L’avocate des légumes d’Afrique combat le changement climatique

  • Par Isaiah Esipisu
  • 23/10/2017

Felda Alividza explique comment récolter des graines de jute mauve à Musiega au Kenya, le 15 septembre 2017. Thomson Reuters Foundation/Isaiah Esipisu

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MUSIEGA, Kenya – Pendant 15 ans, Felda Alividza et 21 autres veuves  de ce village du comté de Vihiga, au Kenya, n’ont rien planté d’inhabituel : des légumes africains autochtones. 

Mais dans un pays où beaucoup d’agriculteurs se concentrent sur la culture du kale, du chou ou des épinards afin de les vendre localement -- ou alors des broccolis ou du chou fleur qui rapportent plus -- les légumes africains traditionnels ont souvent été négligés. D’autant plus que leurs semences sont maintenant difficiles à se procurer.   

Toutefois, le Groupe de Femmes de Musiega est l’une des quelque 1200 coopératives dans l’ouest du Kenya à suivre l’exemple de Ruth Khasaya Oniang’o, une ardente avocate du retour des légumes autochtones africains et d’autres cultures capables de réduire la malnutrition et la faim.  

"Beaucoup d’agriculteurs ont laissé de côté les légumes-feuilles africains et pourtant, ils sont très riches en nutriments et certains d’entre eux ont des vertus médicinales," dit Oniang'o, 71 ans, une des plus anciennes professeurs de nutrition de l’Afrique subsaharienne et maintenant co-lauréate du Prix "African Food" 2017.

Le prix, doté de $100,000, que Oniang’o partage avec  Maïmouna Sidibe Coulibaly, une entrepreneure du Mali, récompense les avancées dans l’agriculture africaine. Il est décerné par un ensemble d’organisations y compris une société norvégienne de produits agricoles chimiques et l’Alliance pour une Révolution verte en Afrique (AGRA).

GRAINES DE LEGUMES

Fondé en 1992, le Rural Outreach Programme (ROP) de Oniang’o vise à faire accéder les petits exploitants à des plantes autochtones de qualité, à des tests de sol et tout autre aide nécessaire pour une alimentation de qualité. 

"C’est un rêve d’enfance," explique la professeure, qui a suivi ses études primaires dans un village du comté de Kakamega, à l’ouest du pays.

Enfant, elle a vu sept de ses frères et soeurs succomber au paludisme. En 2005, elle a bâti le centre de santé Diana Elukhambi à Butere, en hommage à l’une de ses soeurs défuntes.

Depuis le début des années 90, elle a travaillé comme professeur à l’Université d’Agriculture et Technologie Jomo Keyatta à Nairobi. Mais en 2002, elle a démissionné pour rejoindre le parlement kenyan – tout en s’engageant plus avant auprès des communautés rurales de l’ouest du pays.

"Je ne pouvais pas voir clairement l’impact des 20 premières années de mon travail avec les communautés rurales," se souvient-elle. Mais avec le temps, des familles qui travaillaient la canne à sucre ont commencé à opter pour des légumes locaux -- et ils ont commencé à voir des bénéfices à la fois sur leur santé et leurs revenus, se souvient-elle.  

Parmi les plantes vantées par Oniang’o, on trouve la morelle noire (Solanum nigrum), la jute mauve, Crotolaria brevidens et les citrouilles. Dans son jardin potager, Alividza, membre du groupe des veuves de Musiega, cultive les quatre. 

Des graines et des boutures pour de tels légumes sont maintenant en vente pour les exploitants en petits paquets abordables. Les exploitants qui les cultivent peuvent aussi vendre des graines et des boutures auprès de ROP Africa en vue de les distribuer à d’autres exploitants. 

A Mbaya, un autre village du comté de Vihiha, Veronica Kitele dit que son fils de dix ans, atteint de paralysie cérébrale, a profité de la consommation de soja -- une plante nutritive quoique non-autotochne, que Oniang’o a également promue dans le cadre d’efforts visant à améliorer la fertilité du sol. 

"J’ai constaté une grande différence depuis les trois dernières années, quand j’ai commencé à donner à ce garçon des produits à base de soja," dit Kitele. "Il est devenu plus fort qu’avant et, en général, il a l’air beaucoup plus sain," dit-elle à la Fondation Thomson Reuters.

Dans le village d’Esikholobe village, Aineah Wanda, membre d’un groupe de jeunes agriculteurs, plante également des arachides à côté de son maïs afin d’améliorer les niveaux d’azote dans le sol et améliorer la nutrition et la sécurité alimentaire de sa famille. 

MENACE CLIMATIQUE

Oniang’o explique qu’elle a une grande inquiétude ces jours-ci : le changement climatique. 

"Les précipitations ne sont plus prévisibles comme avant. Dès lors, il arrive parfois que les cultures plantées ne parviennent pas à germer," explique-t-elle à la  Fondation Thomson Reuters.

"Cela devient un défi encore plus grand lorsque d’étranges maladies des plantes et des ravageurs dangereux tels que les Spodoptera frugiperda (Légionnaires d’automne) infestent les cultures. Cela laisse les agriculteurs sans espoir et dévastés," a-t-elle déclaré.  

Pour lutter contre de tels défis, ROP Africa travaille maintenant avec l’Africa Agriculture Technology Foundation pour promouvoir la plantation de maïs économe en eau, supportant la sécheresse et résistant aux insectes. 

Ce maïs, initialement destiné être planté dans les régions arides et semi-arides d’Afrique, s’avère maintenant utile également dans l’ouest du Kenya en général pluvieux, maintenant que le climat devient plus variable. 

"Nos agriculteurs ont cultivé cette variété au cours des trois dernières saisons, et, c’est sûr, alors que d’autres variétés succombent à des conditions difficiles quand la pluie vient à manquer, elle est restée résiliente. C’est un grand espoir pour les gens de l’Ouest du Kenya," déclare Oniang’o.

Elle dit prévoir d’utiliser sa part du prix "African Food" pour établir une fondation en son nom pour soutenir l’émancipation des femmes et le mentoring des jeunes.  

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