Le savoir local est essentiel dans la lutte contre le changement climatique

  • Par Zoé Tabary
  • 19/07/2017

Dans cette photo d’archive de 2010, le berger Julian Rojo passe à côté des alpacas dans la communauté andine d’Upis, sur les hauteurs de Cuzco, quelque 4,000 mètres au-dessus du niveau de la mer au Pérou. REUTERS/Mariana Bazo

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KAMPALA - Dans les Andes péruviennes et boliviennes, les agriculteurs locaux se réunissent au sommet des montagnes la nuit qui suit le solstice d’hiver. Il ne s’agit pas d’admirer la vue mais de prévoir l’arrivée et la quantité des précipitations. 

Si les Pléiades apparaissent en grand et brillantes, alors les pluies seront abondantes. Si la constellation a l’air petite et brille faiblement, alors les pluies seront rares -- en ce cas, les agriculteurs vont retarder les semis. 

"Ce qui pourrait à première vue apparaître comme une tradition ancestrale tirée par les cheveux, met en fait en valeur la capacité de faire des observations utiles et constructives sur les prévisions climatiques," dit  Douglas Nakashima, directeur de la Section des Petites Iles et des Savoirs autochtones auprès de l’UNESCO. "Les scientifiques savent bien qu’El Niño réduit les précipitations dans les Andes mais ils n’avaient pas jusqu’ici fait le lien entre El Niño et la couverture nuageuse," dit-il.

Les expertises traditionnelles doivent être vues comme venant en complément des connaissances scientifiques et des efforts d’adaptation au climat, et non comme un obstacle, ont expliqué les spécialistes lors d’une conférence sur l’adaptation des populations au changement climatique, qui s’est tenue fin juin à Kampala, la capitale de l’Ouganda. 

RASSEMBLER LES SAVOIRS TRADITIONNELS

Non seulement les mesures des gouvernements pour l’adaptation au changement climatique ne tiennent pas compte le plus souvent des savoirs traditionnels mais pire, elles sapent la résilience des populations autochtones, explique Nakashima.

"Les initiatives dans le monde pour construire de grands barrages ou promouvoir les combustibles verts afin de réduire les émissions ont contribué au déplacement de beaucoup de communautés," dit-il. 

Krystyna Swiderska, chercheuse auprès de l’Institut International pour l’ Environnement et le Développement, dit que les gouvernements ignorent aussi largement les innovations autochtones dans le domaine de l’agriculture. 

"Au Pérou, par exemple, les agriculteurs font déjà pousser une centaine de variétés de pommes de terre -- au lieu de se contenter de quelques variétés comme dans beaucoup de pays -- afin d’augmenter leurs chances de survie par rapport aux effets négatifs du changement climatique," dit-elle. 

"Mais dans la communauté internationale, il y a toujours cette forte conviction que la science est la meilleure solution pour l’adaptation au climat," dit-elle. 

Les éleveurs -- qui ont l’habitude depuis des décennies de s’adapter aux météos les plus irrégulières-- ont beaucoup à nous apprendre sur le sujet, dit Elizabeth Carabine, chargée de recherche à l’ODI (Overseas Development Institute), un think tank basé à Londres. 

VILLES ET BIDONVILLES

Les participants à la conférence ont souligné le fait que les villes, et les bidonvilles en particulier, pourraient être une source d’inspiration pour l’adaptation au climat. 

Un participant a attiré l’attention sur le fait que les habitants des bidonvilles avaient un grand sens entrepreneurial et innovateur, en transformant par exemple des parties de leur maison en école ou soupe populaire.

Utiliser le savoir des villes est d’autant plus important que leurs habitants sont aussi touchés que les autres -- et peut-être même plus -- par le changement climatique, explique Julie Arrighi du centre climatique de la Croix-Rouge Croissant-Rouge. "Les villes sont les grandes consommatrices d’énergie et particulièrement exposées à des menaces comme les inondations du fait de la montée du niveau des mers," dit-elle. "Ce défi va devenir plus important à mesure que les villes vont grandir." 

Julie Greenwalt, une spécialiste de l’environnement urbain auprès de Cities Alliance, a mis en garde contre les gouvernements qui ignorent les besoins d’adaptation des villes aux changements du climats, et concentrent leurs ressources sur les zones rurales. 

"Nos définitions de urbain et rural renvoient largement aux pays développés mais même dans certaines villes -- comme en Inde-- les gens gardent du bétail," dit-elle. 

Ceci, dit Rebecca Carter du World Resources Institute, signifie que "l’ adaptation liée au climat doit faire partie du fonctionnement d’une ville et non venir en plus." 

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