Les banlieues de Dakar tournent les eaux d’inondation à leur avantage

  • Par Megan Rowling
  • 01/11/2016

Des membres de la communauté de Béne Barack, quartier des banlieues est de Dakar, Sénégal, nettoient les bassins de stockage des eaux d’inondation installés pour aider à réduire les risques de crues dans le quartier. Photo: CRES

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YEUMBEUL NORD, Sénégal - Balla Fall, fraîchement élu président d'un comité de quartier gérant un programme pour protéger les habitants des inondations, a beaucoup de travail devant lui: mobiliser les gens du coin pour nettoyer les réservoirs de drainage remplis de déchets et d’herbes hautes. 


Mais ce maçon d’une quarantaine d’années s’avère confiant. "Chaque fois qu’il y a besoin, beaucoup de gens viennent," explique-t-il l’après-midi même où le comité s’est réuni pour mettre en place l’opération. 


Pendant une semaine à la fin septembre, environ 35 habitants du quartier de Béne Barack ont aidé à enlever 17 tonnes de déchets de plusieurs bassins. 


L’eau peut de nouveau couler comme il faut, la sécurité s’est améliorée autour des bords du bassin -- jusqu’ici, il avait été dangereux de s’y aventurer pour des marches nocturnes -- et il y a également moins de risques de maladie du fait de l’eau sale, selon le Consortium pour la Recherche Economique et Sociale (CRES), basé à Dakar, qui dirige le projet.

Mettre la communauté à contribution est essentiel pour un projet de gestion des inondations urbaines appelé ‘Vivre avec l'Eau’, fondé par le gouvernement britannique. Il vise à améliorer la vie de quelque 920,000 personnes, principalement dans les banlieues est de Dakar. 


"Ils jouent un rôle très actif dans l’amélioration de leur environnement," dit Nafissatou Baldé, coordinatrice de projet au CRES.


Le projet tend à empêcher les inondations dans les maisons, les magasins et les rues durant la saison des pluies en mettant en place des infrastructures de drainage, tout en utilisant les eaux évacuées pour des activités comme la culture de plantes aromatiques sur les rives des bassins. 


"Notre but est que l’eau devienne une amie plutôt qu’une ennemie," dit Baldé.


Lorsqu’ils sont gérés comme il faut, les déluges de la saison des pluies ne devraient plus abîmer les biens des habitants ou les forcer hors de chez eux, a-t-elle ajouté.  


GARDER LES RUES SECHES


A Yeumbeul Nord, municipalité de la banlieue Est de Dakar, les inondations ne sont pas rares. Quand, en 2005, les inondations saisonnières ont frappé, la moitié de 82 quartiers ont été affectés. Mais 10 ans plus tard, grâce aux efforts conjoints du gouvernement, des autorités municipales et des groupes de développement, seuls quartiers 12 furent inondés, d’après les représentants locaux. 


Comme un nombre croissant de personnes ont migré des zones rurales du Sénégal vers ces quartiers près de la mer, les maisons ont été construites sur des zones sujettes aux inondations, les mettant en danger. 


Mais le maire Daouda Ndiaye explique que près de 525 familles ont maintenant été relogées en dehors des zones les plus dangereuses. Désormais, le principal problème est de protéger les routes des inondations dans quelque 20 quartiers, ajoute-t-il.  


"Nous n’avons pas beaucoup de fonds à allouer aux inondations," dit-il, même si la mairie fait de son mieux pour déployer des camions et des pompes motorisées en cas de fortes pluies. "Je pense que la solution durable est d’équiper les routes d’égouts et de systèmes d’écoulement par gravité."


La rue principale de Béne Barack, Thomas Sankara, avec son marché d’un côté, a bénéficié de nouveaux égouts et d’un revêtement neuf dans la phase pilote du projet ‘Vivre avec l’Eau’, qui a démarré en 2014.


Il s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme appelé BRACED, financé par le Royaume-Uni pour construire la résilience aux extrêmes climatiques et aux catastrophes dans 13 pays en Afrique et en Asie.


ECO-BRIQUES


A Béne Barack, le projet a également formé la jeunesse locale à faire des "éco-briques" à partir de plastique usé et recyclé et utilise ces dernières avec de vieux pneus pour faire des murs et des bancs publics. 


Réparties autour de ces bancs circulaires, à l’ombre bienvenue d’un arbre de l’artère Thomas Sankara, un groupe de femmes offrent leurs étals aux chalands, elles vendent des oeufs ou des sandales brillantes.  


Elles mènent plus facilement leurs négoces maintenant qu’elles disposent d’un lieu pour installer leurs étals: à l’ombre les jours de chaleur et en dehors de la menace des inondations quand il pleut, disent-elles. 


Les travaux de drainage doivent commencer le mois prochain sur la prochaine rue au dessus dont la surface sableuse est couverte de nids-de-poule et de rainures de la saison pluvieuse. 


Les avancées du projet se sont avérées un peu saccadées, selon le représentant du quartier, Mamadou Ndiaye, et Baldé du CRES.


Il a été mis en veilleuse durant plusieurs mois pour résoudre des problèmes de coordination avec certains partenaires, explique Baldé. Mais une fois les problèmes de gouvernance réglés, ajoute-t-elle, le projet a redémarré.  


Les plans sont maintenant en place pour dérouler le programme de gestion des inondations à la fin 2017 dans 10 municipalités, au lieu des 12 initialement prévues.  


DEFI DE MAINTENANCE


Les difficultés initiales ont eu quelques effets négatifs sur la population locale. 


Les déchets ont commencé à s’accumuler dans les bassins de stockage des eaux, envahis par de l’herbe Typha de plusieurs mètres de hauteur. Cela a empêché la circulation de l’eau et rendu la zone peu sûre la nuit. 


Sans protection adéquate des animaux en quête de nourriture et des mauvaises herbes, les petits pots de menthe et de vétiver plantés autour des bassins par les femmes du coin ont souffert.


"La maintenance des bassins constitue un problème pour nous," explique Ndiaye, le représentant de la communauté, ajoutant que le gouvernement -- qui a construit les bassins-- a promis de se charger de leur entretien. 


Des améliorations doivent avoir lieu pour que le drainage des rues marche exactement comme il devrait, et certains réclament des clôtures autour des bassins afin qu’ils soient plus sûrs pour les enfants qui jouent et vont à l’école à proximité, a-t-il ajouté.


Mais avec le projet de nouveau sur pied, l’espoir est là: que les inondations cessent de menacer la vie quotidienne de ces banlieues vulnérables et densément peuplées. 


"C’est une contribution vers la résolution du problème," dit Baldé.

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