La sécheresse alimentant la faim en ville, l’Ethiopie prépare des repas gratuits à l’école

  • Par Dagim Terefe
  • 24/07/2019

Une femme prépare du pain dans son abri dans le camp pour les personnes déplacées à Chelelektu, en Ethiopia, 15 août 2018. REUTERS/Tiksa Negeri

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ADDIS-ABEBA - Endale Terefe se souvient du temps où il avait tellement faim en classe qu’il avait du mal à rester éveillé pendant les leçons. 

Cet élève de 14 ans dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, vivait alors avec sa tante après la mort de ses parents. 

« Ma tante n’avait pas d’argent pour acheter à manger » dit-il. « Alors j’étais obligé d’aller à l’école sans manger et je somnolais en classe ». 

Mais il y a trois ans, lui et d’autres élèves en ville ont commencé à recevoir deux repas scolaires gratuits via des organismes caritatifs.

« Je suis maintenant plus attentif en classe », dit Terefe, sourire aux lèvres. 

Tandis que la sécheresse dans des régions de l’Ethiopie rend la nourriture moins disponible et plus chère au niveau national, des millions d’élèves, y compris dans les villes, vont à l’école la faim au ventre, quand ils la fréquentent. 

Mais tandis que par temps de sécheresse le gouvernement fédéral donne des denrées gratuitement aux écoles des campagnes, la tâche de nourrir les élèves dans la capitale a été laissé aux organismes caritatifs. 

Un changement est intervenu en janvier quand le gouvernement d’Addis-Abeba a lancé son propre « programme alimentaire scolaire » pour des dizaines de milliers d’enfants, visant à combattre une faim urbaine en recrudescence avec un changement climatique qui vient intensifier les périodes de sécheresse. 

Des rendements en baisse à travers l’Ethiopie ont entraîné moins d’approvisionnements pour les villes, dit Esubalew Abate, maître assistant de sécurité alimentaire et nutritionnelle à l’Université d’Addis Abeba.

Prix des produits alimentaires qui grimpent en flèche et inflation à deux chiffres font partie des conséquences, qui imposent une pression financière massive sur les citadins, déjà aux prises avec une pénurie de logements et des taux de pauvreté élevés, a-t-il déclaré à la Fondation Thomson Reuters.

L’impact de la sécheresse dans les zones rurales a été manifeste à Addis Abeba sur les quatre dernières années, explique Abate.

« A chaque fois qu’une sécheresse survient, il est très clair que le prix de l’alimentation augmente (dans la ville) », ajoute-t-il. 

EFFET EL NINO

Selon Belaynesh Ferede, 45 ans, mère de deux enfants qui vit à Addis-Abeba, les prix de beaucoup de denrées de base ont grimpé de façon spectaculaire dans les quatre dernière années.

Par exemple, le prix d’un kilogramme de teff -- la céréale de base de l’Ethiopie -- a grimpé de 20 birr à 30 birr ($0,70 à $1), tandis qu’un kilo de pomme de terre a doublé de 10 birr à 20 birr.

« Vivre en ville est devenu cher », dit-elle.

Et pour beaucoup d’enfants à Addis Abeba, où 80% des gens vivent dans des bidonvilles, selon l’organisation Habitat for Humanity, ces prix élevés signifient aller à l’école le ventre vide.  

L’effet indirect des extrêmes climatiques sur l’éducation est devenu clair en 2015-2016, quand El Nino -- un réchauffement des températures à la surface de la mer dans le Pacifique -- a frappé une Ethiopie déjà stressée par la sécheresse, la faisant ainsi basculer dans la pire sécheresse en 50 ans. 

Les organisations d’aide ont rapporté que les élèves dormaient ou tombaient malades en classe, les taux de fréquentation ont chuté et les taux de décrochage, bondi car les enfants avaient trop faim pour aller à l’école ou devaient rester à la maison pour aider leurs familles à trouver de quoi se nourrir. 

Pour garder les enfants en classe dans le sillage d’El Nino, le gouvernement éthiopien a lancé un programme d’urgence de 50 millions de dollars (44, 8 millions d’euros) dans les zones rurales frappées par la sécheresse, soit environ les repas de 6 millions d’élèves sur trois ans.

Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a noté que le programme a stabilisé la fréquentation scolaire, avec moins de décrochages scolaires. « Même les élèves ayant abandonné l’école il y a longtemps y reviennent », explique un rapport. 

Le gouvernement d’Addis Abeba espérait voir les même résultats positifs parmi les enfants scolarisés dans les villes avec l’initiative alimentaire cette année. 

Il a alloué 169 millions de birr pour des repas gratuits dans toutes les écoles primaires, soit plus de 50 000 enfants concernés.

« L’éducation pour tous est un slogan mondial et l’accès à l’éducation est une question de droit, dès lors la responsabilité incombe au gouvernement de la ville de nourrir ses élèves », dit Meti Tamrat, qui coordonne le programme au Bureau de l’Education d’Addis-Abeba.

Le programme de la ville vient en complément des projets liés aux repas alimentaires dispensés par les organismes caritatifs locaux qui continuent de fournir des repas à environ 80 000 écoliers.

Mais tous les élèves qui en ont besoin n’ont pas encore été couverts, note Tamrat, ajoutant qu’il est encore trop tôt pour mesurer les effets de l’initiative du gouvernement de la ville.

Des études par la Ye Enat Weg Charitable Association (qui a fourni des repas gratuits depuis 2014) ont montré qu’en 2018, le taux de décrochage scolaire dans les écoles d’Addis Abeba avait chuté de 75% et les résultats scolaires des étudiants avaient progressé de 14% depuis 2006.

‘IMPORTANTE LEÇON'

Addis-Ababa continuant d’oeuvrer pour que les périodes de sécheresse dans les campagnes n’affectent pas négativement l’éducation en ville, le gouvernement fédéral cherche à lancer un nouveau programme alimentaire pour soutenir les enfants dans l’ensemble du pays. 

Selon le plan d’urgence pour les repas scolaires du ministère de l’éducation pour 2019, plus d’un million d’enfants dans les régions affectées par la sécheresse viennent à l’école en ayant faim.  

Entretemps, le Réseau de Systèmes d’Alerte précoce contre la Famine a prévenu que la majorité des foyers dans cinq régions de l’Ethiopie feront face une pénurie alimentaire à un niveau de crise en septembre 2019 du fait d’une combinaison de sécheresse et de conflit. 

Plutôt que de proposer des repas scolaires gratuits seulement dans les situations d’urgence, le gouvernement fédéral veut mettre en place un programme continu dans toutes les écoles primaires, dit Bereket Takele, conseiller sur le programme au Ministère de l’Education.

Atténuer les effets de la sécheresse sur le secteur de l’éducation est maintenant devenu une priorité pour l’Ethiopie, a-t-il ajouté. 

« Le gouvernement a appris une importante leçon sur les effets de la sécheresse sur les étudiants », dit Takele. « Il existe un dicton qui dit : ‘Le défi est une opportunité’ »

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