Les agriculteurs kenyans font confiance à la tradition plutôt qu’à la technologie pour prévoir le temps

  • Par Caroline Wambui
  • 11/02/2019

Le 23 janvier 2019, le fermier Peter Mutegi, qui pratique l’agriculture de conservation, est photographié avec sa récolte à Giakuri, au Kenya. Fondation Thomson Reuters / Caroline Wambui.

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KAMATUNGU, Kenya - En s’occupant des cultures de sa ferme, dans le centre du Kenya, Mary Mbaka se demande si elle pourra compter sur les fortes pluies récemment tombées pour leur arrosage, ou bien si elle devrait se préparer à une période de sécheresse. 

« La météo est assez imprévisible », dit-elle.

Comme beaucoup d’agriculteurs à travers le pays, Mbaka,a toujours recours aux méthodes traditionnelles de prévisions pour décider de la nature et du calendrier des semis sur sa terre dans le village de Kamatungu.

Pendant des années, cette femme de 52 ans a planifié sa récolte en fonction des rythmes météorologiques passés et l’observation de signes dans le comportement de la faune locale -- par exemple, un changement de rythme de le coassement nocturne de la grenouille -- pour  lui indiquer des prochaines pluies. 

Récemment, ces méthodes ne se sont pas avérées fiables et Mbaka a perdu des récoltes du fait de périodes de sécheresse ou de pluies anormalement fortes. 

Les scientifiques s’attendent à des épisodes météorologiques extrêmes plus fréquents et plus intenses avec le réchauffement de la planète. 

Des prévisions précises « me seraient fort utiles », a indiqué Mbaka à la Foundation Thomson Reuters.

En fait, les données météorologiques actualisées dont elle a besoin sont facilement disponibles auprès des Services météorologiques du Kenya.

Mais environ un tiers des agriculteurs du pays n’utilisent pas ces services nationaux pour planifier et protéger leurs récoltes, selon Danson Kigoro Ireri, qui dirige ceux du comté de Tharaka Nithi.

« La plupart des agriculteurs ne sont pas encore disposés à recueillir les informations scientifiques précises relayées par le département météo. 

Certains se plaignent que c’est trop difficile à trouver ou à comprendre. D’autres refusent de croire que les prévisions sont plus fiables que les méthodes qu’ils utilisent déjà. 

Les agriculteurs, qui représentent près de 40% de la population active du Kenya, se rendent vulnérables aux effets potentiellement dévastateurs de la météo extrême en s’appuyant seulement sur les méthodes de prévisions traditionnelles, dit Ireri. 

DEFAUT DE TRADUCTION

Une recherche menée par le département météorologique et des agences à but non lucratif locales montrent que des agriculteurs qui utilisent les données météo peuvent augmenter le rendement de leur récolte de 50 à 70%.

Mais le service peine à passer l’information aux agriculteurs qui, selon Ireri, font plus confiance à la coutume qu’à la science. 

Bien que les prévisions météorologiques soient diffusées à la radio et dans les journaux locaux, la portée limitée des médias et les taux d’analphabétisme élevés signifient que les agriculteurs de nombreuses zones rurales sont laissés pour compte. 

Pour Ireri, la langue est un autre obstacle majeur.

On parle plus de 60 langues vernaculaires au Kenya, mais les prévisions météo sont seulement disponibles en anglais et en swahili, ce qui les rend inaccessibles pour une large part de la population rurale.  

« C’est un problème qui concerne près de l’ensemble des comtés », dit Ireri. 

Les services météorologiques essaient de tacler ce problème en envoyant des traducteurs avec les agents dans les villages tous les mois. Ils organisent des forums où ils partagent des prévisions et des conseils afin que les agriculteurs se préparent au mieux à la météo à venir. 

Si les prévisions annoncent une période de sécheresse, il arrivent que les agents suggèrent de planter des cultures qui résistent à la sécheresse ou des cultures qui arrivent rapidement à maturité, comme le mil ou le sorgho, dit Ireri. 

Mais les contraintes budgétaires sont telles qu’il n’y a pas assez de traducteurs pour couvrir toutes les zones que les agents visitent, poursuit-il. 

INFORMATION LOCALE

Les agriculteurs peuvant accéder aux informations météo disent parfois que la terminologie est trop vaste et trop compliquée.  

Les prévisions pour toute une région apportent peu d’aide aux agriculteurs qui ont seulement besoin de savoir comment la météo va affecter leur propre parcelle, dit Joyce Kananu, 46 ans, une agricultrice du Quartier de Chiakariga dans le même comté. 

« On ne me renseigne que sur une large zone et je ne sais pas quoi faire de ces informations », dit-elle.

Elle a besoin d’informations qui l’aideraient à savoir si sa zone va avoir suffisamment d’eau ou bien faire face à une période de sécheresse prolongée -- « afin que nous soyons en position de prévoir ». 

Quand les agriculteurs se décident à essayer d’utiliser ce service météorologique, une prévision imprécise suffit à les en éloigner pour de bon, dit Lawrence Marangu, le coordinateur local du Programme d’Appui  au Développement du Secteur agricole lancé par le gouvernement.

« L’information peut venir trop tôt ou la météo peut ne pas être nécessairement celle qui était prévue », dit-il.

« Les agriculteurs ont tendance à croire leurs prévisions traditionnelles plus que celles des services météo ».

ESPOIR POUR L’AVENIR

Ireri, à la tête des services météorologiques du comté, aimerait envoyer plus d’agents et de traducteurs vers les zones rurales afin de souligner la fiabilité des prévisions et former les exploitants à des techniques pour les aider à faire face aux événements climatiques extrêmes mais les budgets sont serrés.

Toutefois, il voit ici et là des signaux qui le porte à croire que les futurs agriculteurs comprennent le message.

Tandis que l’ancienne génération se montre récalcitrante à changer de méthodes, les jeunes agriculteurs sont plus concernés par les problèmes environnementaux et accorde plus de foi dans les techniques de prévisions modernes, note-t-il. 

Martin Njeru, un fermier de 65 ans du village de Giakuri dans le comté de Tharaka Nithi, envoie ses petits-enfants aux forums météo mensuels.

Ils apportent des prévisions et le poussent à suivre les conseils des agents météo départementaux.

Mais généralement Njeru n’écoute pas leurs recommendations et préfère prévoir le temps comme il l’a toujours fait.  

« J’ai cultivé la terre toute ma vie et ne suis pas souvent d’accord avec ce qu’ils préconisent », dit-il. «Je ne vais pas les laisser me dicter que je dois planter ou pas ».

 

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