garantie.

Mais après s’être abonné à un service qui puise dans une gigantesque base de données pour donner aux fermiers ougandais des informations ciblées sur la météo, le financement et l’assurance, la chance a tournée pour Alisengawa.

Le programme dirigé par le Centre technique de Coopération agricole et rurale (CTA), basé aux Pays-Bas, a été élaboré pour gérer de nombreux défis en dressant un panorama complet des problèmes des agriculteurs plutôt que de tenter de les résoudre un par un, dit le responsable du département informatique du CTA, Benjamin Addom.

En utilisant de la cartographie météorologique basé sur les données satellite, les employés travaillant sur le projet ont pu élaborer des conseils ciblés géographiquement pour Alisengawa et d’autres sur les prévisions de pluie ou les périodes de sécheresse.

Ils font également des recommandations aux cultivateurs sur les façons d’adjuster leur calendrier de cultures et leur techniques en rapport avec la météo à venir. 

En même temps, ils ont collecté des données sur les petits exploitants eux-mêmes -- la nature de leurs cultures, leurs rendements dans le temps et le nombre de personnes employées, ainsi que des croquis de leurs terres en utilisant le système GPS. 

Le CTA a apporté ces données à la Rabobank Foundation, un fonds social hollandais, qui les utilisent pour établir la solvabilité des agriculteurs et a prêté au programme un milliard de shillings ougandais (€ 240 000).

Cette vision collective fournie par la base de données a donné à Rabobank la confiance d’approuver le prêt, dit le directeur du CTA Michael Hailu.

Plus de 1 800 agriculteurs à travers l’Ouganda se sont partagés les fonds, y compris Alisengawa, qui a reçu un million de shillings.

Il a mis à profit son prêt de 6 mois pour acheter des engrais et embaucher plus de main-d’oeuvre, comme lui avaient conseillé les agents en visite dans le village.

Résultat : sa récolte de maïs a augmenté de 400%.

« Maintenant, je suis en mesure d’envoyer les enfants à l’école, j’ai agrandi ma porcherie et augmenté mes terres cultivées », a expliqué Alisengawa à la FondationThomson Reuters.

 

POTENTIEL D’AFFAIRES

Les données jouant un rôle de plus en plus important dans l’adaptation au changement climatique, certaines agences de développement cherchent des façons d’utiliser les données qu’elles collectent pour rendre leurs projets durables.

Comme le financement par le gouvernement néerlandais et l’Union européenne du programme CTA a pris fin le mois dernier, une nouvelle idée est née pour sa base de données : vendre l’accès aux informations pour aider les entreprises à construire des produits et des services pour les cultivateurs.

Quand le MUIIS (service d’information appartenant à ses utilisateurs, s’appuyant sur les ICT4Ag et dicté par le marché) a été lancé en 2017, les agriculteurs payaient un abonnement mensuel et entraient des détails sur leurs exploitations dans la base de données du programme.

En retour, dix entreprises et autres groupes, y compris l’entreprise de technologie financière Ensibuuko, l’Alliance de Coopératives de l’Ouganda et la Fédération ougandaise des Agriculteurs, se sont associées pour exploiter les données pour donner aux abonnés de la formation et un accès au financement.

Ces trois organisations ont maintenant repris le programme, avec l’objectif de le transformer en une affaire lucrative.

La plupart des revenus proviendront des abonnements des agriculteurs mais le plan à long terme dépend des façons de gagner de l’argent avec la base de données, dit Addom.

MUIIS facturera aux institutions financières et aux fournisseurs de service l’accès aux données collectées, qu’ils pourront utiliser pour développer des produits pour les agriculteurs, dit-il.

«Le potentiel des données est énorme pour les entreprises », dit-il.

En Ouganda, toutefois, le marché des données est encore neuf et assez restreint, note-t-il. « Malheureusement, nous n’avons des entreprises mondiales qui voient la valeur des données des agriculteurs ».

 

‘VENTE ARDUE'

Même si le MUIIS a dressé le profil de plus de 250 000 agriculteurs dans sa base de données, moins de 4 000 ont utilisé le service groupé pour quatre saisons consécutives sur 2017 et 2018, dit Addom.

Une des raisons est le coût. Le service a commencé a facturé chaque agriculteur 14 000 shillings par acre par saison, ce qui était déjà trop cher beaucoup, dit-il.

Quand le financement arrivait à son terme, le CTA a décidé de doubler l’abonnement, rendant ainsi le service inaccessible à encore plus d’agriculteurs.

Maintenant en vendant l’accès à la base de données MUIIS, le but est de réduire le coût de l’abonnement et de la développer.

La difficulté réside dans le fait de convaincre des clients potentiels que les données méritent d’être achetées, dit Luke Kyohere, qui a travaillé il y a huit ans sur un programme similaire en Ouganda pour la Fondation Grameen, à but non lucratif, basée aux Etats-Unis.

Son projet ‘Community Knowledge Worker’ donnait des conseils basés sur les profils de plus de 300 000 agriculteurs.

Ils ont essayé de financer le programme en vendant l’accès à ses données mais n’ont pas pu générer assez d’entrées d’argent et ont été contraint de mettre la clé sous la porte, dit Kyohere.

«Les données sont difficiles à vendre », ajoute Kyohere, qui dirige désormais Beyonic, une entreprise de technologie financière. «Les acheteurs potentiels disent qu’il y a beaucoup de données (disponibles) et ne sont pas prêts à payer cher pour ça ».  

Contrairement aux commerces qui ont besoin d’être convaincus, les cultivateurs qui ont bénéficié des services de MUIIS disent combien il est inestimable.

L’abonnée Esther Nakisige, une cultivatrice de l’est de l’Ouganda, a reçu l’un des prêts de la Fondation de la Rabobank. De l’argent, dit-elle, auquel elle n’aurait jamais pu accéder autrement. 

« Les banques, c’est pour les professeurs et les infirmières, pas pour des fermiers comme nous, dit-elle. «Nous sommes intimidés par eux. On n’ose même pas entrer ».

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