Arrêtons d’ignorer les conflits dans les efforts pour la résilience

  • Par Zoé Tabary
  • 02/08/2017

Reflets de garçons dans l’eau dans un camp de personnes déplacées à Bama, dans l’Etat de Borno, Nigéria, le 31 août 2016. REUTERS/Afolabi Sotunde

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Quand Jean Vergain s’est rendu pour la première fois en Somalie, en 1992, dans le cadre de son travail pour le Comité International de la Croix Rouge, il a rencontré Issa, un berger vivant entouré de sa famille et de ses bêtes.

Quand Vergain est revenu dans ce même pays en 2000 après des années de guerre civile, la femme et les enfants d’Issa avaient déménagé à Mogadiscio, la capitale, dans l’espoir de trouver de la nourriture et de l’eau.

"Mais Issa a refusé d’abandonner son troupeau et s’est simplement déplacé à la recherche de nouveaux pâturages," se souvient Vergain.

Quand Vergain est retourné de nouveau en Somalie 15 ans plus tard, Issa n’avait plus de bêtes et vivait à Mogadiscio.

"Je pense qu’il avait atteint un point critique où la guerre et le manque de ressources ne lui laissaient d’autre choix que de partir," dit Vergain.

"C’est le contexte dans lequel nous, professionnels, travaillons, et nous devons en tenir compte." 

Alors que beaucoup de programmes d’adaptation au changement climatique et de développement opèrent dans des pays instables comme la Somalie - en proie au conflit et à une mauvaise gouvernance -- cet état de fait n’est qu’assez peu pris en compte dans les efforts d’adaptation, ont expliqué les spécialistes lors d’une conférence consacrée à l’adaptation au changement climatique au sein des communautés, cette semaine à Kampala.

Mohammed Qazizada, un directeur auprès du Ministère de l’Agriculture de Afghanistan a expliqué que dans ce pays, "où 70% de la population travaille dans l’agriculture la compétition accrue pour des ressources moindres augmente le potentiel d’un conflit armé." 

"Et pourtant, quand les politiciens dans notre pays s’inquiète des conflits, des infrastructures et d’autres problèmes, le changement climatique vient presque en dernier," dit-il. 

Jennifer Abdella de la Near East Foundation, a expliqué quand la région de Mopti au Mali, où des périodes de sécheresse répétées et une augmentation récente des attaques djihadistes ont frappé l’agriculture, "les gens sont en compétition quotidienne pour les ressources naturelles." 

BAGARRES POUR LA TERRE

Les participants de la conférence disent que l’accès à la terre est souvent au coeur de la lutte pour les ressources. 

Juanita Gonzalez, une spécialiste du changement climatique auprès de Nature Conservancy, une organisation gouvernementale à but non lucratif, dit qu’en Colombie, les peuples autochtones sont régulièrement chassés de leurs terres par des entreprises minières et agricoles, "ce qui les amène à se battre avec les populations voisines pour l’eau potable et les denrées alimentaires, de plus rares du fait d’une météo imprévisible."

"Mais le gouvernement persiste à appréhender ces deux problèmes -- adaptation au climat et conflit-- séparément," dit-elle. 

Diyad Hujale, coordinateur de programme chez Mercy Corps, dit que dans la région kényanne de Wajir, voisine de la Somalie, la montée des températures et un manque de précipitations ont amené les communautés pastorales à se déplacer vers le nord en quête d’eau et de pâturages et à empiéter sur les terres d’autres clans. 

"Traditionnellement, ces communautés ne croient pas aux frontières, elles cherchent seulement des pâturages, elles vont où il y a de la pluie."

"Mais si tout le monde va sur le même pâturage, les clans vont tenter d’établir leur autorité en recourant à la violence," dit-il.

INSTAURER LE DIALOGUE

Nhial Tiitmamer, qui gère un programme auprès du Sudd Institute, un organisme de recherche basé au Soudan du Sud, reconnaît que de travailler dans un pays en guerre peut freiner de façon significative les efforts pour construire la résilience.

"Un jour vous allez dans un village et vous aidez les habitants dans les dépenses prioritaires pour gérer la sécheresse mais le lendemain, il y a une bagarre dans la communauté et votre travail n’a servi à rien," dit-il.  Toutefois, les efforts pour rétablir le dialogue entre les clans et aider les communautés à s’adapter aux extrêmes climatiques – ce que fait cette organisation dans le cadre du Programme de Construction de la Résilience et l’Adaptation aux Extrêmes climatiques et aux Catastrophes (BRACED) – commencent à porter leurs fruits, dit-il.

Le fait de travailler en étroite collaboration avec les anciens du village des différents groupes a été essentiel pour gagner la confiance et de la crédibilité aux yeux des habitants, et s’assurer de ne pas se les mettre à dos.

Mamadou Diallo, directeur-adjoint de projet auprès de l’organisation caritative Catholic Relief Services, dit que les efforts pour construire la résilience pourraient aussi s’attaquer au chômage des jeunes qui peut alimenter la guerre.

"Au Mali, les gosses qui n’ont pas de travail rejoignent des groupes armés, dont les attaques empêchent les agriculteurs de se rendre sur les marchés," dit-il, "donnez-leur un travail et vous enlevez leur raison de vous combattre." 

 

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