Des étudiants kényans ouvrent la voie à un régime de « santé planétaire »

  • Par Alina Paul-Bossuet
  • 29/01/2019

Les étudiants travaillent à enlever les mauvaises herbes avec le jardinier de l’école sur la parcelle de terre où du niébé, qui servira pour les repas scolaires du prochain trimestre, a été planté. Centre mondial de l’Agroforesterie/Alina Paul-Bossuet

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Ce mois-ci, le rapport EAT-Lancet a occupé les gros titres dans le monde entier, appelant à une transformation des régimes et de la production alimentaires. Les auteurs du rapport recommandent « le régime de santé planétaire », qui, entre autres choses, nous enjoint de doubler notre consommation de fruits, de légumes, de légumineuses et de noix. 

Ce n’est certes pas une nouveauté pour le club 4K (‘Kuungana, Kufanya, Kusaidia Kenya’, qui en langue swahili signifie ‘Se rassembler pour agir, pour aider le Kenya) dans la campagne de Machakos, à environ 100 kilomètres au sud-est de Nairobi.

Ici, cinquante étudiants ont travaillé d’arrache pied pour élaborer un système alimentaire varié dans le jardin de leur école. Avec l’aide des chercheurs agriforestiers, un comité de professeurs à la main verte et une ONG locale, la parcelle vide à l’arrière de l’école s’est retrouvée divisée avec précaution pour planter fruits, légumes et légumineuses riches en nutriments et adaptés au climat. 

La mangue, riche en vitamine A et C et les baies de chocolat autochtones et les dattiers poussent à côté de légumes riches en fer et en vitamine A, comme les épinards et les morelles noires. 

Les étudiants sèment également des légumineuses riches en acide folique et du niébé, dont les feuilles sont une source précieuse de vitamine, de fer et de folate (vitamine B9). On les utilise à la cantine scolaire, et les participants du club emmènent chez eux quelques jeunes arbres et des graines pour les planter dans leurs propres exploitations.

Des chercheurs ont travaillé avec l’équipe pour créer un portefeuille d’aliments nutritifs afin de fournir des récoltes saines contenant des micro-nutriments et des minéraux essentiels tout au long de l’année pour de lutter contre la malnutrition chronique dans ces communautés. 

Des carences sérieuses en vitamines essentielles et minéraux (connues sous le nom de ‘faim cachée’ ou ‘invisible’) sont monnaie courante en Afrique subsaharienne. Les enfants sont les premiers à souffrir et un nombre trop important d’entre eux n’atteindront jamais leur potentiel complet physique et mental. La carence en vitamine A, par exemple, est la première cause de cécité évitable et augmente le risque de décès lié à des maladies infantiles communes comme la diarrhée. Au Kenya, les vies de 10 000 enfants sont perdues chaque année du fait d’un manque de vitamine A dans leur alimentation. 

Les fruits, les légumes, les légumineuses et les noix apportent des nutriments essentiels à une bonne santé. Mais en Afrique de l’Est, comme dans beaucoup d’autres parties du monde, les régimes alimentaires sont dominés par des féculents, avec une faible consommation de fruits et de légumes riches en nutriments.  

Le Kenya est bien en dessous des recommendations du rapport EAT-Lancet qui sont 200g de fruit et de 300g de légumes par jour, avec seulement 26kg et 88kg respectivement consommés par personne par année. Globalement, l’OMS attribue près de 2,7 millions décès à un apport annuel insuffisant de fruits et de légumes.

Le club 4K à Machakos est un projet sous l’égide du Food Trees project, financé par CE/FIDA (Fonds international de développement agricole) et mis en place par le Centre mondial de l’Agroforesterie (CIRAF) en partenariat par des ONG locales comme Feed the Children et les principales parties prenantes telles que le Consortium africain des cultures orphelines.

Les clubs étudiants, mis en place dans plusieurs écoles du pays, pas seulement pour éduquer les jeunes sur la nécessité d’une alimentation diversifiée mais aussi relier les agriculteurs des alentours qui visitent les écoles comme autant de lieux de démonstration du fonctionnement de cette approche. 

Nutritious Food Portfolios (portefeuilles d’aliments nutritifs) ont été développés pour 16 sites à travers le Kenya, l’Ouganda et l’Ethiopie y compris les espèces d’arbres d’alimentation prioritaires et les légumes, les légumineuses et les aliments de base complémentaires.

La grande idée est de montrer à des communautés qui ont des lacunes nutritives dans leur alimentation comment le fait de faire pousser la bonne combinaison alimentaire peut fournir un an de nutrition essentielle, ainsi que des opportunités de générer un revenu. 

L’apprentissage est une part essentielle de l’initiative. Lors d’une récente visite du club 4K à une centre de ressource des environs, les étudiants ont découvert les boutures, les greffes et les variétés améliorées qui donnent des fruits plus tôt et en plus grand nombre. Une formation à la nutrition est également dispensée pour sensibiliser et conduire à un changement de comportement alimentaire à long terme. 

Inclure les arbres fruitiers indigènes comme les baies de chocolat est important car ces fruits sont récoltés plusieurs fois par an et les enfants profitent de la pulpe juteuse du « chocolat ». L'écorce est utilisée pour traiter le ver filaire et d'autres maux, les jeunes feuilles peuvent être cuites comme épinards ou utilisées pour nourrir le bétail, et les feuilles qui tombent fournissent un excellent paillis pour le sol.

Une fois établies ces arbres ne nécessitent pas trop de soin mais l’un des défis est la germination initiale des graines, parfois difficile.  

Comme beaucoup d’aliments traditionnels, les baies de chocolat bénéficieraient de fonds de recherche pour étudier leur composition en éléments nutritifs et lever les obstacles qui entravent des rendements plus rapides et plus élevés. 

Ndunge Muli, qui dirige son club d’étudiants est ambitieuse et souhaite apporter plus au jardin. 

« Lorsque nous utilisons les épinards et le niébé pour les déjeuners à l’école, nous sommes fiers de dire que nous les avons cultivés. Nous savons que cela nous maintient en bonne santé », a-t-elle déclaré. 

Pour Muli, le grand défi consiste à faire preuve de patience pour que de nouveaux arbres donnent des fruits. « Il est difficile d’attendre alors maintenant nous pouvons déjà voir les mangues et les papayes dans notre jardin, ça nous motive à continuer ».  

Alina Paul-Bossuet est une experte en communication auprès du Centre mondial de l’Agroforesterie (CIRAF), basé à Nairobi. Elle a travaillé sur le développement et la communication de programmes relatifs à la santé et à l’agriculture en Afrique et en Asie.

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