L’arbre qui aide les cultivateurs kenyans à combattre la sécheresse et la pauvreté

  • Par Kagondu Njagi
  • 25/03/2019

Jonathan Kituku Mung’ala, exploitant agricole, montre quelques unes ses cultures qui poussent à l’ombre des Melia volkensii dans sa ferme de Kibwezi, dans le sud du Kenya, le 5 février 2019. Fondation Thomson Reuters /Kagondu Njagi

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KIBWEZI, Kenya - En 2000, craignant qu’une sécheresse ne détruise ses cultures, l’agriculteur Jonathan Kituku Mung'ala se souvient avoir rencontré des clients dans l’agriculture, alors qu’il travaillait pour une compagnie d’électricité kenyane. Ces personnes gagnaient pas mal d’argent en faisant croître un arbre indigène robuste. 

Appelé mukau par la population locale, le Melia volkensii est réputé pour prospérer dans les zones arides. Il donne une ombre épaisse qui protège les cultures du soleil. 

Les agriculteurs peuvent aussi gagner plus de 3 millions de shillings Kenyan (€26 400) par hectare en vendant son bois selon l’Institut de Recherche forestière du Kenya (KEFRI), basé à Nairobi.

Alors que le changement climatique va en s’aggravant, les agriculteurs peinent à disposer d’un revenu stable de leurs seules cultures. Dans les zones arides du Kenya, certains se tournent alors vers l’agroforesterie, qui consiste à planter des arbres dans leurs champs. 

Il se sont aperçus que mélanger le Melia volkensii avec leurs cultures est l’une des manières les plus simples et efficace de protéger leurs exploitations et leurs moyens de subsistance. 

Mung'ala, 63 ans, a décidé de planter 100 Melia volkensii dans son exploitation de 65 hectares à Kibwezi au sud du Kenya.

Dix ans plus tard, il dispose de plus de 7 000 arbres.

Leurs ombres protègent ses récoltes du soleil, grâce à la rosée nocturne qui tombe des feuilles, le sol reste moins sec et les branches agissent comme une protection contre les rafales de vent, dit-il. 

Et en cas de nécessité, il peut compter sur un apport d’argent en vendant le bois. 

« Je n’ai plus cette crainte pour la scolarité de mes enfants si je ne peux plus payer. De même, je ne me soucie plus qu’ils tombent malades et ne puissent être soignés », dit-il. 

«Cet arbre me rapporte de l’argent toute l’année. 

 

REGENERER LA TERRE

Pour les populations sous la pression d’une sécheresse prolongée, le  Melia volkensii « change la donne », dit Joséphine Musyoki, une chercheuse auprès du KEFRI.

Non seulement il aide les cultures à pousser pendant les périodes de sécheresse, l’arbre peut aussi régénérer le sol appauvri par les conditions météorologiques extrêmes ou la déforestation, dit Musyoki.

Quand les feuilles tombent et pourrissent, elles rajoutent les nutriments essentiels dans le sol.

Lawrence Gitaari, un cultivateur de 43 ans de Marimanti, dans le centre du Kenya, estime que l’arbre a redonné la vie aux terres agricoles de son village.

Il y a à peine dix ans, dit-il, la plupart des terrains de parcours de la région avaient été défrichés par des villageois abattant des arbres pour obtenir du charbon de bois. 

Cela a conduit à l’érosion des sols, car la chaleur directe du soleil a tué beaucoup d’organismes enrichissants.

« Le Melia volkensii change cela car il faut environ (seulement) trois  ans pour que les feuilles qui tombent sur le sol le rendent de nouveau fertile », dit Gitaari, qui compte plusieurs de ces arbres sur sa ferme.  

IRRIGATION

Mais les exploitants ne peuvent pas seulement planter l’arbre sur leurs exploitations et espérer devenir riches, dit Mung'ala, l’agriculteur de Kibwezi.

Si faire croître des Melia volkensii est facile, seuls ceux qui savent bien s’en occuper en verront tous les avantages, dit-il.

L’arbre requiert une taille fréquente afin d’optimiser sa croissance et que le tronc reste droit afin d’être vendu.  

Les cultivateurs doivent aussi apprendre comment extraire les graines des noyaux avec précaution car elles s’abiment facilement, ajoute Mung'ala.

Même lorsque les cultivateurs connaissent la façon de faire pousser cet arbre avec succès, ils doivent se méfier de ne pas trop compter sur lui pour traverser les saisons sèches, déclare Alice Akinyi Kaudia, co-présidente de la Coalition pour le Climat et l’Air pur (CCAC, en anglais), une initiative conduite par les Nations Unies afin de réduire les polluants climatiques de courte durée de vie. 

Elle préconise que les cultivateurs de Melia volkensii aillent vers une irrigation, particulièrement dans les zones arides du Kenya où les rendements baissent fortement du fait de pluies tardives ou insuffisantes. 

Les cultivateurs peuvent vendre le bois de l’arbre quand ils sont en manque de fonds, note-t-elle, mais ils ont toujours besoin de cultiver pour nourrir leurs familles et vendre à leurs communautés.

« Si tout le monde a de l’argent mais qu’il n’y a pas de nourriture, les gens vont-ils manger l’argent ? », s’interroge-t-elle. 

 

‘CET ARBRE EST TOUT'

Depuis que ses Melia volkensii ont poussé, Mung'ala n’a jamais eu besoin de recourir à l’irrigation car l’ombre de la canopée joue son rôle en maintenant ses cultures fraîches et en conservant les eaux de pluie. 

C’est devenu parfois si dense qu’aucune culture ne pouvait pousser en dessous, dit-il. Mais il sait comment rentabiliser ces zones sombres : faire pousser de l’herbe à des fins de fourrage pour le bétail. 

Mung'ala fait pousser suffisamment d’herbe pour engranger 100 ballots par saison et les vend 300 shillings chacun. 

Il vend également de jeunes plants de Melia volkensii à d’autres cultivateurs comme lui et certains de ses arbres comme bois, en les vendant à 8 000 shillings le mètre. Le bois d’autres arbres populaires, comme le pin ou le cyprès, ne rapporte que la moitié du prix, dit-il. 

Mung'ala a bâti une réputation pour son succès avec cet arbre et utilise son expérience pour former d’autres cultivateurs du Kenya et de Tanzanie. 

A travers cette formation, il connait quelque 60 cultivateurs qui font pousser cet arbre pour la seule ville de Kibwezi, dit-il, estimant leur nombre sur la ceinture côtière à 4000 cultivateurs.  

« Quand je regarde ces arbres, je vois de l’argent. Quand je vois l’herbe sur l’exploitation, je vois de l’argent. Que peut-on désirer de plus ?, demande Mung'ala. «Cet arbre, (pour moi) c’est tout ».

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