Comment adapter les techniques agricoles - et les comportements

  • Par Clémence Duron and George Jacob, Self Help Africa
  • 31/05/2017

Habibou Tiendrebeogo récolte des arachides dans son champ à Loumbila, au centre du Burkina Faso, le 16 octobre 2016. Photo : Christine Redmond.

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"Cela fait longtemps que nous attendons de la pluie. Elle n’est toujours pas tombée," murmure Habibou Tiendrebeogo, en surveillant son champ de haricots. 

Alors que le thermomètre indique plus de 40°C, en ce milieu de matinée, et qu’il n’y a pas un seul nuage à l’horizon, il est difficile de croire que la saison des pluies est bien entamée dans la région du Plateau-Central au Burkina Faso.

Tiendrebeogo raconte voir vu quelques averses rapidement évaporées du sol sec et poussiéreux de sa petite exploitation. 

De tels extrêmes climatiques sont fréquents au Burkina Faso et détruisent les récoltes, qui pèsent lourdement sur les agriculteurs du pays. Ces derniers donnent de quoi vivre à près de 80% du pays qui compte 17 millions d’habitants. 

Des agriculteurs locaux comme Tiendrebeogo n’ont d’autre choix que d’apprendre à gérer les conséquences d’un climat plus chaud et plus sec. 

L’association caritative irlandaise Self Help Africa collabore avec l’agence humanitaire allemande Welthungerhilfe et des partenaires locaux, y  compris la Fédération Wend Yam, située sur le Plateau-Central, sur un projet BRACED sur plusieurs années qui soutient 620,000 agriculteurs dans l’adaptation de leurs techniques d’exploitation, la diversification de leur production et l’accès à des semences qui résistent à la sécheresse, et l’amélioration de la fertilité des sols. 

Propriétaire d’une parcelle d’un hectare où elle cultive des haricots, des arachides, du maïs, du sorgho et du mil, Tiendrebeogo est l’’agricultrice principale’ pour la communauté qui travaille avec Self Help Africa. Elle promeut des approches intelligentes par rapport au changement climatique auprès d’autres agriculteurs dans le village Nomgana, proche de la capitale.

La charge de famille repose sur cette mère de quatre enfants et grand-mère de deux petits-enfants depuis que son mari a perdu la vue il y a quelques années. 

UNE APPROCHE DU CLIMAT INTELLIGENTE 

Dans son propre travail, Tiendrebeogo dit avoir changé sa façon de travailler, adoptant des techniques qui préservent le sol fragile.  

"Dans le passé, je défrichais simplement la terre, creusais des sillons et jetais les semences dans le sol," explique-t-elle. 

"Maintenant, je plante les graines individuellement dans un trou creusé à la main. De cette façon, je minimise l’évaporation de l’eau du sol et je peux fertiliser mes cultures d’une façon plus efficace."

Des techniques agricoles adaptées, de même que des semences performantes que Tiendrebeogo fait pousser dans une parcelle-témoin sur son exploitation ont contribué de façon essentielle à son succès dans la production de plus de nourriture ainsi que le partage de son expertise avec d’autres.  

Elle a aussi adapté son comportement à la maison. Avec une volonté de soutenir les efforts pour combattre la déforestation, elle a construit et utilise maintenant son propre four économique. Constitué de bouses de vache, de paille, de cendres, d’argile rouge et d’eau, il brûle 60% de bois en moins que les méthodes traditionnelles de cuisson.

"Dès que j’ai appris que les arbres contribuent à retenir l’eau dans le sol, et qu’ils affectent le rythme des pluies, j’ai changé d’attitude. Un bon nombre de karités qui se trouvaient autour de nos champs ont été abattus pour leur bois. Mon nouveau four n’utilise pas autant de bois." 

Tiendrebeogo envisage maintenant d’apprendre à d’autres femmes du village comment faire leurs propres fours, changer leurs comportements et construire ainsi la résilience de sa communauté. 

DES CHAMPS A L’ECOLE

Mais pour l’heure, Tiendrebeogo est en train de changer l’avenir de sa propre famille. Avec les revenus obtenus en vendant son récent surplus, elle a été en mesure d’envoyer de nouveau sa fille aînée au collège. 

Elle-même mère d’une fille de quatre ans, Fatimata a quitté l’école après avoir donné naissance et manquait d’argent pour reprendre ses études. Aujourd’hui, elle est de retour en classe, parmi les 17% de filles qui suivent des cours au collège au Burkina Faso. Elle rêve un jour de faire des études supérieures et de devenir docteur.

"J’ai du abandonner l’école dès tôt," dit Tiendrebeogo. "Avec une éducation, mes enfants vont avoir des opportunités que je n’ai pas eues."

 

 

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