La crise imminente en Ethiopie : un retard coûteux

  • Par Courtenay Cabot Venton
  • 28/10/2015

Une femme en Ethiopie rentre du ramassage de bois pour le feu/ Christian Aid

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L’Ethiopie est de nouveau face à une crise humanitaire qui semble en passe d’avoir des conséquences dévastatrices pour la majeure partie de sa population. Malgré des chiffres de croissance impressionnants sur la dernière décennie, 20 millions d’Ethiopiens vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté. La météo liée à El Niño cause de la sécheresse, détruisant toute chance d’une réduction durable de la pauvreté.

L’ONU a livré son pronostic le mois dernier -- le nombre de personnes nécessitant de l’aide d’urgence a augmenté de 3 à 4,5 millions de personnes. En l’espace de quelques semaines, ce nombre a été revu à la hausse à plus de 8,2 millions. Ce qui, selon les projections, devrait encore doubler jusqu’à 15 millions début 2016, avec 350 000 enfants souffrant de malnutrition sévère.

Malheureusement, l’histoire a montré de façon répétée que la réponse à ces crises arrive en général de façon tardive. Le retard dans l’action est le résultat de divers facteurs; l’un d’eux est l’ ‘effet CNN’. Même si elles savent ce qui se prépare, les organisations humanitaires ne peuvent soulever des fonds pour empêcher la crise avant que celle-ci n’attire attention suffisante du public et des médias. Les dons commencent à affluer avec les images d’enfants qui meurent de faim, et à ce moment-là crise bat son plein et s’avère très difficile à arrêter.

Une réponse tardive est très coûteuse. Combinant des données des Nations Unies sur le coût de fournir un appui vital avec des éléments sur l’impact économique de la sécheresse sur les familles éthiopiennes, le coût estimé d’une réaction tardive est de 1,7 milliards de dollars.

Notre retard a des conséquences dangereuses et de longue durée pour les plus touchés. C’est sans doute une sous-estimation, destinée à augmenter au vu des estimations des traitements pour la malnutrition, du taux de mortalité et de l’impact économique à long terme sur les familles.

Si nous réagissons maintenant, avant que la crise ne s’étende dans les hauteurs de l’Ethiopie, une grande partie de cette souffrance peut être évitée. Une réaction rapide peut bénéficier de prix alimentaires plus bas là où c’est possible, et aller soutenir les familles avant qu’elles ne plongent dans une spirale descendante en devant vendre leurs biens, réduire leur consommation de nourriture et retirer les enfants de l’école. Si nous réagissons tôt, le coût total descendrait à 720 millions de dollars. En d’autres termes, réagir vite entraînerait une économie d’environ un milliard de dollars. Autrement dit, avec chaque jour d’inaction qui passe, le coût augmente d’environ 8 millions de dollars. Quid si nous réagissons maintenant et que nous apercevons que la sécheresse n’était pas aussi sévère qu’escompté ? D’après ces estimations, il faudrait que nous ayons prédit et réagi à la crise au moins trois fois avant de dépasser le coût d’attendre et d’avoir « raison ». Et même si nous nous trompons, l’argent n’est pas dépensé en vain. Des transferts à des foyers en absence de crise ont montré qu’ils permettent aux familles de se construire des atouts productifs et des opportunités de revenus afin de ne pas avoir besoin de soutien lors de crises ultérieures.

J’étais en Ethiopie en 2012, juste au moment où des zones du pays sortaient d’une sécheresse sévère. A l’époque, les organismes humanitaires levaient les bras au ciel car la réaction, une fois de plus, avait été tardive. Il y avait eu des indications pointant vers une crise dès août 2010. Des signaux d’alerte répétés en novembre. Malgré cela, la crise à grande échelle n’est pas apparue avant la deuxième absence de pluie, en juillet 2011, et à ce moment-là, nous étions au coeur de la sécheresse dans les régions concernées.

Dans toute la région, ce fut le même scénario. Par exemple, en Somalie, l’appel d’urgence n’était fondé qu’à 47% malgré plusieurs mois de signaux d’alerte précoces. Une fois la famine déclarée, le financement est monté en puissance pour atteindre les 100% du montant appelé initialement. Finalement, la demande de financement a du être doublée car la situation s’est détériorée entretemps.

Cette histoire arrive trop fréquemment. La crise des réfugiés syriens n’est parvenue que récemment à l’attention de l’opinion publique. Depuis les quatre dernières années, les Nations Unies, avec une multitude de partenaires, soutiennent les réfugiés dans les pays voisins. Quand le Programme Alimentaire Mondial (WFP) des Nations Unies a réduit de moitié son aide dans les camps de réfugiés du fait d’un manque de financement, les familles ont commencé à chercher refuge en Europe -- avec un important coût financier et humain. Cet été, quand le monde a été témoin de la noyade d’un petit garçon sur une plage, le monde s’est mobilisé pour apporter de l’aide -- y compris en augmentant le financement des organismes travaillant dans la région. Mais si ce financement n’avait pas manqué au début, nous aurions pu éviter tellement de souffrance humaine.

Voilà où nous en sommes, en octobre 2015, avec le nombre de dossiers humanitaires en Ethiopie en rapide augmentation et des indications d’une crise sévère imminente. Serons-nous réactifs -- pousser à agir uniquement par des reportages sur des morts et de la souffrance -- et regarderons-nous encore une fois l’histoire se répéter ? Ou bien allons-nous relever le défi et transformer cette crise en « une catastrophe qui n’est jamais arrivée » ?  

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