Est-il possible de construire la résilience au Mali alors que les balles sifflent ?

  • Par Sebastien Malo
  • 05/12/2018

People enter the G5 Sahel forceÕs new military headquarters in Sevare, in central Mali October 22, 2017. Picture taken October 22, 2017. REUTERS/Aaron Ross

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Consolider la résilience est déjà difficile en soi mais tenter de le faire parmi les affrontements entre forces rebelles et militaires qui, depuis un soulèvement survenu au Mali en 2012, ont débordé sur toute la région?

Mali, une nation longtemps image de la stabilité dans une région ouest africaine turbulente, a implosé en l’espace de quelques semaines le coup de mars 2012 qui a semé la confusion et permis à une rebellion touareg et islamiste d’occuper les deux-tiers nord du pays. 

Parmi la vague d’activité militaire qui a suivi, on a vu l’année dernière le lancement du « G5 Sahel », cadre institutionnel de coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité, qui couvre le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.  

Dans le contexte d’un vide de pouvoir généralisé qui a permis au conflit actuel de s’enraciner, les défis pour les agents du développement vont des écueils logistiques journaliers à des incertitudes stratégiques plus vastes, ont déclaré des experts du Mali et du Niger lors d’une discussion sur Twitter fin novembre. 

« Le contexte en matière de sécurité rend l’accès à différentes zones difficile pour les praticiens de la résilience », a déclaré Jeanne Ella Andrianambinina, basée à Niamey, à la tête de SUR1M, un projet coordonné par Catholic Relief Services (CRS) qui cherche à accroître la résilience dans 19 communes au Niger et Mali. 

Il est parfois impossible de mettre de côté la réalité de la violence, dit-elle. Le conflit armé «peut compromettre, retardé et même suspendre un projet », dit Andrianambinina.

« Les matériaux et biens du projets... peuvent être visés par les belligerants », a-t-elle ajouté. 

Pour opérer dans la région de Mopti au Mali, un point chaud récent pour les violences communautaires dans le centre du Mali, les représentants de deux organisations caritatives avec des projets axés sur la résilience ont estimé qu’ils ont réussi à faire avancer les choses seulement parce que leurs employés sur place savent décrypter le terrain. 

« En 2012, [la Near East Foundation] était la seule organisation internationale à continuer de travailler dans la région de Mopti pendant le coup et l’occupation », dit Jen Abdella, dont l’organisme caritatif basé aux Etats-Unis finance des initiatives pour aider les agriculteurs à s’adapter au changement climatique. 

« Pourquoi ? Car nos employés travaillent sur leur lieu de vie, comprennent les dynamiques locales et les contexte en matière de sécurité ». 

Les Nations Unies ont enregistré près de 290 civils tués à Mopti et d’autres zones du centre du Mali entre juin et mi-septembre, notant dans un rapport récent que la sécurité continue de se détériorer. 

Brema Ely Dicko, un sociologue de l’Université des Arts et des Humanités de Bamako, a souligné l’importance de s’adjoindre la coopération des autorités coutumières - du chef du village aux marabouts et aux chefs religieux islamiques. 

Chercher le soutien des autorités centrales, «perçues comme absentes car elles ne peuvent pas satisfaire les besoins de base de la population », est souvent insuffisant, a-t-il dit. 

C’est une ligne délicate à tenir, explique Jonathan Sears, professeur de Sciences politiques auprès de l’Université de Winnipeg, au Canada, qui a énormément travaillé au Mali.

« Les partenaires donateurs peuvent faire face à la difficulté de contourner l’administration centrale pour une plus grande efficacité sur les communautés sur le terrain », dit-il. 

Globalement, estime Dicko, les initiatives de développement font face à un casse-tête fondamental lorsqu’elles se déroulent dans des zones de conflit car leurs activités visent à aider les populations en stabiliser les zones où les zones en question.

« Stabiliser signifie revenir à la situation d’avant la crise mais elle n’était pas bonne », dit-il. 

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