Dans un Kenya sujet à la sécheresse, les ‘ambassadeurs de paix’ calment les disputes

  • Par Caroline Wambui
  • 27/06/2019

Les agriculteurs ont formés à l’eau et à la résolution de conflit dans le village de Maweni, Kenya, 23 mai 2019. Fondation Thomson Reuters /Caroline Wambui

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MAWENI, Kenya - A l’extérieur d’une petite maison isolée dans le village de Maweni, une assemblée d’environ 150 agriculteurs est réunie sous la chaleur écrasante pour parler d’un sujet qui les empêche tous de dormir la nuit : l’eau. 

L’un des agriculteurs, Martin Muasya relate un désaccord qui en est venu aux mains avec un voisin il y a quatre ans, quand tous deux étaient persuadés que l’autre lui avait volé de l’eau. 

«Non seulement j’ai cassé mon jerrycan mais nous sommes restés brouillés pendant près d’un an, chacun bloquant le passage afin d’éviter toute intrusion de l’autre sur ses terres à la recherche d’eau », dit-il.  

A travers les régions arides et semi-arides du Kenya, les communautés font face à des pénuries d’eau croissantes, les populations en augmentation tirent de l’eau de sources déjà appauvries par des sécheresses liées au changement climatique. 

La pression d’être en compétition pour l’eau peut conduire à des conflits allant de l’échange de coups entre voisins aux attaques entre peuples rivaux qui font des dizaines de morts chaque année. 

C’est pourquoi les agriculteurs dans le comté de Tharaka Nithi dans le  centre du Kenya se sont rassemblés pour écouter l’« ambassadeur de paix » Tabitha Kaburi expliquer comment conserver l’eau et, au mieux, mettre un terme aux conflits. 

Kaburi s’inscrit dans un projet mené par l’organisation à but non-lucratif Strategies for Agro-Pastoralists' Development Kenya (Stratégies pour le développement des agropastoralistes - SAPAD Kenya). 

Il renseigne les volontaires, appelés "ambassadeurs de paix », sur l’agriculture durable et la résolution de conflit, et les envoie ensuite délivrer ces enseignements auprès des communautés rurales.  

L’idée est que les volontaires montrent aux agriculteurs comment en faire plus avec moins d’eau, en enlevant la nécessité de se bagarrer pour cette ressource en diminution, explique le directeur exécutif du SAPAD, Zaverio Chabari.

Les bénévoles conseillent également les communautés sur comment dissiper les tensions - par exemple, en signalant les vols d’eau suspectés au chef de zone au lieu de se confronter directementaux auteurs supposés. 

« Les pénuries d’eau sont une menace dans la région mais si les communautés sont bien informées, ce danger peut être doucement enrayé et conduire à des communautés paisibles », dit Chabari.

‘VIVRE UNE VIE HEUREUSE'

Pendant les périodes de sécheresse, les rivières autour du village de Maweni peuvent aller de 3 mètres de profondeur à une sécheresse qui fait que «les poissons meurent », selon Chabari.

Les rivières qui s’assèchent, combinées à une population en croissance au Kenya, ont conduit à « une plus grande demande pour de l’eau, à la fois pour des besoins domestiques ou agricoles », dit David Mugambi, un spécialiste en gestion des ressources naturelles à l’Université de Chuka dans le centre du pays.

Et moins il y a d’eau dans la rivière, , ajoute-t-il, plus les agriculteurs en retirent pour arroser leurs cultures, prenant de l’eau précieuse à ceux qui vivent en aval. 

Les ambassadeurs de paix du projet SAPAD visent à briser le cercle vicieux en montrant aux agriculteurs les bénéfices de planter des graines locales et des cultures résistantes à la sécheresse qui nécessitent moins d’eau comme le sorgho et le millet.

Ils encouragent les agriculteurs à protéger les rives des rivières et des lacs pour ralentir l’évaporation et l’érosion des sols dans ces zones. 

Et ils recommandent la culture de plantes connues pour garder les zones humides, comme le bambou.  

Selon Chabari, le projet a formé environ 100 ambassadeurs depuis son lancement en 2014, qui ont donné des conseils à plus de 80 000 personnes. Le groupe s’est donné pour objectif de former 500 ambassadeurs de plus dans les trois prochaines années.  

Chabari dit que les avancées ont été freinées par un manque de financement, qui limite l’accès des bénévoles aux zones rurales reculées. Et parfois, ils tombent sur des agriculteurs qui refusent de changer leurs façons de faire. 

Mais en dépit des difficultés, le projet est en passe de réussir à promouvoir l’agriculture et à diminuer les conflits liés à l’eau, dit Chabari.

Il n’existe pas d’archives officielles du nombre de ce type de conflits dans le comté de Tharaka Nithi.

Mais Nicholas Mwinja, un chef de quartier dans le comté, dit que le projet a facilité son travail. «Je n’ai que rarement (à gérer) des conflits liés à l’eau ces derniers temps », note-t-il. 

A la réunion à Maweni, le villageois Evans Njagi dit qu’avant le projet, il y avait régulièrement des « confrontations houleuses avec certains membres de la communauté concernant l’eau ».

Mais après avoir appris à ré-utiliser et recycler l’eau, celle pour abreuver son troupeau n’arrive plus à épuisement et, en conséquence, aucune altercation n’est à signaler avec ses voisins au cours des dernières années. 

«Je suis un homme heureux qui vit une vie heureuse », dit Njagi.

 

SOLUTIONS EMANANT DE LA COMMUNAUTE

Plusieurs autres projets au Kenya visent également à éteindre les conflits en impliquant les communautés dans la préservation et la gestion de l’eau. 

L’un d’eux conduit par l’institut pour la Culture et l’Ecologie (ICE) se concentre sur la protection de la rivière Kathita River, la plus longue du comté de Meru.

Le projet promeut la plantation d’arbres le long de la rivière et forme les agriculteurs à recueillir l’eau sur leurs terres au lieu de la prendre dans la rivière, dit Kamau Elijah, chargé de programme au sein du ICE.

Depuis le lancement du projet en 2008, « nous avons (vu) des résultats positifs, les communautés vivant en harmonie », dit Elijah.

Une autre ONG, le Rural Initiatives Development Programme travaille avec des groupements d’eau dans les comtés de Tharaka Nithi et de Meru pour encourager les agriculteurs à faire pousser des plantes autochtones et gérer leur utilisation d’eau, a expliqué Nicholas Kimathi, un coordinateur, à la Fondation Thomson Reuters.

Entretemps, le gouvernement kenyan a mis en oeuvre le projet Upper Tana Natural Resources Management pour aider les communautés dans  six comtés à créer des associations centrées sur un gestion durable de l’eau et la conservation de la forêt.

Le projet sur huit ans, lancé en 2012, vise à assurer une utilisation prudente de l’eau dans la région Upper Tana afin que les niveaux restent élevés en aval des rivières, dit le coordinateur des ressources en eau Francis Koome.

«Impliquer la communauté pour résoudre les problèmes liés à l’eau demeure essentiel », dit-il.

Riungu Mutea, un membre de l’association de l’eau comme ressource , dit que son groupe a trouvé une solution pour mettre un terme aux conflits liés à l’eau était de travailler avec le conseil suprême des anciens, le Njuri-Ncheke.

A chaque fois que l’association lance une initiative pour sauvegarder une source locale, elle confère au Njuri Ncheke la responsabilité de la protéger.

« Aucun membre de la communauté n’oserait empiéter sur la source protégée par peur d’être maudit par les anciens », dit Mutea. En conséquence, la source reste remplie et les heurts pour l’eau ont fortement diminué, dit-il.

« C’est gagnant-gagnant pour l’homme et l’environnement », a-t-il ajouté. 

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