Au Mali le beurre de karité aide les femmes - et protège les arbres

  • Par Soumaila Diarra
  • 12/09/2017

Photo par Thomson Reuters Foundation/Soumaila Diarra

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BOUGOULA, Mali - Assise sous un gros arbre, Maïmouna Samaké attend la venue d’éventuels clients au siège à la coopérative Sinsibéré, une entreprise de femmes rurales du Mali qui s’est spécialisée dans la production du beurre de Karité.

La coopérative a été créée en 2007 [ZT1] par Mali Folkecenter, une ONG malienne, afin de détourner les populations locales de la surexploitation des ressources naturelles, telle que la consommation abusive de bois.  

Selon Ousmane Ouattara, le directeur exécutif de l’ONG, la coopérative a été développée pour aider des femmes qui se tournaient vers la vente du bois afin de subvenir aux petits besoins pécuniaires de leurs familles.

Samaké et les autres membres de la coopérative bousculent volontiers leurs habitudes pour épargner les ressources naturelles.

"Je sais que le commerce abusif du bois de chauffe peut avoir un impact sur le climat, parce que les arbres contribuent à la bonne pluviométrie," explique Samaké, ouvrant un fût rempli du beurre de karité.

Dans cette zone, la coupe abusive du bois et la production du charbon sont renforcées par les besoins énergétiques de Bamako.

La coopérative Sinsibéré dont le siège se trouve dans le village de Bougoula, à environ 60 km de la capitale, constitue une source alternative de revenus pour plus de 300 femmes reparties entre trois communes rurales.

Sinsibéré connait un certain succès auprès de ces femmes qui ramassent des amandes de karité dans leurs champs et peuvent les vendre en moins d’un mois, à condition de respecter les normes de collecte et de stockage établies par la coopérative.

Samaké estime que le prix du kilo de l’amande de karité évolue entre 125 et 150 francs CFA – des tarifs bien supérieurs à ceux proposés par les commerçants qui ne sont pas exigeants en matière de qualité, dit-il.

Lors des débuts de la coopérative, à Sanankoroba – l’une des trois communes visées par la coopérative – la capacité de régénération des ressources naturelles était de 13% contre 20% dans d’autres localités.

"Nous n’avons pas encore de statistiques actualisées sur la capacité de régénération des ressources naturelles, mais la consommation de bois a beaucoup diminué dans les villages concernés," raconte Ouattara.

"Il n’y a pas une famille dans les trois communes qui n’ait pas un foyer amélioré utilisant moins de bois," ajoute-t-il. Les foyers améliorés ont été introduits pour vulgariser des pratiques ayant moins d’impact sur les ressources naturelles.

La coopérative qui produit également du savon à base du beurre de karité est à présent devenue une entreprise autonome, avec un conseil d’administration libre : l’ONG qui a formé les femmes n’intervient plus dans les prises de décision des membres l’entreprise.

«Nous ne faisons que servir de relais entre ces femmes et des acheteurs potentiels ; elles ont même obtenu une entreprise cliente à Bamako qui achète 80% du beurre de karité qu’elles produisent », affirme Aminata Barry, chef de projet à Mali Folkecenter.

Des ONG étrangères participent à la promotion du beurre de karité produit par la coopérative Sinsibéré, selon Barry. C’est ainsi que des clients réguliers existent au Japon, en Finlande et au Danemark. Ce sont de marchés importants dont les besoins dépassent souvent la capacité de production de la coopérative.

Beaucoup de femmes qui au départ ne croyaient pas au projet veulent maintenant rejoindre la coopérative, selon des adhérentes qui reconnaissent que leur quotidien a changé.

"L’an passé j’ai gagné 20,000 francs CFA en vendant mes amandes de karité, comparé à 15,000 francs CFA auparavant. C’est grâce à cela que j’ai pu acheter des vêtements pour moi-même et mes enfants, j’ai aussi acheté des condiments," commente Fatoumata Coulibaly, allaitant son bébé.

Cette jeune dame de 30 ans, mère de quatre enfants, est aussi trésorière adjointe de la coopérative qui réserve plusieurs opportunités de gain pour ses membres. Sinsibéré, dont le chiffre d’affaires annuel s’élève à plusieurs millions de francs CFA, permet à chaque membre de pouvoir gagner plus de 1,000 francs CFA (environ $2) par jour lors des séances de transformation pouvant s’étendre sur trois à cinq jours – alors qu’elles n’avaient pas de revenu régulier auparavant.

Mais tout ne va pas comme espèrent les femmes de la coopérative. Elles veulent davantage développer leur activité liée à la coopérative. "Il y a des difficultés dans tout travail. Ce que nous souhaitons, c’est surtout avoir des clients pour les savons qu’elles produisent. Nous avons besoin d’aide pour développer la production du savon à base de karité. Nous devons diversifier ce que nous faisons," a affirmé Samaké.

Fatoumata Coulibaly ne tarit pas d’éloges sur les avantages de la coopérative qui lui a permis d’apprendre à lire et à rédiger des rapports d’activité en langue nationale Bambara.

Mieux, les femmes de Sinsibéré nourrissent désormais des ambitions politiques. "Je ne savais pas parler en public. Si c’était avant, je n’aurai pas su vous dire tout ce que je viens de vous raconter. Maintenant je prends la parole partout, et je me suis présentée l’année dernière comme candidate aux élections municipales," explique Coulibaly.

Elle n’a hélas pas été élue mais envisage de poursuivre son combat politique. "Je ne suis pas découragée en politique. Nous n’allons plus laisser les hommes seuls parler et agir à notre place," raconte-elle en souriant



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