Au Kenya, des pâturages secs poussent les Massaï à allier bétail et cultures

  • Par Benson Rioba
  • 02/08/2019

Brian Kikon et son ami gardent le troupeau près d’imposantes demeures qui ont commencé à empiéter sur les pâturages à Isinya, dans le comté de Kajiado, Kenya, 26 mai 2019. Fondation Thomson Reuters / Benson Rioba

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KAJIADO, Kenya - James Shakita élevait du bétail depuis plus de 30 ans quand il est arrivé à la conclusion que la seule façon de préserver son mode de subsistance était de rompre avec des générations de traditions et d’échanger plusieurs de ses vaches pour des cultures. 

Cet éleveur massaï de 43 ans s’occupait de 180 têtes jusqu’à ce qu’une sécheresse sévère frappe l’année dernière le comté de Kajiado dans le sud du Kenya, décimant son troupeau et le laissant avec moins de 80 têtes. 

« J’ai simplement abandonné », a-t-il soupiré, en conduisant le reste de ses vaches vers un champ voisin pour qu’elles paissent. 

Dans le passé, les tribus nomades massaï ont fui l’agriculture pour élever des troupeaux.

Mais tandis que la sécheresse liée au changement climatique va en s’intensifiant et détruit les pâturages dont ils dépendent pour nourrir leurs bêtes, un nombre croissant de Massaï se tournent vers l’agriculture pour des revenus supplémentaires.

Comprenant qu’il ne pourrait désormais plus compter sur le bétail pour gagner sa vie, Shakita a vendu quelques unes de ses vaches l’année dernière et utilisé l’argent pour creuser un forage pour l’irrigation. Il a ensuite consacré 12 hectares de son exploitation pour planter du chou kale, des oignons et des tomates.

Ses premières récoltes lui ont rapporté plus de 2 millions shillings kenyans  (€17 000).

Cela lui a permis de faire vivre sa famille et donné la flexibilité de mieux gérer la taille de son troupeau en achetant et vendant des vaches selon une météo de plus de plus irrégulière du Kenya. 

« Le pastoralisme ne me traite pas bien du tout. Perdre des bêtes tous les ans a fini par m’atteindre à force », dit Shakita avec un sourire las. « Je crois que l’agriculture est ma planche de salut ». 

TENDANCE EN EXPANSION

Plus de 232 000 têtes de bétail sont mortes dans le seul comté de Kajiado pendant la sécheresse de 2017-2018, à la recherche de pâturages pour la plus grande partie d’entre elles, a déclaré Moses Ole Narok, ancien membre pour l’agriculture du comité exécutif du comté, en avril de l’année dernière. 

Les données gouvernementales montrent que ce chiffre représente près d’un quart du nombre total de têtes de bétail dans le comté. 

Tandis que la sécheresse et un boom dans le développement du logement grignotent les pâturages disponibles, le nombre d’éleveurs massaï qui ont démarré des cultures agricoles a augmenté de 40% sur la dernière décennie, selon l’actuelle membre pour l’agriculture du comité du comté, Jackline Koin.

« Les sécheresses récurrentes ont entraîné une augmentation sans précédent du nombre d’agriculteurs à Kajiado. Plus de cultures agricoles sortent de terre un peu partout dans le comté », a-t-il dit à la Fondation Thomson Reuters.

Koin dit que le pays a enregistré plus de 5 000 cultivateurs qui jusqu’ici étaient seulement éleveurs. 

Un peu plus bas que l’exploitation de Shakita, un autre éleveur, Brian Kikon, 30 ans, cultive aussi des oignons et des tomates sur une petite parcelle d’une vaste exploitation familiale de 18 hectares.

Kikon dit que le fait d’allier bétail et récoltes a apporté des revenus supplémentaires et permis à sa famille de réduire le nombre de vaches, ce qui implique moins de bêtes à nourrir. 

« J’ai vu plusieurs de mes voisins se mettre à l’agriculture et je me suis dit , ‘pourquoi pas ?’ C’était nouveau mais avec un peu d’aide de leur part, j’ai compris », dit-il.

‘NON VIABLE'

Kikon a la bonne idée, selon Wilfred Subbo, un professeur d’anthropologie du développement à l’Université de Nairobi, qui dit que tous les éleveurs massaï devraient réduire leurs troupeaux s’ils veulent survivre aux sécheresses fréquentes au Kenya.

« Le pastoralisme devient non viable ces jours-ci », dit-il. Plus d’éleveurs massaï devraient aussi considérer élever du bétail issu de croisements comme la vache laitière Holstein-Frisonne, ajoute-t-il.

Une des races bovines hybrides les plus populaires au Kenya, les Frisonnes n’ont pas besoin de pâturages, c’est à dire qu’elles vivent à la ferme et mangent du foin et du fourrage plutôt que de se déplacer avec les éleveurs à la recherche de pâturages, explique Subbo.

Harry Kimutai, secrétaire principal pour le bétail au ministère de l’agriculture du Kenya, estime que les effets du changement climatique va finir par obliger tous les Massaï à changer leur façon de vivre.  

Mais les convaincre de quitter l’élevage n’est pas facile, a-t-il dit dans une interview. 

« Dans la communauté massaï, sans bétail, vous n’êtes littéralement personne », dit-il. Dans la culture massaï, la fortune et le standing social d’un membre de la communauté se mesure au nombre de têtes de bétail qu’il possède, explique-t-il. 

« Alors dire que les Massaï vont substituer le bétail par les cultures est exagéré. Mais certainement, ils vont réduire leurs troupeaux et compléter avec des revenus des cultures ».  

Pour encourager les bergers pastoraux à passer à l’action, le gouvernement du Kajiado a construit 500 réservoirs d’eau pour recueillir l’eau de pluie afin que les éleveurs l’utilisent pour irriguer les cultures, selon Koin, la représentante du comté. 

Les nouveaux réservoirs sont étroits, ce qui vise à empêcher les animaux de s’y abreuver et prendre ainsi l’eau destinée aux cultures, a-t-elle ajouté. 

Le comté a également commencé à fournir aux éleveurs des semences à fort rendement et à former les agriculteurs à des techniques de culture durables, y compris une utilisation plus efficace de l’eau. 

BOUCHERIE D’ETAT

Shakita, toutefois, croit que la réponse réside dans un abattoir géré par le gouvernement. 

Pendant une sécheresse, les éleveurs se précipitent pour vendre leur bétail, contribuant à une surabondance de viande sur le marché, selon un cultivateur massaï.

Les bouchers privés ne sont souvent pas en mesure de donner satisfaction à tous les bouchers qui veulent écouler leur viande. Cela entraîne du gâchis et des revenus perdus, ajoute-t-il. 

Au même moment, beaucoup de bouchers exploitent le désespoir des bergers nomades, payant bien en dessous du prix du marché pour leurs vaches.

Avec un abattoir lui appartenant, le gouvernement pourrait stabiliser le marché et permettre aux éleveurs de vendre leur bétail au prix courant, dit Shakita.

De cette façon, les Massaï pourraient préserver leur façon de vivre ancestrale, conclue-t-il.  

« Je n’arrêterai pas d’élever du bétail, j’aime mes bêtes », dit-il. « Mais j’intègrerai l’élevage avec des cultures agricoles ». J’ai besoin d’un gagne-pain, j’ai des bouches à nourrir ». 

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