Des alertes SMS sauvent des vies au Népal, en proie aux inondations

  • Par Arun Karki
  • 22/09/2017

Une femme nettoie un poulailler plein de boue à Taduwa, au Népal, le 16 août 2017. Fondation Thomson Reuters /Arun Karki

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TADUWA, Népal - C’est un simple SMS qui a empêché que Shreejana Pariyar ne disparaisse à jamais avec l’ensemble de ses biens lorsque des inondations éclair ont ravagé l’ouest du Népal la semaine dernière. 

Au lendemain de l’inondation de sa maison dans le village de Taduwa, par la rivière Babai, qui a tout entraîné sur son passage, à l’exception des lits, laissant derrière elle un chaos de boue -- Pariyar a accouché d’un fils.

"J’ai de la chance d’être en vie," raconte-t-elle à la Fondation Thomson Reuters, en berçant son bébé sur le porche de sa maison.

"L’eau a emporté la nourriture, les vêtements, les ustensiles de cuisine et tout ce qui était à l’intérieur à l’exception des lits," a-t-elle ajouté. 

Selon les organismes caritatifs locaux, des centaines, voire des milliers de vie ont été sauvées grâce au recours massif à des alertes de masse par le gouvernement, ce qui a permis aux gens de fuir afin avant les pires intempéries.

Dinanath Bhandari, un coordinateur de programme chez Practical Action, explique que les alertes ont conduit à l’évacuation de plus de 4,700 personnes de leurs maisons dans le bassin de la rivière Babai.  

EVACUATION DE MASSE 

Son mari étant absent, du fait de son emploi saisonnier en Arabie Saoudite, les voisins de Pariyar l’ont accompagnée dans une école des environs  seulement quelques heures avant que les inondations n’atteignent sa maison. Ils avaient reçu un SMS les alertant de l’imminence de la catastrophe. 

"Le niveau d’inondation de la rivière Babai monte constamment au dessus du niveau de danger -- merci de quitter la zone et de trouver un lieu sûr à proximité," c’est ce qu’on pouvait lire dans le SMS du gouvernement népalais.

D’après le gouvernement, de fortes pluies de mousson ont tué au moins 141 personnes depuis qu’elles ont débuté le 12 août, avec beaucoup de personnes portées disparues. Avec des eaux d’inondation en train de refluer, les travailleurs humanitaires font part de leurs inquiétudes concernant la pénurie de nourriture et les maladies hydriques.

Vingt-sept des 75 comtés du pays -- y compris celui de Bardiya, où se trouve Taduwa -- sont soit submergés ou frappés par des glissements de terrain, laissant les villages et les communautés isolés sans vivres, eau et électricité. 

Cela aurait pu être bien pire.  

Plus de 4,000 personnes ont été évacuées après une série d’alertes par SMS envoyées par le Département de l’Hydrologie et de la Météorologie à 50,000 personnes vivant dans la zone de la rivière Babai, sujette aux inondations, explique Practical Action, un organisme caritatif travaille dans la région. Mangal Budha Chhetri, un leader communautaire local qui a coordonné les efforts d’alerte précoce à Taduwa, dit que les textos ont sauvés 450 vies dans son seul village.

Bir Bahadur Chand, un hydrologiste travaillant dans le département, a expliqué que "qu’une station d’eau mise en place à Chepang, un village à proximité, lit les niveaux d’eau et envoie les données en temps réel à l’équipe du département en charge de la prévision des inondations, qui s’en sert comme base pour déclencher des alertes ." 

"Quand les rives de la Babai ont commencé à déborder le 12 août, nous avons évalué que l’eau allait mettre trois heures pour parvenir à Taduwa de Chepang, nous avons donc envoyé des alertes par textos à 50,000 usagers vivant dans la région," ajoute-t-il. 

Les messages sont partis à travers les opérateurs Nepal Telecom et Ncell, tous deux offrant gratuitement leur service de messagerie dans les zones inondées, explique Chand. 

SAUVES DE PEU 

Quand Pariyar est rentrée chez elle après les inondations, le rez-de-chaussée de sa maison était couvert de boue et "complètement inhabitable".  

"Alors j’ai passé mes journées et mes nuits sur mon porche, utilisant l’argent que mon mari m’envoyait pour rénover la maison," dit-elle. 

Chhetri dit que le village de Taduwa était "boueux partout".

"Le maïs et les rizières autour de la zone étaient gravement endommagés et l’inondation a emporté tout ce que les gens gardaient à l’intérieur." 

Sumitra Budhathoki, une mère de trois enfants de Taduwa, a également reçu les alertes mais hésité à partir au départ "car l’inondation n’avait pas l’air si grave que ça au début." 

"Mais après 24 heures, l’inondation a touché toutes les maisons dans le village," a-t-elle ajouté. 

"Donc si nous étions restés, nous serions tous morts."

OU EST LA RESILIENCE?

Chand dit que même si "les inondations entraînent encore régulièrement des dégâts dans le pays, nous nous sommes vraiment améliorés pour ce qui est d’informer les communautés via des textos et des sirènes des chocs météo et pour les convaincre d’évacuer leurs maisons." 

De telles pratiques ont été mises en place par le gouvernement depuis 2015, mais grâce l’effort accompli localement pour sensibiliser les gens aux dangers potentiels, ceux qui les prennent au sérieux et quittent leur domicile sont désormais plus nombreux, poursuit-il. 

Toutefois, Bhandari de Practical Action estime que le gouvernement doit travailler plus avec les autorités locales et les ONG afin d’aider les habitants à devenir plus résilients face à de telles catastrophes à long terme. 

"Dans les années passées, des milliers de personnes sont mortes du fait des inondations ou des glissements de terrain mais elles auraient pu être sauvées s’il y avait eu une meilleure coordination et une communication à temps entre autorités locales et nationales," dit-il. 

Pour l’heure, des familles comme celle de Putali Sunar, qui ont perdu leur maison dans les inondations, sont encore inquiètes pour l’avenir. 

"Je ne sais pas combien de temps nous pourrons vivre en nous alimentant avec des aliments secs -- c’est tout ce qu’il reste à manger," dit-elle.

"Nous sommes en vie, certes, mais nous avons peur." 

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