Vaches à lait ? Les agriculteurs éthiopiens luttent contre la sécheresse en assurant le bétail

  • Par Andualem Sisay Gessesse
  • 23/05/2019

Des agriculteurs éthiopiens écrasent le blé avec leurs vaches, suivant une technique ancestrale toujours utilisée dans les hautes terres, pendant la récolte près de Mekele, au nord-est de l’Ethiopie. 25 novembre 2004. REUTERS/Radu Sigheti

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ARBA MINCH, Ethiopie - Une fois ses récoltes détruites par une sécheresse qui a dévasté des régions de l’Ethiopie, en 2017, l’agriculteur Manza Bulacho, père de dix enfants, a espéré qu’une vache allait lui permettre de continuer.

Bulacho, 42 ans, qui vit près de la ville d’Arba Minch dans le sud de l’Ethiopie, a rejoint un programme qui l’a aidé à emprunter de l’argent pour acheter une vache laitière et être assuré.

Le lait lui procurerait un revenu essentiel -- jusqu’à 300 birr, soit environ 9 euros par jour, lui a-t-on dit.

Alors que le changement climatique pèse sur les moyens de subsistance des agriculteurs et des éleveurs, le système innovant vise à favoriser une culture d’épargne et de micro-assurance mais tout ne s’est pas passé sans encombres.

Dirigé par Farm Africa, un organisme à but non lucratif basé au Royaume-Uni, le projet répartit les agriculteurs en groupes d’épargne et les relie à des entreprises de micro-finance qui leur octroient des prêts pour acheter des vaches pour compléter leurs revenus.

Ils souscrivent ensuite des polices d’assurance pour s’assurer qu’ils pourront quand même rembourser leur prêt en cas de décès de l’animal.

Mais certains agriculteurs se plaignent que de telles initiatives régies par le marché font attendre les participants trop longtemps pour les rentrées d’argent.

Un an plus tard, après plusieurs tentatives d’insémination, la vache de Bulacho n’a toujours pas vêlé donc n’a pas produit une goutte de lait.

Avec le coût supplémentaire de s’occuper de la vache, et aucun des revenus complémentaires escomptés, Bulacho a eu du mal à payer ses factures. « Je leur ai dit de me reprendre cette vache », dit-il.

Melese Olte, 32 ans, un autre agriculteur de la région d’Arba Minch region, a essayé trois fois de faire en sorte que sa vache soit pleine afin d’avoir du lait mais sans succès. Elle est morte quelques mois plus tard, dit-il.

La police d’assurance dont il dispose grâce au programme lui a garanti une indemnisation sous 72 heures sur demande mais il a fallu plus de cinq mois pour qu’il récupère l’argent, dit-il.

Entretemps, il devait poursuivre le remboursement du prêt initial souscrit pour acheter sa vache, intérêts en sus.

 

PROBLEMES TECHNIQUES

Selon Farm Africa, depuis son lancement en 2015, le projet a contribué à la création de plus de 340 associations villageoises d’épargne et de crédit, à travers lesquelles des foyers ont pu mettre de côté plus de € 89 000 et les agriculteurs ont accédé à près de €62 314 sous forme de prêts.

Dereje Agizi, un coordinateur de projet pour l’organisation internationale non gouvernementale Mercy Corps, l’un des partenaires de Farm Africa, dit que les problèmes comme ceux rencontrés par Bulacho et Olte sont rares et peuvent sans doute s’expliquer par «l’âge de la vache et une mauvaise alimentation ».

« Presque toutes les vaches achetées au même moment et de la même provenance ont mis bas », écrit Agizi dans un courriel.

Des centaines d’agriculteurs ont souscrit l’assurance, et les cinq qui en ont fait la demande jusqu’ici ont été indemnisés, a-t-il ajouté.

Nyala Insurance S.C., basé à Addis Abeba, qui fournit la couverture pour le bétail, indique que pour quelques agriculteurs les remboursements ont été retardés.

Cela s’explique principalement par la technologie utilisée par les agents de la compagnie Nyala pour enregistrer et soumettre les demandes d’indemnisation sur le terrain, dit Solomon Zegeye, directeur micro-assurance auprès de la compagnie.

«Le fait est que les vendeurs qui ont entré les détails relatifs au bétail assuré sur l’appli ne l’ont pas pas fait correctement », a-t-il expliqué à la Fondation Thomson Reuters par courriel.

La compagnie travaille à rendre le logiciel plus facile à utiliser en offrant plus de formation à ses agents, ajoute-t-il.

Tsegalem Hailemichael, du Ministère de l’élevage et de la Pêche de la région d’Arba Minch, a aussi noté un manque général de connaissance sur comment s’occuper d’une vache parmi les agriculteurs, ce qui rend difficile le fait de tirer avantage de tels projets pour certains.

Les agriculteurs devraient avoir « une formation de qualité et continue » sur comment garder leurs vaches en bonne santé et reconnaitre quand les animaux sont prêts pour l’insémination, dit-il.

 

ELARGIR LES AVANTAGES

En dépit du fait qu’environ 80% de la population éthiopienne gagne sa vie avec l’agriculture et l’élevage, d’après la FAO, l’assurance des récoltes et du bétail est toujours un commerce à ses début dans le pays.

Cela signifie que de nouveaux programmes basés sur l’assurance vont forcément rencontrer des obstacles, dit Negusu Aklilu,de Farm Africa qui dirige le projet assurance bétail en Ethiopie.

«Il importe d’en tirer les enseignements et d’améliorer le service », dit-il.

L’un des résultats de l’initiative, qui s’achève en juin, est que même les agriculteurs non impliqués dans le projet se rapprochent maintenant des compagnies d’assurance pour prendre une couverture pour leurs animaux, selon Zegeye de Nyala Insurance.

La demande est si importante que Nyala élargit ses services aux zones autour d’Arba Minch, pour couvrir 5 000 têtes de bétail, dit-il.

L’espoir est que l’intérêt croissant motive les institutions de micro-finance et les compagnies d’assurance à en faire plus pour équiper les agriculteurs éthiopiens des outils financiers dont ils ont besoin pour s’adapter au changement climatique, ajoute Zegeye.

Mais chez Farm Africa, Aklilu ne croit que cela doit être laisser au seul secteur privé.

« Le gouvernement doit mettre en place des mesures incitatives ou des mécanismes pour encourager les entreprises... pour assurer les non-assurer », dit-il.

Au final, l’agriculteur Bulacho a gardé sa vache. Elle doit normalement mettre bas dans quelques mois, et peut-être alors aura-t-il enfin le lait qui lui permettra de garder son gagne-pain.

«Dieu seul connait l’avenir. Je ne peux rien dire de ce qui va arriver à cette vache », dit-il.

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