Les ONG remodèlent les services climatiques en Afrique. Doit-on s’inquiéter ?

  • Par Blane Harvey, Lindsey Jones, Logan Cochrane and Roop Singh
  • 11/04/2019

Des gens attendent l’aide alimentaire après le Cyclone Idai à Guara Guara village, près de Beira, au Mozambique, le 26 mars 2019. Photo prise d’une fenêtre. REUTERS/Siphiwe Sibeko

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Les effets dramatiques du Cyclone Idai au Mozambique sont un rappel brutal que les extrêmes climatiques puissent balayer trop facilement des gains en développement difficiles. Les gouvernements et les communautés à travers l’Afrique regardent dès lors du côté de la science du climat pour venir appuyer leur prise de décision dans un climat de plus en plus incertain. L’espoir est qu’en améliorant notre compréhension des systèmes mondiaux et régionaux nous serions en mesure d’apporter de meilleures réponses à de telles questions, en sauvant à la fois des vies et des ressources.

Les ‘services climat' peuvent être utiles par l’apport de données climatiques dans leur contexte telles que des prévisions et des projections à utiliser pour la prise de décision. Il y a vingt ans à peine, les services climat dans les pays en développement étaient considérés expérimentaux ou peu fiables pour prendre des décisions dans le monde réel. Toutefois, des investissements dans la recherche climat et le développement de modèles a augmenté la confiance dans leur production, confiance que les gouvernements et les organisations non gouvernementales (ONG) s’attachent à renforcer afin d’améliorer l’accès de la communauté aux services climatologiques. 

Toutefois, les critiques soulèvent des questions importantes au sujet de la contribution que les services climat vont vraiment effectuer dans les vies des plus vulnérables. Les communautés ont-elles confiance dans ces données ? Sont-elles suffisamment fiables ? Les gens ont-ils les moyens de passer à l’action à la lueur des nouvelles informations ? Afin de mieux comprendre ce que cela peut signifier, nous avons étudié les rôles croissants que les ONG ont joué au Burkina Faso et en Ethiopie, trouvant à la fois de raisons d’être optimistes et inquiets :

La technologie, l’infrastructure et le savoir-faire ont régulièrement avancé en différents points du continent. Des investissements récents dans l’infrastructure des observations (stations météorologiques, pluviomètres) dans des pays comme l’Ethiopie et le Burkina Faso commencent à combler les lacunes persistantes dans les données nécessaires pour des services fiables, même si d’importants problèmes  de capacité subsistent. Autrefois critiquées pour leur manque de capacités techniques, les ONG sont maintenant devenues des sources essentielles de capacités, fournissant un financement et une formation aux services météorologiques nationaux et à leur personnel de terrain.

Une meilleure coordination est nécessaire. L’intérêt croissant pour les services climat signifie que les services nationaux sont débordés du fait d’une gamme de projets et de partenariats en constante expansion. Cela peut entraîner des doublons dans les services, des données contradictoires et des niveaux inégaux de couverture. 

Des initiatives comme Global Framework for Climate Services de l’Organisation météorologique mondiale appelle à une meilleure coordination mais beaucoup de pays ne peuvent pas tenir le rythme. Les ONG peuvent vouloir s’assurer que leurs projets sont conformes aux priorités nationales mais restent finalement responsables vis-à-vis des donateurs bilatéraux du Nord qui ont leurs propres priorités et s’attendent à voir les résultats des projets en temps voulu.

Les ONG élargissent la diffusion des services climatiques mais la communication est trop unidirectionnelle. La recherche nous dit que les services climatiques sont meilleurs lorsqu’ils sont “co-produits,” c’est à dire quand leurs utilisateurs aident à leur conception et à leur fonctionnement. Les ONG qui travaillent dans le cadre de BRACED et ailleurs ont réalisé de grandes avancées dans le partage d’informations avec des communautés qui ont tendance à être laissées de côté, utilisant des approches créatives comme la messagerie mobile, le théâtre et la  radio pour les toucher dans des formats accessibles et adaptés. Mais il y a encore du travail pour intégrer le savoir communautaire aux services climatologiques. Beaucoup de communauté ont depuis longtemps utilisé les observations locales et la connaissances traditionnelles pour anticiper les tendances climatiques et faire l’impasse sur leurs connaissances peut conduire à la méfiance à l’égard de nouvelles solutions. Les ONG peuvent agir comme médiateurs pour faire en sorte que les voix et la connaissance locales prennent corps dans les futures investissements et initiatives.

Sommes-nous en train de mettre les gens en échec ? Une dernière préoccupation concerne la viabilité à long terme de ces nouveaux développements. Une grande partie des progrès réalisés dans les services climatologiques ont été financés par des projets avec l’argent des dotateurs et d’une durée inférieure à cinq ans. Ces projets visent à amener les communautés à utiliser régulièrement les services climatologiques, dans le but de changer le comportement décisionnel des individus à long terme. Tout va bien tant que les investissements dans les services climatologiques figurent en bonne place dans le programme de développement, mais que se passera-t-il lorsque les projets seront terminés, que les donateurs passeront à de nouvelles priorités et que les services nationaux disposeront de ressources insuffisantes pour soutenir les initiatives ? L’information selon laquelle une seconde phase attendue du programme BRACED ne sera pas réalisée comme prévu illustre ce point. D’importantes considérations éthiques sont en jeu ici, les communautés étant encouragées à baser leurs prévisions autour de sources d’informations qui pourraient bien ne plus être disponibles lors de la prochaine saison agricole.

La recherche nous montre qu’il existe des raisons d’espérer en matière de développement et utilisation des services climatologiques mais la prudence est de mise. On ne doit pas attendre des ONG qu’elles lèvent seules ces préoccupations; le dialogue est nécessaire entre les bailleurs de fonds, les gouvernements, les ONG et les agences internationales afin de renforcer la cohérence, soutenir les initiatives efficaces, et donner aux communautés une voix plus forte lors du développement de ces services.

Blane Harvey est professeur adjoint à l’Université de McGill et chercheur associé à l’ODI, l’Institut de Développement d’Outremer ; Logan Cochrane est chercheur dans le cadre de la bourse Banting auprès de l’ Université Carleton et professeur adjoint à Hawassa University; Roop Singh est spécialiste des risques climatiques auprès du Centre Climat de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

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