"Kale power": De l’eau pour la récolte donne voix aux femmes kenyanes

  • Par Robert Kibet
  • 29/09/2017

Zainab Omar Ali et d’autres femmes actionnent une pompe qui fonctionne à l’énergie solaire à Alimao, Kenya, 2017. Photo: Charles Kariuki, World Vision.

Share

ALIMAO, Kenya - Par un après-midi de forte chaleur, Zainab Omar Ali trie méthodiquement des bouquets de kale fraîchement ramassés dans son exploitation du village d’Alimao au nord-est du Kenya.

"J’ai réussi à vendre la plupart de mon lot au marché ce matin," dit-elle, satisfaite. "Je continuerai d’essayer de vendre les frais demain et je cuisinerai le reste à la maison." 

Près de son exploitation dans le comté de Wajir, des femmes s’activent autour de quatre serres formées de filets sombres destinés à faire de l’ombre, en arrosant des plantations de légumes et en enlevant les mauvaises herbes.

Omar Ali et d’autres femmes dans ce village à la frontière avec la Somalie avaient coutume de faire pousser des légumes en puisant de l’eau dans un puits peu profond creusé à la main et en écartant les nuisibles avec de vieux filets contre les moustiques. 

Mais, racontent les femmes, des conditions météo plus sèches et des températures en hausse ont abîmé leurs récoltes, déjà limitées, et affaibli leur bétail.


Toutefois, des changements sont en cours. Depuis 2015, un projet mené par une organisation caritative internationale aident les femmes d’Alimao à faire pousser des légumes comme du chou kale et des oignons sous des filets qui protègent des prédateurs et de l’intensité du soleil. 

Un sytème d’irrigation gouttes à gouttes est installé sous les filets afin d’utiliser l’eau plus efficacement. 

Le programme "Kenya Resilient Arid Lands Partnership for Integrated Development" (Kenya RAPID), mis en oeuvre par World Vision Kenya, vise à améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement pour 45,000 personnes dans les comtés arides du nord.


RECONSTRUIRE APRES LA SECHERESSE

Après avoir perdu tout leur bétail du fait de la sécheresse dans les années 90, Omar Ali et sa famille ont quitté leur village dans le nord du Kenya et migré vers le comté de Wajir.

"La vie était difficile sans viande ou lait sur lequel compter," dit-elle à la FondationThomson Reuters. "Mes (six) enfants et moi-même passions parfois deux jours sans un repas digne de ce nom et devions nous nourrir de fruits sauvages."

Les spécialistes disent que les femmes paient vraiment le prix fort du changement climatique dans beaucoup de pays en développement. Elles sont souvent plus vulnérables que les hommes lorsque des catastrophes comme des inondations et des sécheresses frappent. 

Richard Munang, coordinateur d’un programme consacré au changement climatique pour l’Afrique à ONU Environnement, dit que les hommes dans les communautés pastorales contrôlent la source principale de revenus -- le bétail-- ce qui signifie que les femmes ne peuvent pas prendre la décision de vendre ou d’abattre une bête.

"Cela les rend plus susceptibles que les hommes de devoir se passer de nourriture dans les périodes de difficulté, lorsqu’il faut parcourir de longues distances pour trouver de l’eau," dit-il. 

Sans revenu régulier sur lequel s’appuyer, en 2013, Omar Ali et six autres femmes du village ont décidé de mettre en commun leurs maigres économies. 

"Nous avions des réunions hebdomadaires pendant lesquelles chaque membres donnait 200  shillings kenyans (€1,60) pour acheter du lait auprès d’éleveurs de bétail et le revendre en ville," se souvient-elle, en se penchant pour arroser ses légumes. "Mais souvent, le lait se perdait à cause de la chaleur."  

Halima Qureysh, une autre membre du groupe, raconte que les femmes ont ensuite essayé de cultiver une petite parcelle de terre mise à leur disposition par les anciens du village mais les puits peu profonds creusés à la main étaient souvent secs.

Depuis 2015, toutefois, les femmes ont eu recours aux filets pour créer de l’ombre fournis par le projet Kenya RAPID, financé par les gouvernements suisses et américains, afin de les aider à protéger les cultures de la chaleur extrême. 

L’année dernière, elles ont récolté 35 tonnes de kale par rapport aux quelques bouquets qu’elles récoltaient chacune auparavant, même pas assez pour la consommation domestique. 

Omar Ali dit que le kale "qui a l’air très sain" du groupe se vend maintenant pour 50 shillings le kilo, contre seulement 20 auparavant.

Elle engrange désormais environ 4,500 shillings par mois – trois fois plus que ce qu’elle avait l’habitude de gagner. 

"Je peux emmener mes enfants à l’école, préparer des plats équilibrés pour ma famille et j’ai gagné en reconnaissance dans ma communauté," dit-elle. 

"Dans notre société, les femmes n’ont normalement pas le droit de parler dans des forums publics," ajoute-t-elle, "mais étant donné le succès de notre groupe, les hommes laissent maintenant les femmes s’adresser au reste du village et prendre les décisions au niveau familial." 


PUITS A L’ENERGIE SOLAIRE

Avec le soutien du projet, le groupe a aussi mis en place un trou de forage qui fonctionne à l’énergie solaire pour atténuer les pénuries d’eau. Les femmes purifient l’eau du forage, la stocke dans des réservoirs et la vende au reste de la communauté. 

"Nous avions l’habitude de nous partager de l’eau sale avec le bétail dans des cuvettes d’eau -- quand il y avait de l’eau," dit Omar Ali. "Mais celle que nous avons maintenant est propre." 

Pour Dickens Thunde, l’ancien directeur de pays chez World Vision Kenya, le succès du projet est lié au fait de travailler avec les stratégies déjà mises en place par la population pour faire face au changement climatique -- plutôt que d’introduire un nouveau système. 

"Cette communauté gérait déjà elle-même ses propres ressources naturelles, elle avait juste besoin source d’eau durable pour surmonter les chocs," dit-il.

Toutefois, des défis subsistent quand il s’agit d’atteindre d’autres membres vulnérables de la communauté qui ne font pas partie du groupe de femmes. Hadabah Mahamoud, qui agit sur des projets pour l’assainissement et la nutrition, a expliqué que le manque de financement a limité jusqu’à présent  l’extension du projet à d’autres villages.

"Une fois établis, ces projets sont faciles à gérer mais le coût initial de les mettre en place et de fournir l’équipement comme les pompes d’irrigation est assez élevé," dit-elle.  

"La plupart des gens dans cette région aride n’ont pas encore de véritable accès à l’eau, sans lequel ils ne peuvent espérer une récolte ou du bétail sains," ajoute-t-elle. 

Pour l’heure, dit Omar Ali, les femmes comptent utiliser les économies du groupe pour payer des formations en agriculture durable à d’autres femmes de la région, utilisant leur village comme "centre d’excellence".

We welcome comments that advance the story through relevant opinion, anecdotes, links and data. If you see a comment that you believe is irrelevant or inappropriate, you can flag it to our editors by using the report abuse links. Views expressed in the comments do not represent those of Braced or its partners.

Video

Qu'est ce que la résilience?

A l'Evenement d'Apprentissage Annuel en Ouganda, nous avons posé une question aux participants: qu'est ce que la résilience?

Blogs

Pour comprendre le changement climatique, parlez aux enfants

Les enfants peuvent jouer un rôle important en parlant du changement climatique dans leurs communautés.


Comment s’adapter au changement climatique?

"Les pays riches peuvent énormément apprendre de nous."


N’attendez pas la paix pour combattre le changement climatique

Comment s’attaquer au réchauffement climatique dans des pays en conflit?


Raviver les marchés locaux après une catastrophe aide le redressement

La relance des entreprises pourrait permettre aux donateurs d’aller plus loin tout en jetant les bases pour une résilience à plus long terme.


Dernières photos

Tweets