La météo exacerbe les tensions entre éleveurs et agriculteurs au Mali

  • Par Soumaila Diarra
  • 20/12/2017

Bahama Soumaré et l'une de ses filles abreuvent leurs veaux devant un puits à Sanankoroba, au Mali, le 3 décembre 2017. Thomson Reuters Foundation/Soumaila Diarra

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Au Mali, éleveurs et agriculteurs se disputeront aussi longtemps que les problèmes de pluviométrie vont exister, selon Bahama Soumaré.

"Cette année il y a eu un important manque de pluie; nous sommes inquiets pour le breuvage des animaux," explique cet éleveur Peulh installé dans le village de Sanankoroba au sud du Mali.

"Les pâturages aussi sont affectés puisqu’il n’y pas assez d’herbes fourragères. Les aliments pour bétail qu’on achète sont aussi très chers, alors que ce sont des produits qui viennent de chez nous comme les graines de coton," se plaint-il, debout au milieu des veaux se bousculant devant un puits.

Le village de Sanankoroba se trouve dans une zone qui a connu un arrêt précoce des pluies en septembre, ce qui a contribué à l’assèchement de plusieurs points d’eau et un déficit de fourrages.

"Quand il pleut suffisamment, on rencontre les points d’eau dans beaucoup d’endroits, mais avec le manque de pluies les herbes s’assèchent plus vite, les champs qui sont encore verts attirent les animaux," affirme-t-il.

SITUATION CRITIQUE

La situation pastorale est très préoccupante dans les pays du Sahel, selon des experts du Comité inter Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) qui étaient en réunion à Bamako, la capitale malienne, du 27 au 29 novembre.

"En raison des mauvaises conditions d’installation de la végétation et aux pauses pluviométriques enregistrées, les productions fourragères restent très faibles et quasi inexistantes dans les grandes zones d’élevage en Mauritanie, au nord du Sénégal, au Sahel Burkinabé, à l’extrême nord-est du Tchad, à l’est du Niger et par endroits au Mali," explique Mahalmoudou Hamadoun, un expert du CILSS.

 Cette situation a déjà occasionné des départs importants d’éleveurs et leurs troupeaux vers les zones d’accueil dans le Sahel avec des risques de conflits. "Cela laisse présager une soudure très précoce et des conditions très difficiles d’alimentation du bétail dans ces zones," poursuit Hamadoun.

Dans le village de Sanakoroba, les conflits entre éleveurs et agriculteurs sont fréquents surtout au début de l’hivernage. Sayon Diabaté, agriculteur et secrétaire général de la mairie, estime que ces conflits persistent parce que rien n’a été prévu comme pâturage.

"L’activité principale de la commune est l’agriculture ainsi que le maraîchage, alors que les terres de culture ne sont plus suffisantes," reconnaît Diabaté.

 Il faut surtout s’attaquer à cette erreur de gestion des terres disponibles, selon Diabaté.

QUELLE SOLUTION ?

Diabaté déplore l’inefficacité des mécanismes de gestion des conflits par les mairies, qui traitent les problèmes sans prévenir les conflits.

"Quand ces conflits éclatent, les gens viennent à la mairie et on essaie de trouver une solution à l’amiable. En cas d’échec on les envoie devant les tribunaux, mais généralement on arrive à trouver une entente," raconte-t-il.

A Sanakoroba, quand des conflits sont exposés à la mairie on envoie les représentants des services vétérinaires ou agricoles pour faire le constat sur le terrain. 

"Les principales causes des conflits entre éleveurs et agriculteurs, à mon avis, il y a le changement climatique," affirme Soumaila Fomba, le chef du service vétérinaire de Sanankoroba.

Comme les pluies ne sont plus au rendez-vous, cela a favorisé la transhumance; les animaux quittent le Sahel vers le sud du pays. "Il se trouve souvent que ces animaux passent avant les récoltes. Quand les animaux passent avant les récoltes, pendant les récoltes ou même après les récoltes ils peuvent causer des dégâts sur les champs, ce qui peut amener des difficultés entre éleveurs et agriculteurs," poursuit-t-il.

Pour prévenir les conflits, selon Fomba, les pistes de transhumance sont mieux indiquées. Mais ces pistes ne sont pas matérialisées avec des enseignes illustrées indiquant la voie à suivre. A cause de cette défaillance, les animaux n’ont pas de passage. "Les animaux empruntent les chemins utilisés qui mènent aux champs et cela rend difficile la transhumance," dit-il.

En janvier, les animaux transhumants passent dans la zone de Sanankoroba qui reste cependant moins frappée par la mauvaise pluviométrie que d’autres parties du Mali.  "Cette année, il y a des animaux qui sont déjà passés par notre zone," rappelle Fomba.

Bin que moins touchée, la zone de Sanankoroba compte des départs prématurés.

Quelques grands éleveurs de la zone comme Soumaré ont déjà envoyé leurs animaux vers des espaces plus humides comme la Guinée Conakry. Mais ils ne cachent pas leur inquiétude: "j’ai appris aujourd’hui même qu’à Flamana, dans le Wassoulou, (au sud du Mali), ils ont tiré à fusil sur des bovins et en ont tué cinq," dit Soumaré.

 

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