Des bracelets de localisation protègent les mères kenyanes nomades et leurs bébés

  • Par Munyaradzi Makoni
  • 09/05/2019

Alima Hossain, un bracelet GPS à énergie solaire au poignet, attend son tour pour un bilan de santé à Yaballo Godha, Moyale, Kenya, le 8 avril 2019. Fondation Thomson Reuters /Munyaradzi Makoni

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MOYALE, Kenya - Lorsque le personnel de santé s’est approché d’un acacia géant sous l’ombre duquel une clinique de fortune serait installée, plus de 50 femmes et 30 enfants les attendaient déjà. 

L’enthousiasme des locaux pour le check-up mensuel a rendu inutile les habituels coups de klaxon dans le village de Yabalo Godha, à 40 minutes de voiture de la ville de marché de Moyale à la frontière avec l’Ethiopie, au Nord du Kenya. 

La région semi-aride du comté de Marsabit abrite des communautés de bergers dont les animaux parcourent le vaste paysage et son aspect reculé rend les soins de santé difficiles à fournir. 

Dans une tentative d’amélioration des services fournis aux femmes nomades, une cinquantaine de bracelets GPS alimentés à l’énergie solaire ont été donné aux femmes enceintes. 

La plus éloignée de ces femmes est originaire de Laqi, à près de 100 km du quartier central d’affaires de Moyale, où il n’y a pas d’hôpital ni d’école. Quand l’essai de soins de santé itinérants a commencé en février de l’année dernière, 168 femmes enceintes s’étaient inscrites sur 10 sites, pour l’essentiel dans des communautés pastorales sélectionnées par des chefs locaux.

L’équipe de soins prévient un volontaire de la communauté ou un dirigeant du village de la visite d’un médecin, d’un infirmier, d’un nutritioniste, apportant avec eux des médicaments.

Chaque voyage a attiré environ 150 mères en quête de soins, certaines équipées d’un bracelet GPS, d’autres non, dit Dahabo Adi Galgallo, une épidémiologiste à l’hôpital du sous-comté de Moyale qui a démarré le projet.

Lors de la visite de Yabalo en avril, trois des sept femmes avec bracelet GPS de la zone sont venues. 

Deux autres n’étaient pas loin, d’après le suivi GPS, tandis que deux autres avaient traversé la frontière vers l’Ethiopie.

« Du fait des lois internationales, nous ne pouvons qu’effectuer un suivi et leur venir en aide à leur retour », dit Galgallo.

Après une séance de cinq heures de prélèvements de sang et d’urine et de tests pour des maladies, notamment des MST, les examens de Galgallo ont mis en évidence 25 femmes enceintes de plus. 

« Les chiffres sont plus importants à chaque visite », dit-elle, trahissant quelques signes de fatigue. 

 

MORTALITE FEMININE

Galgallo est née à Marsabit de parents nomades qui se sont déplacés si souvent qu’elle a fréquenté six écoles primaires différentes. Elle a grandi douloureusement consciente des problèmes de santé auxquels sa communauté était confrontée. 

Les accouchements à domicile étaient la norme, des femmes saignant à mort lors des naissances ou perdant leur nouveau-né de malnutrition.

Déterminée à agir, Galgallo a choisi une carrière dans le secteur de la santé.

En étant changé du monitoring des maladies et de la coordination au  laboratoire à Moyale, elle a pu disposer de données prouvant qu’en moyenne plus de femmes des communautés pastorales mourraient en couches, par rapport aux autres de la région.

«Le fait que des femmes mourraient du fait d’un grossesse était connu, mais la magnitude de ces décès ne l’était pas », explique-t-elle à la Fondation Thomson Reuters.

Sur un an, à partir du milieu de l’année 2014, Galgallo a interviewé 60 femmes enceintes au sujet de leurs soins avant-accouchement dans les dialectes locaux Oromia et Borana.

Dans le cadre du suivi, elle a analysé les données de 2015 à 2016, et trouvé que 40% des décès de bébés survenaient avec des mères qui n’avaient reçu aucun soin prénatal, avec des proportions bien moindres pour celles qui en avaient bénéficié. 

L’étude de Galgallo a montré que près de la moitié des femmes enceintes ne pouvaient se permettre les 450 shillings kenyans (environ 4 euros) pour les examens prénataux. Certaines ont indiqué vivre trop loin de l’hôpital, tandis que d’autres ne savaient pas que c’était nécessaire. 

«Ici, l’ignorance est monnaie courante, les niveaux d’analphabétisme sont élevés. Des femmes sont venues me demander de combien de mois elles étaient enceintes », dit Galgallo.

Elle s’est alors demandé comment elle pouvait prévenir les décès de femmes qui ne sont pas venues dans les services de soin.

L’Enquête Démographique de Santé au Kenya de 2014 a placé le comté de Marsabit dans les quatre premières places au niveau national pour la mortalité maternelle et infantile, dit Kussu Abduba, le patron de l’hôpital du sous-comté de Moyale.

L’hôpital enregistre 200 naissances mensuelles dans la petite maternité qui ne dispose pas d’une salle d’opération. 

Tandis que les pasteurs nomades se déplacent en quête d’eau et de pâturages pour leur bétail, suivre et prendre soin des mères sur le terrain semblait la meilleure solution, dit Abdi Fataha Bashiri, en charge de la santé reproductive à Moyale.

 

PAS CHER ET SIMPLE

Pour ce faire, Galgallo a eu l’idée d’un bracelet contenant un système GPS qui peut être porté par ces femmes. 

Résistant à l’eau, petit et conçu avec des perles orange vif pour se marier avec leur culture, il a été adopté, ajoute-t-elle. 

En 2017, afin de mettre son idée en pratique, Galgallo a décroché la bourse du programme Grand Challenges Africa de l’Académie africaine des Sciences en partenariat avec la Fondation Bill et Melinda Gates d’une valeur de 100 000 dollars.

« Je peux vous dire que l’énergie solaire était la meilleure option pour le GPS », dit Denis Kalikidane, qui gère l’aspect technologique du programme.

Les bracelets sont chargés automatiquement à travers un minuscule panneau solaire qui absorbe la lumière sur le poignet. 

Peu d’entre elles auraient pu s’offrir ce dispositif s’il marchait avec des piles, ajoute Kalikidane.

Il imprime une feuille avec la situation de chaque mère le matin avant la visite, ce qui aide l’équipe à définir l’emplacement du camp. 

Dans les lieux où le signal GPS est aléatoire, ils demandent à la communauté où les femmes se trouvent, poursuit-il. 

Chaque mois, Galgallo et son équipe effectuent 10 visites à différents sites disséminés à travers le comté.  

Le personnel de santé choisit souvent une base près d’un point d’eau, près duquel s’installe les communautés afin que leurs chèvres, leur bétail, leur chameaux, les ânes et autre brebis puissent boire. 

 

SERVICE MENACE

Galgallo dit que son équipe a dépassé quatre visites prénatales pour chaque mère, comme il est recommandé par l’OMS, et que près de 270 femmes enceintes ont été aidées jusqu’ici. 

«Pour celles équipées d’un GPS, il n’y a eu aucun décès, ni du côté des mères, ni de l’enfant », ajoute-t-elle, faisant remarquer que celles avec bracelets peuvent également recevoir des visites à domicile. 

Le personnel de santé suit les mères qui continuent de porter leur bracelet après l’accouchement, afin d’immuniser les bébés la première année, ajoute-t-elle.  

En dépit de son succès, le système GPS a besoin d’être affiné, dit Galgallo. Plus de bracelets sont nécessaires afin de couvrir des plages plus longues, et idéalement, ils pourraient fonctionner comme un système en va et vient en cas d’urgence. 

Elle est inquiète pour la suite, car le financement du projet arrive à son terme en septembre. 

« La plupart des personnes dans les villages reculés croient que le service va continuer » dit-elle, espérant trouver de nouveaux soutiens financiers.

 Abduba, le patron de l’hôpital de Moyale, dit que les résultats seront évalués et « nous verrons alors comment l’étendre à travers Marsabit ».

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