Des dépenses intelligentes pour combattre en amont les catastrophes en Ouganda

  • Par Zoe Tabary
  • 03/03/2017

Des personnes déplacées par les inondations marchent avec leurs possessions à Kilembe, dans le district de Kasese, en Ouganda, le 8 mai 2013. REUTERS/James Akena

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ENTEBBE, Ouganda - Chaque année, des familles sont déplacées et des récoltes détruites par les pluies torrentielles en Ouganda -- et des événements météo peuvent encore s’aggraver du fait du changement climatique.  

«Si l’on s’appuie sur les chutes de pluie récentes, les inondations cette année peuvent commencer dès le mois d’avril -- avec des communautés principalement touchées par des schémas climatiques imprévisibles », dit Irene Amuron, une conseillère technique pour le Centre climatique Croix-Rouge/Croissant-Rouge en Ouganda. 

Mais apporter de l’aide aux populations avant que la catastrophe ne frappe peut contribuer à limiter le coût de l’aide une fois la catastrophe survenue, disent les experts. 

La Croix-Rouge s’est livrée à des tests dans le domaine du « financement basé sur des prédictions » en Ouganda et dans d’autres pays. Cela implique de donner des fonds et autres appuis à des communautés en fonction de déclencheurs établis à l’avance -- comme les prévisions météo-- plutôt que d’attendre des pluies torrentielles ou des périodes de sécheresse ne causent des dommages. 

De tels soutiens précoces peuvent aider les communautés à se préparer pour une crise et limiter les dommages occasionnés, plutôt que de simplement essayer de s’en remettre après coup, dit Amuron.

«Cela peut signifier la distribution de tablettes de chlore pour purifier l’eau ou de sacs pour la nourriture, ainsi que de tuyaux pour détourner l’eau », a-t-elle expliqué à la Fondation Thomson Reuters, en marquant une pause pour écouter le tonnerre au loin.  

La Croix-Rouge a testé le mécanisme en novembre 2015 après avoir reçu des avis d’inondations pour plusieurs villages dans la région à l’est de Teso émanant du Global Flood Awareness System de la Commission européenne. Les alertes ont été confirmées par les services météo ougandais.

«Nous avons fourni des jerry cans rempli d’eau et de savon à environ 

2 000 personnes. Nous ne nous sommes pas basés sur les dégâts occasionnés mais sur l’impact potentiel de l’inondation », a déclaré Amuron.

Elle a ajouté que l’inondation,arrivée en décembre, n’a nécessité aucune réponse d’urgence du fait de ces préparations.  

"FAUSSES ALERTES"

Helen Ticehurst, cheffe du développement international auprès du Met Office britannique a expliqué dans le cadre d’une réunion organisée par le programme BRACED (Construction de la Résilience et l’Adaptation aux Extrêmes climatiques et aux Catastrophes, financé par le Royaume-Uni) que même si une action précoce se justifie en termes économiques, des fonds d’assistance ne sont en général libérés que lorsqu’un gouvernement déclare une urgence, et non lorsqu’il lance une alerte précoce. 

Richard Ewbank, un conseiller pour le changement climatique auprès de Christian Aid, a expliqué que les gouvernements peuvent être récalcitrants à lancer des alertes précoces sur des événements extrêmes « car ils ont peur d’être critiqués si les prévisions s’avèrent erronées ». 

Amuron dit que le deuxième déclenchement du mécanisme d’aide anticipée en Ouganda, en avril 2016, s’est avéré une fausse alerte. Mais les travaux de préparation pour la catastrophe se sont quand même révélés bénéfiques, dit-elle. 

«Les tranchées creusées ont fourni de l’eau dans les jardins à chaque averse, et le savon distribué a amélioré l’hygiène personnelle des gens », dit-elle.

Elle ajoute que le risque de fausses alertes a fait que la Croix-Rouge a principalement appliqué des actions précoces qui, quoi qu’il arrive, n’impliquent que peu de regrets par la suite.

« Donc plutôt que de suggérer aux gens de se déplacer et d’arracher leurs récoltes dans l’anticipation d’une inondation -- ce qui peut être à la fois cher et pénible en cas de fausse alerte -- nous leur montrons plutôt comment détourner l’eau », dit-elle. 

Les communautés impliquées dans les essais d’aide précoce comprennent désormais qu’une alerte ne débouche pas forcément sur un événement extrême, explique Amuron, mais ils sont prêts quoi qu’il arrive. 

PROCHAINES ETAPES

Le but de cet effort pour se préparer avant l’heure à des catastrophes ?Que les communautés tirent les enseignements de ces actions et au bout du compte les mènent à bien elles-mêmes, comme par exemple le fait d’élever les terrains avec des bâtons pour protéger les récoltes des inondations.

«Notre présence (Croix-Rouge) ne serait alors plus nécessaire. Nous pourrions juste partager les données météo que nous recevons avec la communauté », dit-elle. 

La Croix-Rouge travaille avec le gouvernement ougandais pour élargir le dispositif -- qui a également été testé au Togo, au Mozambique et au Pérou-- à d’autres régions du pays, y compris, dit-elle, pour combattre la sécheresse dans la région Karamoja au nord-est.

Amuron explique que le mécanisme vient en complément d’autres initiatives et prévisions gouvernementales existantes et n’a pas vocation à les remplacer. 

«Je pense que d’autres gouvernements et même le secteur privé en arriveront à être convaincus par le concept », a-t-elle ajouté. «Chaque action est moins chère et plus efficace ». 

 

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