Du riz factice aux médicaments mortels, une entreprise africaine s’attaque aux faussaires

  • Par Laurie Goering
  • 10/04/2019

Des négociants en maïs et des consommateurs utilisent la technologie mPedigree pour vérifier l’authenticité des semences dans un hangar agricole du Ghana. Fondation Skoll/Gabriel Diamond

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OXFORD, Angleterre - Le riz prêt à cuire et les grains de riz à semer pour la prochaine récolte se ressemblent de façon remarquable. Cela peut tenter les gens peu scrupuleux qui, selon des spécialistes de la contrefaçon, engrangent d’importants profits en vendant du riz de table pour des semences de riz.

« Quand vous regardez des grains de riz à semer et du riz alimentaire, il est presque impossible de distinguer les deux », dit Bright Simons, un entrepreneur ghanéen qui a développé une technologie qui détecte les fausses semences, les médicaments factices et autres produits.

Près de 10% des semences vendues en Afrique et en Asie du Sud sont fausses. Cela aboutit à d’immenses coûts pour les agriculteurs qui voient leurs récoltes décimées, leurs familles avoir faim et leurs prêts rester impayés s’ils sont escroqués, explique Simons à la Fondation Thomson Reuters.

« Si votre rendement est coupé de 90%, vous êtes de fait ruiné », a-t-il déclaré lors d’une interview. « Beaucoup d’agriculteurs en Afrique et en Asie tentent de se suicider car leurs récoltes se sont perdues et c’est en partie à cause de fausses semences  ou de graines de mauvaise qualité ». 

Mais le fait de marquer chaque sachet de graines avec un code unique, parfois caché sous une couche à enlever, offre aux acheteurs une façon de vérifier qu’ils achètent le vrai produit, a déclaré Simons lors du ‘Skoll World Forum on Social Entrepreneurship’, à Oxford, cette semaine.

A la caisse, les acheteurs tapent ou scannent le code sur leur téléphone et reçoivent aussitôt une réponse indiquant si leur paquet est authentique ou non. 

S’il ne l’est pas, les fabricants et les commerces de détail reçoivent une alerte en temps réel et des données pour entamer des démarches afin de poursuivre les coupables. 

«Il est contre-productif (pour les faussaires) de copier le code, cela conduit juste jusqu’à vous », explique Simon. «Chaque fois que vous cherchez à déjouer le système, vous nous donnez plus d’informations ».

Son entreprise mPedigree, lancée il y a plus de dix ans pour attraper les faussaires, a reçu mercredi un prix de 1,5 million de dollars de la part de la Fondation Skoll pour son travail innovant dans l’utilisation de la technologie du web mobile pour lutter contre les produits factices.

Selon son site internet, l’entreprise, qui travaille en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, s’est alliée à des fabricants du classement Fortune 500, des douzaines d’opérateurs télécom et des organismes gouvernementaux,  

L’entreprise a récemment attiré les 19 membres du Marché commun pour l’Afrique de l’Est et du Sud pour tester mPedigree, avec l’objectif de développer une vérification des semences sur l’ensemble de la région, dit Simons.

De façon déterminante, les autorités régulatrices ont adopté avec entrain la technologie, a noté la Fondation Skoll dans un communiqué.

Le Kenya exige désormais un étiquetage vérifié sur les graines des petits exploitants, tandis que le gouvernement du Nigeria le demande sur les médicaments contre le paludisme et les antibiotiques. 

Oladipupo Hameed, le responsable pour le Nigeria auprès du géant pharmaceutique Roche, travaille depuis 5 ans avec mPedigree. « Ils nous ont apporté une solution pour mieux servir les patients et cela correspond à ce que nous sommes », dit-il.

La technologie de téléphone portable utilisée est disponible facilement, ce n’est pas quelque chose d’importé, observe-t-il.  

« C’est une solution locale et cela fonctionne bien », ajoute-t-il. 

‘COURSE AUX ARMEMENTS'

L’intérêt de Simons pour les produits factices est venu avec un problème de peau qui l’a conduit à acheter de la nourriture bio mais il n’avait pas les moyens de savoir si c’était vraiment bio. 

« Je me suis aperçu que ma décision (d’acheter) était entièrement basée dans ma confiance dans ces organisations », dit-il. 

Un effort initial pour créer un système d’étiquetage pour les produits bio n’est pas allé très loin mais lorsque Simons a vu un documentaire sur l’échelle des faux médicaments au Nigéria et a eu « une soudaine révélation ».

Dans le monde en développement, environ 25% des médicaments vendus ne correspondent pas à ce qui est spécifié sur l’étiquette, habituellement parce qu’ils ont trop ou trop peu de l’ingrédient actif ou bien sont contaminés dans des usines sales de médicaments contrefaits, dit Simons.

De tels problèmes conduisent à l’augmentation de la résistance aux antibiotiques car les patients prennent des doses trop faibles du médicaments, ainsi qu’à des décès de paludisme ou de chocs diabétiques, poursuit-il.  

Selon Simons, pour les acheteurs, les bénéfices de la vérification sont clairs. Mais, dit-il, les fabricants qui utilisent le système -- payant en moyenne environ 1,5% du prix de vente en gros d’un produit -- y voient aussi des avantages, comme l’obtention de données rapides sur les ventes des médicaments dans différentes régions à la baisse des procès.

Toutefois, arrêter les faussaires, plutôt que de rendre leur travail plus difficile, est un défi permanent, a-t-il admis. 

Ils s’adaptent à tous les niveaux. Vous développez une solution et tous les jours, vous devez être plus malins qu’eux. C’est une course aux armements », dit-il. 

Son entreprise développe constamment de nouvelles technologies pour riposter, y compris en incorporant du Machine Learning (apprentissage automatique) dans ses systèmes pour prédire la contre-façon et mettre en place des raids préventifs, continue Simons.

Il y a eu un certain nombre d’arrestations pour contre-façon grâce à mPedigree mais les condamnations restent rares, a-t-il ajouté, même si certains cas suivent leur cours au sein des tribunaux. 

Il estime que mPedigree, qui a vérifié environ 2 milliards de produits vendus jusqu’ici, n’est qu’une étape pour que les consommateurs disposent d’un plus grand accès aux données.

« Dans cinq ans, vous pourrez scanner un produit, changer la langue du packaging, vérifier les allergènes éventuels... toutes ces choses que l’on continue de faire de façon très XXème siècle », dit-il. 

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