Quel temps fait-il au Burkina Faso?

  • Par Megan Rowling
  • 21/01/2016

Mesure des précipitations au village de Tambarga au sud-est du Burkina Faso, 2010. PHOTO/Théophile Mandé and Natalie Ceperley/EFLUM

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L’Afrique subsaharienne a toujours du mal à faire aux sécheresses et aux inondations sans les informations météorologiques et climatiques nécessaires. Mais, alors que la planète se réchauffe, rendant les conditions extrêmes de plus en plus probables, les efforts s’intensifient également afin de combler les lacunes de connaissances sur le continent africain. 

Prenons le cas du Burkina Faso, un pays en développement enclavé de l’Afrique de l’Ouest qui a souffert récemment de sécheresses répétées et d’une situation politique instable, ABOUTISSANT DANS UN soulèvement l’année dernière. 

Alors que la production alimentaire ici n’est pas actuellement en crise, la sécheresse et les températures en augmentation sont une menace croissante, et des dizaines de milliers de personnes  n’ont pas assez à manger, particulièrement dans les régions du Sahel et du nord du pays, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO). 

Des scientifiques et des experts de l’aide tentent de dissiper les futures menaces en travaillant sur des projets qui visent à mieux cerner les tendances de la météo et du climat du Burkina Faso, ainsi que la sensibilité des locaux vis à vis de celles-ci. Ils veulent également apprécier comment ces tendances pourraient évoluer à l’avenir. 

Surtout, ils veulent s’assurer que l’information qu’ils produisent est pertinente pour les communautés locales et aidera à guider des mesures pour sauvegarder la production alimentaire et l’environnement. 

Par exemple, une étude publiée récemment par une équipe internationale de chercheurs montre qu’une savane naturelle dans le sud-est du Burkina Faso a enregistré plus de pluie qu’un terrain défriché destiné à l’agriculture à proximité, une situation de plus en plus fréquente alors que l’Afrique de l’Ouest essaie de produire plus de nourriture. 

«Si l’on pense pouvoir simplement transformer ce paysage en champs agricoles tout en ayant en moyenne statistique le même niveau de pluie --  ce n’est pas le cas », dit Marc Parlange, un professeur d’ingénierie civile de l’Université canadienne de la Columbie-Britannique, co-auteur de l’étude. «Nous allons constater une baisse de la pluviométrie».

Pendant trois ans, des chercheurs du Canada, du Burkina Faso et des Etats-Unis ont enregistré les chutes de pluie, la température de l’air, l’humidité, la température du sol et les autres variables dans une savane forestière naturelle dans le village de Tambarga, de même que dans un champ de riz et de millet à un kilomètre et demi de là.  

Ils ont découvert que les champs agricoles ont reçu 10 à 15 pour cent de moins de pluies « convectives » -- qui sont produites quand la chaleur du paysage chauffe l’atmosphère -- que la savane naturelle. C’est un souci, dans la mesure où les fermiers burkinabés comptent totalement sur les pluies et sur les nappes phréatiques pour irriguer les récoltes. 

Parlange a indiqué à la Fondation Thomson Reuters que les implications pour les décideurs politiques et les communautés locales seraient d’éviter la conversion extensive de terrains en terres agricoles, et à la place de maintenir des arbres où les récoltes sont plantées. 

« Vous devez vraiment réfléchir à comment vous allez insérer les fermes dans le paysage, et les garder de façon à ce qu’il subsiste de la savane naturelle... de façon à ne pas avoir une telle réduction dans les chutes de pluies », a-t-il dit. 

L’hydrologue ne sait pas si les résultats de l’équipe vont impacter la prise de décision, mais il souligne l’importance d’aller sur le terrain pour mesurer de façon précise ce qui se passe et pourquoi.

«Il existe très très de personnes sur place mesurant quoi que ce soit en Afrique -- parler est facile », dit-il. La plupart du travail effectué sur l’eau, le climat et la météo est tiré de modélisations ou de données prises à distance, a-t-il ajouté. 

C’est particulièrement le cas pour les zones les plus pauvres et les plus éloignées où l’équipement comme les stations météo est soit non-existant, ou s’il a été installé, souvent ne fait pas l’objet de maintenance.

DE L’INFORMATION UTILISABLE

Carlo Buontempo du Met Office (les services météo britanniques), qui développe de nouveaux outils pour aider les décisionnaires à gérer les risques climatiques, a déclaré que le Burkina Faso ne s’en sort pas mal au niveau du nombre de stations météo présentes sur le territoire -- sept -- par rapport à ses voisins d’Afrique de l’Ouest. 

Mais si avoir plus de stations peut clairement s’avérer utile, il y a aussi un besoin de s’assurer que les prévisionnistes et représentants gouvernementaux seraient en mesure d’utiliser au mieux les données produites par les stations -- un défi pour beaucoup de pays en développement. 

«Il est assez facile d’acquérir de l’infrastructure, des stations et un ordinateur mais si vous n’avez pas la capacité d’entrer des données, de les utiliser, pour améliorer les stratégies de prévisions, alors ce n’est pas un bon investissement en soi », explique Buontempo.

Au Burkina Faso, le Met Office travaille à créer cette capacité sous l’égide du programme pour la Construction de la Résilience aux Extrêmes Climatiques et aux Catastrophes (BRACED), avec le soutien du Ministère britannique du Développement International. 

L’objectif du projet sur trois ans, entrepris par un consortium d’organismes de développement, de scientifiqueS, de media et le gouvernement, est d’améliorer l’accès à des données fiables for les populations locales de centaines de villages. 

Cela les aidera également -- particulièrement les femmes agricultrices et les jeunes filles-- à trouver des manières de mieux faire face à la sécheresse, aux inondations, aux vagues de chaleur et aux précipitations extrêmes.

Buontempo dit que le projet vise à comprendre qui sont les utilisateurs des données météo et climatiques, ce dont ils ont besoin, et comment le leur donner de façon adéquate. 

« Cela peut sembler un petit changement mais c’est en fait un grand pas », dit-il. C’est parce qu’on a eu tendance à penser que si les informations météorologiques et climatiques sont à disposition, les gens vont agir, mais «cela n’arrive pas».

A cela, plusieurs raisons et parmi elles, le manque de confiance ou le fait que l’information soit difficilement utilisable dans les contextes locaux.  

Le Met Office va également former des prévisionnistes météo burkinabés à l’utilisation des derniers modèles et des données pour des influences climatiques difficiles à évaluer comme les mouvements de la mousson dans l’Afrique de l’Ouest. 

Un autre élément important est de faire le lien entre les données scientifiques et les façons traditionnelles de comprendre et de répondre aux signaux climatiques, explique Buontempo. Les pratiques habituelles peuvent être mises en porte-à-faux par le changement climatiques, et devront être adaptées à l’évolution des tendances météorologiques. 

«Avec ce projet, la possibilité que nous avons est de rendre l’information (météo et climatique) bien plus utilisable -- plus sûre, plus légitime, plus compréhensible, plus pertinente, plus opportune », explique Buontempo.

Si cela réussit, cela peut permettre à des gens d’accéder à la connaissance dont ils ont besoin pour se préparer et résister aux effets grandissants du changement climatique, les aidant ainsi à se protéger de la faim et de la pauvreté. 

 

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