Les femmes développent les cultures maraîchères grâce aux crues

  • Par Kathryn Werntz
  • 13/04/2015

Emilie Faye devant un des bassins du projet à Pikine, Senegal.

Share

DAKAR (Thomson Reuters Foundation) – Bien que les villes littorales de Sénégal se situent sur la côte hostile de l’Atlantique, ce n’est pas contre les marées montantes qu’il faut se battre, mais plutôt contre les inondations causées par les fortes pluies. La solution la plus commune est de pomper et déverser l’eau de la crue directement dans l’océan. Toutefois, un projet innovant envisage de capturer et de stocker cette eau, puis de l’utiliser pour le jardinage pendant les périodes de l’année où  il n’y a pas assez d’eau.

En utilisant les bassins, des eaux qui autrefois détruisaient des maisons, heurtaient l’économie locale et augmentaient les risques de maladie, ont été converties en nouvelle réserve d’eau douce pour une communauté d’Afrique occidentale, au climat normalement poussiéreux et sec durant une grande partie de l’année.

« Avant, on devait accepter que les maisons soient inondées, mais ce projet a ouvert nos yeux sur la possibilité de voir qu’il y a une solution » a expliqué Emilie Faye, un leader local, qui a contribué à ce projet.

Faye nous montre son canapé indiquant le niveau d’inondation d’autrefois. Les murs et le plafond de sa maison sont décolorés et se friables à cause des dégâts secondaires d’humidité.

CAPTURER DES EAUX DE PLUIE

Les eaux de pluie détournées servent à de multiples causes.  Le système d'écoulement des eaux pluviales amène de l’eau  vers des canalisations souterraines qui se déversent dans un système de filtration.  Puis, l’eau traverse une série de bassins, ce qui crée un réservoir et un espace vert au milieu d’une banlieue surpeuplée et poussiéreuse.

Les bassins eux-mêmes développent un écosystème florissant et sont aujourd’hui peuplés de plantes médicinales, de poissons et de hérons.

Ces bassins sont des régions basses naturelles où s’élevaient jadis des maisons et des écoles.  Cependant, des averses particulièrement fortes en 2009 ont inondé la région et ont détruit les bâtiments, ce qui l’a alors transformée en poubelle ouverte et un terrain fertile pour les moustiques et les criminels locaux.

Ne cherchant qu’à fuir la sécheresse et la famine, ceci n’est pas ce que beaucoup d’habitants avaient attendu quand ils ont déménagé à Pikine vers la fin des années 1970.  À l’époque, personne ne leur avait dit qu’ils avaient acheté les maisons dans un marécage de basse altitude sujet aux inondations. Initialement, peu d’inondations se sont tenues pendant une décennie d’années particulièrement sèches.

Mais, ces jours-ci « Les habitants locaux sont des prisonniers dans leurs propres maisons quand il pleut » explique Mamadou N’Diaye, un chef de village local.  « La pire ironie est que la plupart de ces gens sont venus ici pour échapper à la sécheresse, seulement maintenant ils souffrent des inondations. »

Jusqu’à ce que le projet de capture d’eau ait commencé, les populations locales ont été laissées seules avec elles-mêmes pour faire face aux inondations. L’Etat avait aidé quelques familles à déménager sans tenir compte du problème fondamental d’inondation, selon Babacar N’Diaye, un expert en construction du projet.

L’une des zones les plus gravement affectées du village était sa rue de marché qui était régulièrement inondée d’eaux, ce qui a causé le départ de commerçant et occasionné une perte importants de bénéfices pour les femmes à cause du poisson invendu.

Désormais, le marché bénéficie d’un système d’écoulement encastré dans la rue qui fait passer les eaux de pluie aux bassins.

DES CHANGEMENTS D’ATTITUDES

Bien que le centre physique du projet soit le système d’écoulement construit en béton, son succès dépend de quelque chose de plus flexible – la volonté des femmes de changer leurs comportements lorsqu’il s’agit d’eau et d’assainissement.

En l’Afrique de l’Ouest, les femmes, qui sont responsables des ménages, du lavage, et de cuisiner,  recourent souvent au fait de jeter les restes d’eaux sales et les déchets dans les rues, l’océan ou les égouts à ciel ouvert, puisqu’elles ont peu d’accès aux canalisations ou aux installations de traitement de l’eau.

Pikine n’est pas différente, et les nouveaux bassins d’eaux continuent à être un dépotoir pour les ordures et l’eau croupie.

Mais Faye et un autre chef de communauté, Mariama Diallo, travaillent pour persuader des femmes de tamiser les déchets de leur eau grise quand elles la versent dans les nouvelles canalisations, et d’utiliser les bennes à ordures au lieu de jeter leurs déchets dans les bassins.

Les avantages vont directement profiter aux femmes qui pourront non seulement jouir d’un environnement plus propre mais aussi d’une connaissance améliorée en matière d’eau et d’assainissement grâce à ce projet.

Beaucoup ont également reçu une formation dans le domaine du jardinage biologique  et ont acquis de l’expérience, comme les organisateurs de groupes qui apprennent à se préparer et à réagir contre les catastrophes naturelles telles que les inondations.

Le projet d’un nouveau plan mondial pour empêcher les catastrophes, censé être adopté au Japon au cours de ce mois, constate que les femmes ont été disproportionnément affectées par des catastrophes naturelles au cours des dernières 10 années.

Cependant, dans le plan on dit qu’elles ont un rôle clé dans la gestion des risques et qu’elles devraient être habilitées à trouver des nouvelles façons de gagner leur vie après une crise.

LE PROJET VA-T-IL DURER ?

Les résidents disent que le projet Dakar a créé beaucoup de bénéfices, et ils attendront de voir si cela va durer, particulièrement parce que les météorologues ont prédit que de grosses pluies pour cette année qui pourraient tester les efforts locaux des constructions de protections contre les inondations.

« Beaucoup de projets vont et viennent mais rien ne change » s’exprime Diallo, bien qu’elle soit optimiste que celui-ci continuera et se répandra aux autres communautés.

Faye a dit que le projet l’avait aidé elle et sa famille.  Avec sa fille, Esperence, toutes deux travaillent comme producteurs de cultures commerciales dans les jardins autour des bassins.  Les $22 gagnés par mois par les producteurs sont souvent dépensés pour des frais scolaires ou des fournitures médicales.

Edouard Diatta, consultant senior du cabinet d’architecture Mandu, qui mène le projet, a dit que les bénéfices du projet vont au-delà des nouveaux bassins et canaux. « Même si le système d’écoulement tombe en panne, nous n’aurions pas échoué » a-t-il ajouté.

« Le résultat le plus important de ce projet n’est pas les nouvelles installations, mais plutôt la capacité des habitants de se serrer les coudes pour atteindre quelque chose, » a-t-il dit.

« Ce projet s’appelle « Habiter avec l’eau » (Live with Water) a rappelé Amadou Gueye, technicien local qui travaille sur le projet. « Cela ne s’appelle pas « Habiter avec cette eau pendant 10 ans et puis, nous attendrons de voir »

Au loin, derrière Gueye, une femme jette de l’eau sale dans un bassin.  À quatre mois de la saison des pluies, il est évident que Faye et Gueye ont encore beaucoup à faire. 

We welcome comments that advance the story through relevant opinion, anecdotes, links and data. If you see a comment that you believe is irrelevant or inappropriate, you can flag it to our editors by using the report abuse links. Views expressed in the comments do not represent those of Braced or its partners.

Video

Qu'est ce que la résilience?

A l'Evenement d'Apprentissage Annuel en Ouganda, nous avons posé une question aux participants: qu'est ce que la résilience?

Blogs

Des flashmobs pour la résilience

"Les flashmobs peuvent faire passer des messages complexes de façon simple."


Arrêtons d’ignorer les conflits dans les efforts pour la résilience

Il y a beaucoup d’efforts d’adaptation climatique et de développement dans des pays instables - et cette réalité doit être prise en compte


En rajouter, se superposer ou imiter: Comment rendre l’aide plus ...

Combiner aide d’urgence et protection sociale peut rendre l’aide plus agile et résiliente. Voici six pistes dans ce sens


Comment s’y prendre pour faire bouger les choses? Les rendre faciles

Garder à l’esprit les désirs des personnes peut s’avérer utile pour qu’économiser apparaisse comme dépenser et créer un effet d’entraînement


Dernières photos

Tweets