En pleine sécheresse, l’assurance bétail aide les éleveurs en Ethiopie

  • Par Elias Gebreselassie
  • 23/08/2017

Dans la région de Borena, en Ethiopie, la gardienne de troupeau Jilo Datecha reçoit un règlement en nature en provenance de sa police d’assurance bétail indexée. Photo: Oromia International Bank

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ADDIS ABEBA – Pour des pasteurs comme Jilo Datecha, la sécheresse persistante affectant Borena, la région sud de l’Ethiopie, a assombri les perspectives de gagner sa vie.

Le paysage semi-aride de buissons et d’acacias, avec des rivières à sec pendant des centaines de kilomètres, rend précaire le quotidien des communautés pastorales et semi-pastorales, qui gagnent leur vie en élevant du bétail.

Dépendants des pluies saisonnières et des puits de forage pour eux-mêmes et leurs animaux, environ 7,8 millions d’Ethiopiens dans les zones principalement pastorales du pays s’appuient désormais sur l’aide alimentaire, selon le gouvernement éthiopien.

En 2016, le manque de pâturages a forcé Datecha, une femme dans la force de l’âge, mère de six enfants et habitant Dembela Daden dans le woreda (district) Yabelo, à vendre six de ses 25 têtes de bétail pour acheter du fourrage. Cinq de ses vaches sont devenues dangereusement maigres.

Mais plus tôt cette année, elle a reçu une compensation de 7,500 birr (€275) de Oromia Insurance Company (OIC), qui offre une protection aux éleveurs à travers un système d’assurance bétail indexé en vigueur depuis 2012.

Il vise à réduire les pertes des communautés pastorales dues à la sécheresse en les aidant à acheter du fourrage ou en remplaçant le bétail mort. 

D’après la compagnie d’assurance, elle a payé un total de 1.6 millions de birr (environ €58,793) à environ 1,500 éleveurs des zones de West Guji et de Borena dans la région d’Oromia en février.

Pour Datecha, qui dispose depuis environ trois ans d’une assurance, le versement a été un véritable coup de fouet bénéfique, à la fois financier et mental. 

"J’avais l’habitude de vendre du bétail pour jusqu’à 6,000 birr (environ €222) mais depuis l’arrivée de la sécheresse, rendant tout le monde pauvre dans le coin, je ne peux même pas trouver un client pour 1000 birr," a t’elle expliqué dans une interview par téléphone avec la Fondation Thomson Reuters.

Initialement prévue comme une assurance contre la mort du bétail, le système d’assurance a évolué vers un produit pour aider les éleveurs à garder leurs bêtes vivantes, selon Masresha Taye, qui coordonne le programme en Ethiopie pour l’Institut international de Recherche sur l’Elevage (ILRI, en anglais).

Les versements sont effectués selon un indice de l’état du fourrage dans chaque région et une évaluation des conditions de sécheresse dans les mois à venir. Les détenteurs de cette police reçoivent de l’argent pour acheter du fourrage, de l’eau et recourir à des soins vétérinaires afin que les animaux puissent s’alimenter et rester sains. 

La prime d’assurance varie de 7.5%  à 11% du maximum de la somme assurée, en fonction de l’historique sécheresse dans la région où l’éleveur assure son bétail. 

L’ILRI fournit le soutien technique pour l’élaboration et le suivi de l’indice, en aidant l’assureur à utiliser les données satellite pour évaluer le fourrage au sol.

Un prestataire informatique local, Kifiya Financial Technology, fournit lui un système pour collecter les primes et honorer les demandes de règlement en ligne en utilisant des tablettes et des outils biométriques. 

Selon Melkachew Temesgen, à la tête du département micro-assurance de Oromia Insurance Company, le paiement de février dernier était destiné à anticiper les besoins financiers pour la saison à venir qui dure d’octobre 2017 à février 2018.

Même si l’argent soutient les pasteurs financièrement contre les effets de la sécheresse, Temesgen admet que les sommes peuvent être trop peu importantes pour les protéger suffisamment en cas d’importantes pertes de bétail dans une sécheresse sévère.  

Il explique que le nombre de personnes achetant de l’assurance est relativement faible du fait d’un manque de subvention des primes par le gouvernement, d’efforts adéquats pour donner à connaître au public l’existence de cette assurance et aussi de la défiance des éleveurs qui ne voient pas comment une telle disposition peut les aider.

PROCHAIN BESOIN? L’INFORMATION

Taye est d’accord que le programme d’assurance, s’il peut aider les pasteurs, n’est pas non plus la panacée.

Par exemple, il espère fournir aux agriculteurs un meilleur accès en temps réel à l’information sur notamment les lieux disposant de fourrage, ou bien où des maladies sont apparues afin de pouvoir les éviter. 

Taye and Temesgen sont d’avis que le programme d’assurance pourrait devenir plus durable s’il était couplé à d’autres formes d’aide, comme des efforts pour fournir de la nourriture et de l’eau, la formation de coopératives pastorales ou encore des informations plus largement disponibles.

 

Taye dit que le pastoralisme doit être perçu comme une façon "eco-friendly" de gagner sa vie, particulièrement si elle est soutenue par quelques gadgets modernes pour fournir les informations nécessaires. Et qu’ essayer de les empêcher de bouger, de les rendre sédentaires, peut mettre en péril leurs capacités de gagner leur vie. 

Ce qu’il faut, ce sont "des mesures efficaces et efficientes afin que le pastoralisme soit une façon durable de mener sa vie," dit-il.

Même si 60% des terres en Ethiopie sont occupées par des éleveurs pastoraux, les initiatives d’assurances indexés se sont essentiellement limitées à la région de Borena. 

L’ILRI dit espérer augmenter le nombre de contrats afin que l’assurance puisse être étendue à d’autres zones pastorales en Ethiopie, et éventuellement à d’autres pays de la Corne de l’Afrique. 

Taye dit que l’ILRI envisage -- avec l’aide du Programme Alimentaire Mondial (PAM) -- de démarrer un schéma similaire d’ici septembre de cette année dans la région Somali, dans l’est du pays -- une autre région durement frappée par la sécheresse. 

Et d’ajouter que tout comme l’OIC, trois autres compagnies d’assurance  – l’Ethiopian insurance Corporation, la African Insurance Company et la Nyala Insurance Company – avaient fait part de leur intérêt pour le dispositif.

Même s’il est peu probable que le versement l’aide à racheter le bétail qu’elle a du vendre, Datecha dit qu’au moins il lui apportera un peu de protection contre l’absence de pluie. 

"Nous ne pensions pas au départ que ce schéma d’assurance était authentique mais maintenant, nous sommes reconnaissants qu’il soit là," dit-elle. 

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