La résilience au Sénégal, (éco)brique par (éco)brique

  • Par Aliou Ba, Vivre avec l'Eau
  • 14/11/2017

Fatou Niang en train de fabriquer des écobriques dans la commune de Médina Gounass, au Sénégal, le 30 octobre 2017. Photo par le Consortium pour la Recherche Economique et Sociale

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Ses gestes avaient d’abord intrigué ses voisins. Revenue juste d’une journée de sensibilisation sur les écobriques, Fatou Niang s’est mise à la tâche dans son quartier niché dans la commune de Médina Gounass, au Sénégal.

Dans sa maison conjugale, au marché ou sur les ruelles étroites du quartier Cheikh Oumar Bâ dans la commune de Médina Gounass, Fatou Niang ne pouvait plus dépasser un sachet, un morceau de tissu ou une tasse à jeter sans les ramasser et l’enfouir dans une bouteille en plastique qu’elle avait toujours à portée de main. 

"Lorsque le projet Vivre avec l’eau est venu à la rencontre des populations pour parler de sa volonté de lutter contre les inondations à travers la gestion des déchets, par exemple, j’ai automatiquement été séduite," explique-t-elle.

"On nous a ensuite expliqué le système de stockage des déchets solides dans des bouteilles pour en faire un matériau de construction. J’avais quelques bouteilles vides à la maison que je me suis mise à remplir avec tous les papiers, sachets et tous autres objets solides qui traînaient dans notre maison."

Le voisinage, qui ne comprenait d’abord rien de ce manège s’est mis à se moquer de Fatou Niang, de l’aveu même de son mari Gorgui Diop. Mais tout a changé lorsqu’elle a écoulé auprès des responsables de la composante gestion des déchets ses premières écobriques que le projet utilise pour fabriquer des meubles urbains et lutter contre la prolifération des déchets solides qui obstruent les caniveaux et qui favorisent les inondations.

"Mon entourage a su que c’était du sérieux quand j’ai effectué ma première vente d’écobriques qui m’a rapporté 12,500 francs CFA (environ $25) en trois jours de travail. J’ai utilisé cette somme pour aménager un étal devant notre maison sur lequel je vends des légumes, ce qui soulage certaines femmes du quartier qui ne sont plus obligées d’aller jusqu’au marché pour compléter certains ingrédients qui entrent dans la composition du diner ou du déjeuner."

Parallèlement, elle a continué à fabriquer des écobriques qu’elle a pu encore écouler auprès du projet récoltant cette fois la somme de 67,950 francs CFA ($136). Un véritable coup de pouce pour cette jeune dame de 36 ans aux revenus modestes, mère de cinq enfants.

"Cette activité de fabrication d’écobriques m’a été d’un grand apport. L’argent que j’ai gagné lors de la deuxième vente m’a permis de préparer l’ouverture des classes de mes trois enfants en âge d’aller à l’école. J’ai pu leur acheter toute la fourniture nécessaire comme les cahiers, stylos, craies, ardoises, quelques habits et des chaussures," dit-elle.

Sa plus grande fierté, c’était de voir ses enfants heureux le jour de la rentrée. Ce qui, selon elle, n’était pas évident sans cette belle opportunité qui s’est présentée avec le projet Vivre avec l’eau. Fatou Niang est tout aussi fière de constater l’amélioration notable de son cadre de vie. Dans son quartier, aucune ordure ne traîne ni dans la cour des maisons encore moins dans les étroites ruelles.

Cette propreté visible à l’œil nu est constatée par le délégué de quartier, Cheikh Oumar Bâ, qui informe que les jours d’achat des écobriques, c’est maintenant sur des charrettes que les habitants de son quartier viennent livrer leurs produits.

"C’est presque tous les habitants du quartier qui ont compris l’enjeu des écobriques, une activité qui a non seulement beaucoup contribué à la salubrité du quartier mais est aussi devenue source de revenus pour les plus démunis," confie-t-il avant de révéler que le quartier dispose dans son dépôt un stock estimé à plus de 350,000 francs CFA ($700) qui attend d’être écoulé.

Son seul souhait est de voir la mairie de sa commune s’approprier cette innovation et construire tous les édifices publics du quartier (écoles, mur du cimetière, structures de santé) avec cette technologie à moindre coût mais très bénéfique pour l’amélioration du cadre de vie de ce quartier.

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