Pluie ou beau temps, les banques de céréales aident les agriculteurs kenyans à combattre les cartels

  • Par Kagondu Njagi
  • 02/11/2018

Jotham Mugendi (à droite), le patron de l’installation de stockage de semences Kibubua dans le comté de Tharaka-Nithi désigne à un agriculteur l’un des containers de traitement des semences dans les bureaux de l’installation, au centre du Kenya. 14 septembre 2018. Fondation Thomson Reuters /Kagondu Njagi

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MUKOTHIMA, Kenya - Pour un agriculteur qui a subi continuellement de faibles récoltes faute de pluie suffisante, Silas Kirimi a été surpris de se retrouver cette année avec le problème inverse : que faire avec la récolte exceptionnelle de graminées vertes de l’année dernière ? 

Des pluies prolongées de mars à mai ont permis cet homme de 45 ans de tirer dix sacs de haricots mungo - deux fois plus que d’habitude - de son exploitation dans le village de Mukothima village au centre du Kenya, a-t-il déclaré.

D’habitude, cela aurait représenté un dilemme. 

Il pouvait soit garder son surplus de récolte et risquer de le perdre, endommagé ou attaqué par la vermine, du fait de conditions de stockage, ou alors il pouvait le vendre à des intermédiaires, qui achètent des grains à bas prix pour les vendre plus tard pour leur propre profit. 

« C’était comme ficher ma vie en l’air. Quel que soit mon choix, je perdais de l’argent », dit-il à la Fondation Thomson Reuters. 

Mais cette année, Kirimi dispose d’une troisième option. Il a vendu son surplus à l’une des deux installations de stockage de céréales gérées par la communauté récemment construites dans le comté de Tharaka-Nithi, où se situe le village de Mukothima.

Les installations achètent des céréales des agriculteurs au cours du marché, les stockent en sureté et ensuite les vendent à des familles confrontées à des pénuries alimentaires. 

« Le but est d’améliorer la sécurité alimentaire des foyers modestes », dit  Muthomi Njuki, gouverneur du comté de Tharaka-Nithi.

Les installations de stockage des céréales « protègent aussi les agriculteurs des cartels qui achètent des céréales à des prix raisonnables pour les vendre ensuite trois fois plus cher aux mêmes agriculteurs en cas de pénurie ». 

MATELAS DE SECURITE 

Les gouvernements des comtés construisent ou ont construit des réserves de céréales communautaires dans plus d’une dizaine de comtés sur l’ensemble du Kenya au cours des trois dernières années, d’après Noah Wekesa, président de la Strategic Food Reserve, une agence gouvernementale. 

Les facilités de stockage sont construites et dirigées avec l’argent du Constituencies Development Fund, avec le soutien du gouvernement, qui appuie des projets de développement qui viennent de la base. 

A la réserve de céréales de Mukuuni que Kirimi utilise, quelque 40 km de la maison de l’agriculteur, le dirigeant Jotham Mugendi est occupé à enregistrer de nouveaux dépôts. 

Cette initiative aide les familles pauvres à mieux résister aux effets de la sécheresse et des inondations sur les revenus car elle leur permet d’acheter des céréales à un prix raisonnable, plutôt qu’aux prix exagérés du marché, dit-il. 

« Les familles sont aussi bien préparées pour les urgences comme les factures médicales et les frais de scolarité », dit Mugendi. 

Dans le passé, beaucoup d’agriculteurs, devaient vendre le fruit de leurs récoltes à des courtiers, en dessous du prix du marché afin de faire face à leurs coûts essentiels. 

Mugendi dit que l’installation à Mukuuni peut stocker jusqu’à 100 sacs de céréales de 90 kg chacun.

Des silos plus large peuvent contenir jusqu’à 1000 sacs, ajoute-t-il.

Les silos d’acier protègent la nourriture des menaces d’après la récolte, y compris l’aflatoxine - une dangereuse toxine produite par certaines moisissures -  et de vermines comme les charançons.

Les agriculteurs de l’Afrique subsaharienne perdent plus de 20% de leur maïs du fait de nuisibles et dans la détérioration après la récolte, selon la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture.  

« Nous disposons même d’espace pour stocker de l’engrais, distribué aux agriculteurs à un prix subventionné », dit Mugendi.

‘SANS PITIE’

Une étude de 2017 de l’Institut Tegemeo pour les politiques agricoles et le développement, basé à Nairobi, stipule qu’environ 3,5 millions de personnes au Kenya doivent faire face à une insécurité alimentaire sévère, ce qui signifie qu’elles peinent à trouver assez à manger.  

La production alimentaire dans le pays va certainement diminuer à l’avenir, du fait d’un manque ou d’un excès de pluie, a prédit cet institut.  

Mais Wekesa, à la Strategic Food Reserve, dit que ce sont les cartels alimentaires, plutôt que les effets du changement climatique, qui représentent la plus grande menace pour la sécurité alimentaire au Kenya. 

Agnes Murugi, occupée à battre des épis de maïs à l’ombre d’un manguier chez elle, dans le village de Kibubua village, a pu le constater par elle-même, en juillet l’année dernière. 

« Ma fille était à l’hôpital du fait de problèmes liés à sa grossesse. Je n’ai pas pu lever les fonds pour payer l’hôpital pour qu’elle puisse sortir. C’est pourquoi j’ai vendu cinq sacs de maïs», dit cette femme de 57 ans. 

Les courtiers l’ont convaincue de vendre son maïs à 30 shillings kenyans ($0.29) le kilogramme.

Finalement, la nourriture qui lui restait s’est épuisée. Avec ses maigres économies, Murugi a vendu visite aux négociants de céréales dans le centre commercial de Kibubua.

Là-bas, elle était choquée de voir le maïs en vente à plus de trois fois le prix que les mêmes négociants avaient payé pour sa récolte. 

« Je les ai supplié de baisser le prix pour moi. Même après avoir raconté la facture d’hôpital, ils ont refusé », dit-elle. « Ces gens sont sans pitié ».  

Ses dernières cultures de maïs ont donné plus de rendements que nécessaire pour elle mais pas question de vendre aux courtiers qui viennent régulièrement rendre visite dans les campagnes pour de l’argent facile.  

Murugi n’avait pas encore entendu parler des réserves de céréales dans son comté avant de parler à la Fondation Thomson Reuters.

Mais informée de leur existence, elle a dit qu’elle préférait garder son stock alimentaire chez elle.

Mugendi, à la réserve de céréales Mukuuni, dit que des histoires comme celle de Murugi le motivent pour éduquer les agriculteurs des avantages de recourir à des réserves de céréales. 

«C’est une tache difficile car la plupart des agriculteurs sont toujours traumatisés par leurs expériences précédentes avec des marchands peu scrupuleux », dit-il. 

« Toutefois, beaucoup commencent à apprécier cette initiative de consolidation de la résilience ». 

Dans le village de Mukothima, Kirimi est soulagé que les réserves de céréales signifient qu’il peut désormais cultiver sa terre sans avoir peur de ne plus avoir de nourriture ou de se faire avoir par des négociants. 

« Je n’ai pas peur que ma famille en vienne à avoir faim. Je peux toujours voir du côté des réserves de la communauté pour avoir de la nourriture en cas de pénurie », dit-il, c’est une bonne mesure ». 

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