Maintenir la paix dans un climat de changement

  • Par Janani Vivekananda, adelphi
  • 15/03/2018

Les membres d’un groupe d’autodéfense civile montent la garde à la frontière avec le Nigéria à Kerawa, au Cameroun, le 16 Mars 2016. REUTERS/Joe Penney

Share

Le monde n’a jamais été aussi volatile et dangereux depuis la guerre froide. La reprise du conflit sanglant au Congo est emblématique de la montée en flèche du conflit ces dernières années -- ce qui dépasse de loin notre capacité à faire face aux conséquences.
 
En même temps, le monde fait face à des événements climatiques extrêmes. L’année dernière, des ouragans, des inondations et des tempêtes tropicales ont dévasté des zones entières des Caraïbes, de l’Amérique du Nord et de l’Asie du Sud, tandis que la sécheresse et la désertification poussent des milliers de personnes vers la faim extrême au Sahel. 

La glace de l’Arctique est à son niveau le plus fin et un iceberg de la taille du Luxembourg s’est séparé de la plate-forme de glace de l’Antarctique. Ces risques ne se produisent pas simplement en parallèle. Ils se renforcent mutuellement. 

De la crise mondiale des réfugiés à la propagation du terrorisme, le changement climatique peut aggraver les facteurs d’insécurité et de conflits tandis que les conflits rendent la gestion des chocs climatiques encore plus difficile. Ne pas aborder les moteurs de ces risques conjoints conduit à de nouveaux risques et à des urgences encore plus complexes. 

C’est dans ce contexte que le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a dévoilé son rapport sur la consolidation de la paix, une tentative pour rendre les Nations Unies plus à même de faire face avec les conflits auxquels le monde est confronté. 

Tout ceci est bienvenu et essentiel. Mais de façon alarmante, malgré la reconnaissance généralisée des risques posés par le changement climatique sur la paix et la sécurité, même au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies, ce rapport fondateur ne mentionne pas le changement climatique et son importance dans tout effort pour construire et maintenir la paix.  

DE QUOI S’AGIT-IL ? 

Le rapport du Secrétaire général est une réponse à l’examen de 2015 de l’architecture de consolidation de la paix de l’ONU. L’examen a mis en évidence des lacunes évidentes et systémiques dans la consolidation de la paix des Nations Unies, du fait d’une mauvaise compréhension générale de la nature de la consolidation de la paix et de la fragmentation du travail de l’ONU dans des zones distinctes. 

Le processus de réforme initié pour donner suite aux conclusions de l’examen a été marqué par l’adoption de résolutions identiques par le Conseil de sécurité et l’ Assemblée générale du 27 Avril 2016.

Les deux résolutions, connues depuis comme les “résolutions de paix durable”, ont souligné l’importance d’une approche globale pour maintenir la paix, particulièrement à travers la prévention des conflits et en s’attaquant aux causes profondes de ceux-ci. 

QUEL EST LE PROBLEME?

Il est bon -- bien que prévisible -- de voir l’accent mis sur la prévention et les causes des conflits. Mais, tandis que le rapport parle de relier la paix au développement, aux droits de l’homme, à l’action humanitaire, il ne tient pas compte des changements climatiques ou environnementaux sur la paix et la sécurité.  

Ne pas tenir compte du rôle significatif du changement dans les facteurs des causes profondes des conflits et dans la prévention des conflits risque de rendre ces paroles bien intentionnées impropres à l’action. 

La paix, tout comme le conflit, n’est pas simple. En effet, les causes profondes du conflit et de la consolidation de la paix se retrouvent dans plusieurs secteurs, y compris le changement climatique. 

La première règle pour s’attaquer au conflit est de commencer avec le contexte. Le changement climatique affecte tous les contextes. Dans des conflits qui concernent la terre et l’eau, il rend la disponibilité des ressources plus volatile. Dans des conflits nourris par la pauvreté et le chômage, il peut accroître l’insécurité des moyens de subsistance et accroître la pauvreté en décimant le rendement des récoltes.

Face à des extrêmes climatiques sans précédent, dont on prévoit même la recrudescence, le fait de ne pas tenir compte des implications du changement climatique dans le contexte et les circonstances de tout conflit donné signifie que les causes profondes des problèmes ne sont pas complètement saisies.  

Par exemple, dans le bassin du Lac Tchad, l’analyse des causes profondes de la crise en cours révèle que des problèmes de développement, comme la marginalisation politique, l’inégalité et l’insécurité des moyens de subsistance, combinés au climat variable, notamment les précipitations irrégulières, constituent le terreau idéal pour le recrutement dans les groupes armés, la violence et la fragilité.

Dans des contextes déjà fragiles comme le Mali, les sécheresses liées au changement climatique contribuent à l’instabilité permanente qui rend toute forme de stabilisation et de paix bien plus difficile à atteindre. 

Comment parvenir à un règlement politique sur l’allocation des ressources naturelles telles que l’eau potable alors que le changement climatique change la disponibilité et l’accès à l’eau qui rend tout accord de partage sur ce sujet de courte durée ? 

Ou comment réintégrer d’anciens combattants dans d’autres emplois décents si les seuls emplois disponibles ou offerts le sont dans un secteur agricole vulnérable au climat et susceptibles d’augmenter l’ insécurité de leur subsistance et nourrir leurs griefs ? 

Selon la Vice Secrétaire générale des Nations Unies, Amina Mohammed, rendre compatibles les efforts de paix et de sécurité et le travail de développement et humanitaire est "essentiel pour prévenir les conflits et atténuer les risques, (et) favoriser des résultats plus durables".

Le maintien de la paix ne peut être atteint que par une vision plus large de la prévention. Cela doit englober la compréhension du rôle joué par le changement climatique dans les conflits et l’importance de faire face aux risques de changement climatique pour les empêcher de catalyser les conflits.  

QUE DOIT-ON FAIRE ?

Une paix durable est une louable ambition et doit être un objectif  politique explicite et délibéré pour tous les états, qu’ils soient ou non en proie à un conflit violent. L’absence du changement climatique dans le rapport de M.Guterres est une occasion ratée.

Néanmoins, il existe des possibilités pour combler ces lacunes. Dans le rapport, le Secrétaire général appelle à une compréhension et à une analyse commune des risques majeurs et des opportunités pour soutenir des stratégies de développement tenant compte des risques.

L’intégration du changement climatique dans ces approches d’analyse des risques est vital, et correspondrait aux approches d’évaluation des risques déjà développées par d’autres entités comme l’ OCDE et le G7.

Le rapport appelle également à une restructuration du travail de paix et de sécurité pour créer une meilleure coordination et des objectifs partagés avec d’autres efforts. Ceci serait bien complété par la proposition de la Suède et énoncé dans la Déclaration de La Haye sur la Sécurité planétaire, d’établir un mécanisme institutionnel pour la sécurité climatique au sein des Nations Unies. 

Les Nations Unies jouent un rôle crucial dans l’évaluation des risques de sécurité liés au climat et le développement de plans en conséquence. Mais tout comme la consolidation de la paix se situe dans différents domaines, la responsabilité et la capacité d’évaluer les risques liés à la sécurité climatique relèvent actuellement elles-aussi de différentes institutions ayant des mandats différents.

Un mécanisme institutionnel de sécurité climatique soutiendrait le système des Nations Unies -- et d’autres mécanismes de gouvernance mondiale-- dans l’évaluation conjointe des risques et l’assistance à la gestion des risques, coordonnant ses travaux sur les risques sécuritaires liés au climat, qui sont tous des éléments essentiels de la prévention des conflits et du maintien de la paix. 

We welcome comments that advance the story through relevant opinion, anecdotes, links and data. If you see a comment that you believe is irrelevant or inappropriate, you can flag it to our editors by using the report abuse links. Views expressed in the comments do not represent those of Braced or its partners.

Video

Qu'est ce que la résilience?

A l'Evenement d'Apprentissage Annuel en Ouganda, nous avons posé une question aux participants: qu'est ce que la résilience?

Blogs

Les nouvelles technologies au service d’un meilleur suivi de la ...

Mesurer la résilience est coûteux et ardu mais joindre les personnes qui se déplacent via les téléphones portables peut résoudre les deux problèmes d’un seul coup


Sommet américain sur le climat : l’appel des femmes pour des fonds en ...

« Les donateurs, les gouvernements et les partenaires du développement et les financiers (privés) sont généralement d’avis que les femmes sur le terrain ne sont 'bankables' »


Que valent les prévisions saisonnières?

Les prévisions précoces peuvent aider les agriculteurs à s’adapter, mais, entre scepticisme et timing, leur prise en compte dépend de divers facteurs


La violence contre les femmes : une barrière à la résilience

La violence contre les femmes « accentue la vulnérabilité des personnes à d’autres risques » y compris au changement climatique


Dernières photos

Tweets