Les portables - et les bonnes questions - pour mesurer la résilience

  • Par Lindsey Jones, ODI
  • 05/02/2018

Dans cette photo d’archive de 2014, un agent de santé gouvernemental effectue un prélèvement sanguin afin de détecter le paludisme chez une femme dans la mairie du village de Ta Gay Laung, dans le district de Pa-An dans l’Etat de Kayin, au Sud-est du Myanmar. REUTERS/Astrid Zweynert

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De par le monde, les personnes et les communautés luttent pour faire face aux effets des extrêmes climatiques et des catastrophes. Dans le même temps, le financement international pour appuyer la résilience aux chocs et aux pressions est limité. 


Dès lors, il est essentiel de comprendre comment construire efficacement la résilience mais pour ce faire, nous devons d’abord pouvoir suivre et de mesurer la résilience, ce qui est souvent incroyablement difficile. 


Par exemple, on conçoit qu’un foyer résilient est celui qui prend des précautions en présence d’une alerte précoce relative à une inondation imminente, se remet sur pied rapidement après une sécheresse ou s’adapte à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. Mais décider quels facteurs contribuent et sont les plus importants pour la résistance d’un ménage reste l’objet d’un vif débat. Des dizaines, sinon des centaines de différents cadres de résilience existent, chacun d’eux avec sa propre combinaison d’indicateurs et de concepts. 


Pour compliquer encore les choses, collecter l’information sur la résilience n’est pas de tout repos. Des sondages en tête à tête sont coûteux, longs à conduire et peuvent prendre des mois à organiser. C’est là que l’initiative "Rapid Response Research" (RRR) de BRACED (Programme de Construction de la Résilience et l’Adaptation aux Extrêmes climatiques et aux Catastrophes) fait la différence. 


RRR est une enquête qui collecte les données sur la résilience et le redressement post-catastrophe, se concentrant actuellement sur l’est du Myanmar, dans le township de Pa-An. Cette initiative essaie deux nouvelles méthodes qui peuvent potentiellement changer la façon dont sont collectées les données sur la résilience. 


La première est l’utilisation de téléphones portables pour recueillir l’information des ménages affectés par la catastrophe. 


Avec une augmentation de l’utilisation des téléphones mobiles dans monde en développement, contacter les personnes et recueillir les données n’a jamais été aussi rapide, peu onéreux et plus sûr. Dans le cadre de RRR, 1 300 téléphones mobiles et des chargeurs solaires ont été fournis aux ménages dans huit villages de Pa-An. Un central d’appel basé à Yangon (Rangoun) gère ensuite des courts sondages par téléphone une fois par mois; les foyers recevant une rétribution sous forme de crédit de communication pour chaque sondage qu’ils complètent. Si les ménages sont occupés, on leur demande simplement quand ils souhaitent être rappelés. 


Cela signifie que non seulement les données peuvent être récoltées pour environ un tiers du coût des sondages traditionnels mais l’information peut également être collectées quand les personnes se déplacent. Cela est nécessaire dans un pays comme le Myanmar où les personnes bougent de plus en plus, cherchant souvent du travail dans les villes et à l’étranger. Surtout, cela signifie que nous avons un moyen plus facile (et moins intrusif) de contacter les personnes après les catastrophes, quand l’accès aux populations peut être long et risqué. 


Cela peut être particulièrement utile pour les personnes déplacées par une catastrophe : les méthodes de sondage habituelles sont alors inopérantes. 
Jusqu’ici, cette façon de procéder a permis à l’enquête RRR de garder 96% des répondants de l’enquête initiale après quatre différents rounds de sondage. Un résultat bien meilleur que celui escompté ! 


La deuxième innovation teste de nouvelles façons de juger des  mesures subjectives de résilience. La résilience a traditionnellement été mesurée à travers des moyens objectifs -- lorsque des spécialistes de la résilience se retrouvent et décident d’une série d’indicateurs qui, selon eux, rendent les personnes résilientes. C’est typiquement des choses que l’on peut voir et observer comme le revenu du ménage, le degré d’éducation, l’accès à des système de protection sociale etc. 


De telles méthodes sont sans aucun doute utiles mais ne rendent pas compte de nombreux aspects non-tangibles de la résilience, comme les réseaux sociaux. Les outils subjectifs, comme ceux que le dispositif RRR teste, explorent une toute autre approche. Ils partent du principe que les gens ont une précieuse connaissance de ce qu’ils estiment les rendre résilients. 


Qu’avons-nous constaté jusqu’ici ? Les vues subjectives de la résilience sont fortement associées avec l’éducation, la pauvreté, le nombre de personnes dans le foyer etc. Certes, les évaluations traditionnelles rendent compte de beaucoup de ces aspects mais nombre de  différences intéressantes existent avec les évaluations objectives de la résilience.


Par exemple, les foyers dirigés par une femme dans Pa-An s’estiment mieux à même de faire face aux catastrophes que les foyers dirigés par un homme. Cela contredit beaucoup des sondages objectifs qui tendent à trouver les ménages dirigés par un homme plus résilients.  


Se pourrait-il que les ménages avec une femme à leur tête tirent mieux parti des réseaux sociaux d’entraide ou disposent de manières plus diverses de gagner leur vie. Ou alors, cela a-t-il à voir avec une différence psychologique dans la façon dont les hommes et les femmes s’évaluent ? Voilà les questions sur lesquelles le RRR va se pencher dans les mois à venir.


Le dispositif RRR effort continue à collecter énormément de données. Pour rendre ces dernières accessibles à tous, nous avons lancé le  Tableau de bord Résilience. Ce site permet à toute personne qui le souhaite de regarder en temps réel les relations et les tendances pour elle-même.  


Nous espérons apprendre de ceux qui utilisent le site les potentialités que représentent ces nouvelles technologies et méthodologies, et les nouvelles idées qui en découlent. Surtout, nous voulons que RRR génère l’enthousiasme pour explorer et expérimenter des façons nouvelles de collecter l’information sur la résilience. 


Alors seulement, nous serons en mesure de répondre à cette question importante : comme établir au mieux les priorités dans les ressources limitées pour soutenir la résilience ?  

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