De la voirie à l’eau, les améliorations des bidonvilles de Nairobi portent leurs fruits pour les résidents

  • Par Wesley Langat
  • 16/04/2019

Mary Akinyi parle à un client sur son étal de poissons séchés dans le village de Lindi dans le bidonville de Nairobi, Kenya, 26 mars 2019. Fondation Thomson Reuters/Wesley Langat

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NAIROBI - La vendeuse Mary Akinyi, 39 ans, mère célibataire de trois enfants, arrange son poisson séché sur une table sur le côté d’une route très passante de Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi. Elle se prépare pour les heures de pointe du début de soirée.  

Construite en 2014, la route s’est avéré une bonne nouvelle pour les affaires. 

« Beaucoup de gens passent ici et à partir de 4 heures, j’ai beaucoup de clients. Ils font même la queue pour acheter du poisson », dit Akinyi avec  jovialité.

Avant, les routes vers Lindi, un village de Kibera, n’étaient pas goudronnées, ce qui réduisait la clientèle et augmentait les frais de transports. 

Les allées conduisant au centre étaient inondées pendant la saison des pluies, tandis que l’insécurité conduisait les commerçants à fermer tôt. 

Selon les Nations Unies, 68% de la population mondiale vivra dans des villes à l’horizon 2050, contre 55% aujourd’hui, avec 90% de cette croissance en Asie et en Afrique.  

Alors que le changement climatique frappe durement les agriculteurs africains, les gens émigrent en nombre croissant des zones rurales vers les villes, où ils sont exposés à des inondations, des incendies et d’autres dangers -- un problème auquel Nairobi tente de remédier en améliorant ses bidonvilles. 

Avant la construction de la route sur une longueur de 3,5 kilomètres, Akinyi avait l’habitude de payer environ 400 shillings kenyans pour transporter son poisson sur 2 kilomètres de la station de bus à son étal. Des garçons du quartier qu’elle embauchait pour l’aider partaient parfois avec sa marchandise. 

Mais depuis que la zone est devenue plus accessible, elle peut prendre un Tuk-Tuk ou une moto-taxi pour seulement 100 shillings et arriver sur place en moins de 10 minutes.

Andrew Aluo, un moto-taxi de Mathare, autre bidonville géant de la capitale kenyane, dit que gouvernement du Comté de Nairobi, a amélioré la zone en l’ouvrant, en installant des lampadaires et des approvisionnements en eau.

« Nous avons de nouvelles routes praticables vers les villages, comme jamais auparavant », dit-il. 

Dans le passé, la plupart des chemins de terre devenaient boueux durant la saison des pluies et dès lors, il ne trouvait pas de clients.  

Les services d’urgence, comme les pompiers, peuvent également accéder au bidonville beaucoup plus facilement, ajoute-t-il. 

 

DE L’EAU DU ROBINET

Edwin Murimi, directeur-adjoint de l’environnement et du changement climatique pour Nairobi, dit que la ville a fait équipe avec le gouvernement national et des partenaires comme la Banque Mondiale, ONU-Habitat et le réseau « C40 Cities » pour accélérer les programmes visant à protéger les communautés vulnérables des risques météorologiques et environnementaux extrêmes.

« Beaucoup de choses se sont passées à Nairobi... comme la régénération de nos parcs et espaces ouverts dans les cités en plantant des arbres résistants pour augmenter la surface verte, le ramassage des détritus et le déblocage des égoûts », dit Murimi.

Des logements plus sûrs constituent également une autre partie importante de cette stratégie. 

Dans le quartier Soweto-Est à Kibera, par exemple, 1200 foyers ont déménagé vers une zone moins risquée, près de Langata, avec des maisons en meilleur état et des services de base, tandis que 900 logements améliorés et 250 étals de marché ont été construits à Soweto.

Et 205 000 kenyans se sont déjà enregistrés pour un nouveau programme gouvernemental appelé "Boma Yangu" (Ma Maison), qui vise à fournir 500 000 logements abordables sur les cinq prochaines années. 

Entretemps, il y a trois ans, le Ministère de la Décentralisation du Kenya et le Programme national de Service pour les jeunes ont lancé un important programme de services et d’infrastructures dans les bidonvilles de Nairobi. Il se concentre sur la construction de routes, le débouchage des égoûts, l’approvisionnement en eau et l’éclairage. Le plan de développement 2018 du Comté de Nairobi a montré que 80% des résidents avait accès à l’eau courante, avec seulement 1% nécessitant plus d’une heure pour atteindre un point d’eau. 

Violet Dorah, 24 ans, mère de deux enfants, qui vit à Mathare, dépensait habituellement jusqu’à 200 shillings par jour en eau mais désormais, elle profite d’une canalisation à environ 10 mètres de chez elle. 

Désormais, elle peut laver son linge et aller chercher de l’eau gratuitement, dépensant en lait pour ses enfants l’argent qu’elle économise. 

Nettoyez les bidonvilles représente une autre priorité pour la municipalité. L’achat de nouveaux camions a rendu possible une collecte d’ordure quotidienne, remarque Murimi.

Dan Wesonga, qui mobilise la communauté et coordonne le ramassage de déchets solides au village de Kianda à Kibera, indique que de nouveaux sites ont été désignés pour le traitement des déchets. 

«Les déchets restaient parfois ici pendant des semaines, mais en ce moment, ils sont ramassés tous les jours », dit-il. «Nous sensibilisons également les habitants à amener leurs ordures ici, c’est pourquoi il n’y a pas de mauvaises odeurs ». 

Mais il reste au gouvernement à aider les gens à recycler plus localement, ce qui diminuerait également ses coûts de transport, ajoute-t-il. 

 

AIR PLUS PROPRE

Phillip Dinga, conseiller auprès de C40, groupe qui aide les villes à travers le monde à lutter contre le changement climatique, a expliqué à la  Fondation Thomson Reuters que des réponses urgentes étaient nécessaires pour faire face à l’explosion des populations urbaines.

« Les grandes industries arrivent, l’énergie, les grands bâtiments et le secteur des transports se développent (et) cela signifie beaucoup d’émissions », dit-il, se référant aux gaz qui contribuent au réchauffement de la planète, produits principalement par la combustion d’énergies fossiles.  

C40 aide Nairobi à élaborer un plan d’action Changement Climatique, qui doit être adopté à la fin de 2020, en se concentrant sur la réduction des émissions dues à l’énergie et au transport, développant des nourritures urbaines durables et une gestion des déchets. 

Dana Omran, directrice générale pour l’Afrique auprès du programme «100 Villes Résilientes» a noté qu’à l’horizon 2025, l’Afrique aura plus de 100 villes avec plus d’un million d’habitants chacune, de même que 6 des 41 mégapoles dans le monde. 

«A mesure que notre climat mondial continue de changer, de même l’intensité et la fréquence et l’imprévisibilité des risques naturels augmente, explique Omran par courriel. «La globalisation ajoute une nouvelle couche ce qui signifie que les villes figurent en première ligne de nos plus grands défis mondiaux ». 

Pour aider à protéger les habitants de Nairobi des risques liés au changement climatique et à la pollution de l’air, le représentant municipal Murimi dit que les employés sont en train d’être formés à ces problèmes et des kits de surveillance de la qualité de l’air, fournis aux écoles et autres lieux stratégiques. 

La ville a également prévu de mettre en place des équipements pour produire de l’énergie à partir des ordures, tout en favorisant les constructions durables qui utilisent l’énergie et l’eau de façon plus efficace, ajoute-t-il.  

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