N’attendez pas la paix pour combattre le changement climatique

  • Par Laurie Goering
  • 16/11/2017

Un garçon peul se tient près des vaches à côté d’un centre de collecte de lait dans le village de Dangwala Karfi situé à la périphérie de la ville de Kano, dans le nord du Nigeria.19 janvier 2016. REUTERS/Akintunde Akinleye

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Afin d’aider les agriculteurs du nord aride du Ghana à améliorer leurs revenus en dépit de conditions météo de plus en plus sèches, le gouvernement et les organismes d’aide leur fournissent des graines à croissance rapide qui leur permettent d’avoir deux récoltes par saison plutôt qu’une seule habituellement. 

Mais étendre la saison de croissance, même de quelques semaines, signifie que les éleveurs peuls, qui avaient l’habitude de mener leurs bêtes sur des champs après la récolte, trouvent maintenant des récoltes encore sur pied à leur arrivée. Ces récoltes piétinées engendrent des combats violents entre cultivateurs et pasteurs nomades. 

Les agriculteurs, avec les revenus supplémentaires de deux récoltes, élargissent également leurs zones cultivées et investissent dans des troupeaux de bétail plus importants, ce qui entraîne des conditions de vie plus précaires pour les pasteurs dans le Sahel africain. 

Construire la résilience au changement climatique dans des zones en proie aux conflits et à la compétition pour les terres, l’eau, les pâturages et les emplois est un défi et pas seulement parce que les conditions et autres pressions climatiques rendent la vie plus rude pour tout le monde. 

En réalité, le fait d’aider certaines populations à gérer plus efficacement le changement climatique peut en désavantager d’autres et aggraver certains conflits. 

"Ces paysages sont complexes," dit Sebastiaan Soeters, un chercheur de de l’Université d’Utrecht basé à Accra, qui s’intéresse à l’étude de l’impact humain du changement climatique dans le Nord du Ghana. 

Ce qui améliore la situation pour les agriculteurs peut présenter des conséquences néfastes sur les bergers et les pêcheurs ou même menacer de déclencher de l’extrémisme si des personnes qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts voient encore leurs choix se réduire au point d’accepter le chèque d’un groupe extrémiste, dit-il. 

"La radicalisation va conduire à un changement dans le discours au sujet du changement climatique dans l’Afrique de l’Ouest et dans d’autres parties du monde," a prédit Soeters lors des Journées Développement et Climat, un événement en marge des discussions des Nations Unies sur le climat à Bonn cette semaine.

De part le monde, les victimes de conflits entre pays sont en baisse. "Ce sont des temps plus sûrs si l’on se penche sur la plus grande partie de l’histoire de l’humanité," a noté Bruce Currie-Alder, le directeur régional pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, pour le Centre de Recherche pour le Développement International, basé au Caire.

Mais d’autres types de conflits sont en augmentation  -- que ce soient des guerres dans des états fragiles ou en faillite comme le Yemen et la Syrie ou de la violence ethnique comme celle qui frappe les Rohingya en Birmanie (Myanmar). Dans plusieurs cas, cela se passe dans des endroits en proie à des pressions similaires: la pauvreté, des catastrophes météorologiques plus intenses, la concurrence accrue pour l’eau, la terre et les autres ressources et des gouvernements qui n’arrivent pas à faire face. 

A l’horizon 2035, 80% des personnes dans le monde vivant dans la pauvreté extrême devraient vivre dans des états fragiles, suivant une  étude publiée en 2016 par l’Organisation pour la Coopération Economique et le Développement (OCDE).

Cela tend à suggérer que les gouvernements, les organismes d’aide et les autres groupes qui tendent d’aider les plus vulnérables par rapport au changement climatique vont devoir travailler des endroits très difficiles, où il sera tout aussi difficile de distinguer la bonne marche à suivre. 

ANGLE MORT DU FINANCEMENT

"Si nous sommes toujours en train de faire pression pour cibler les plus démunis alors nous devons tenir parole financièrement," dit Katie Peters, une chercheuse sur le risque de catastrophe, le changement climatique, auprès de l’ODI, basé à Londres.

"Nous connaissons suffisamment les dynamiques de conflit pour savoir qu’il n’est malheureusement pas possible d’attendre que la paix soit là. Beaucoup de conflits maintenant peuvent courir sur des générations. Vous ne pouvez pas nier aux gens un soutien dans la gestion des changements liés au climat sous prétexte d’attendre la fin du conflit," dit-elle. 

Peters, dans un rapport rendu public le mois dernier, a noté qu’entre 2004 et 2014, près de 60% des décès dans des catastrophes sont survenus dans des pays comptant parmi les trente premiers états les plus fragiles. S’attaquer aux risques de catastrophes dans ces pays "doit dès lors être une priorité nationale pour les gouvernements des pays de même que pour la communauté internationale" -- pour des raisons morales et dans un effort pour atteindre les Objectifs de Développement Durable, note le rapport.  

Le problème, dit Peters, c’est qu’il n’y a pas encore de réflexion poussée sur la manière de le faire, même si le travail de résolution de conflit et les efforts pour offrir des services de base dans des endroits difficiles comme l’Afghanistan peuvent servir de guide. 

"Nous n’avons pas encore bien réfléchi à la façon de nous y prendre. Les approches habituelles qui fonctionnent dans des contextes stables et pacifiques ne marchent probablement pas pour les états fragiles. Mais cela ne veut pas dire que nous ne devons rien faire," dit Peters, qui travaille aussi sur le programme de Construction de la Résilience et l’Adaptation aux Extrêmes climatiques et aux Catastrophes (BRACED), qui cible une gamme de pays en conflits dans le Sahel.  

Sans assistance adaptée, préviennent les experts, les conditions dans les endroits en proie aux conflits, qui doivent désormais faire face aux pressions climatiques, vont se dégrader. 

Autour du Lac Tchad, dont la taille s’est réduite de 90% depuis les années 60, rendant la vie difficile pour les pêcheurs et les cultivateurs au Tchad, Nigéria, Cameroun et Niger, le groupe extrémiste Boko Haram s’est implanté ces dernières années. Cela, en retour, rend difficile de décrocher des fonds pour aider cette région frappée par les conditions climatiques. 

"Les zones de conflit passent après dans l’accès au financement climatique. Ce n’est pas une priorité de travailler sur ce problème compliqué, du coup ils reçoivent moins d’argent," note Julie Arrighi, qui travaille sur les questions de risques climatiques et de catastrophes pour la Croix Rouge. 

Les éleveurs peuls du nord du Ghana ont désormais un désavantage de plus.

En plus de se battre pour trouver des pâtures pour leurs bêtes, les émissions de méthane emissions de leur bétail sont listées comme favorisant le changement climatique dans les politiques nationales, explique Soeters, dont le travail reçoit l’appui du programme Conflit et Coopération dans la  Gestion du Changement Climatique (CCMCC).

Cela a offert au gouvernement un outil supplémentaire pour les marginaliser, dit-il.  

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