La coopération entre services météo aide à combattre les aléas climatiques en Ethiopie

  • Par Fasika Tadesse
  • 03/12/2015

Une “maison cheqa” est une case traditionnelle au toit de chaume où les prévisions météo traditionnelles sont données aux anciens/ Fasika Tadesse

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KONSO, Ethiopie - Pour la septième année consécutive, Deneke Degaga, 38 et père de 8 enfants, doit faire face à une mauvaise récolte.  

Degaga vit à Konso, une zone qui subit des sécheresses répétées. Cette année, quand la récolte de sorgho, de haricot et de maïs s’est perdue, il a décidé de vendre un de deux derniers boeufs pour le labour afin de nourrir sa famille.

 

Sans revenu des récoltes, la population de Konso va couper des arbres pour le bois pour son usage et pour la vente afin de survivre. La déforestation est maintenant en augmentation, un indicateur du fait que les gens sont atteints par le changement climatique -- et qu’ils y contribuent en coupant des arbres, qui aident pourtant à favoriser la pluie et maintenir les températures basses. 

Un nouveau projet à Konso vise à aider des gens comme Degaga à éviter de devoir couper des arbres ou vendre des animaux essentiels pour leur travail quand les extrêmes climatiques frappent. 

A ces fins, les agences météorologiques nationales d’Ethiopie et du Royaume-Uni travaillent ensemble pour fournir aux agriculteurs éthiopiens non seulement des informations sur le climat mais des conseils pour réagir aux prévisions météo.

Jusqu’ici, seule de l’information basique sur le climat était donnée à la radio.

Mené par Christian Aid, le projet a pour but d’empêcher les mauvaises récoltes et de promouvoir une utilisation durable des ressources forestières. Il est l’un des 15 projets d’adaptation au changement climatique financés par le programme BRACED, initiative du ministère britannique du Développement International (DFID).

Les projets sont répartis sur les pays les plus vulnérables au climat dans le Sahel et ses pays limitrophes en Afrique, et en Asie du sud et du Sud-est.  

 

DEFIS DES SECHERESSES ET DES COMMUNICATIONS DANS LES ZONES RURALES

A 600 kilomètres de la capitale éthiopienne, Addis Ababa, la zone autour de Konso compte 275 000 habitants, la plupart d’entre eux sont des paysans qui cultivent la terre et élèvent des animaux. Ils survivent également grâce au petit commerce et à des activités artisanales comme la production de vêtements, le travail du bois et les bijoux en bronze. 

Le changement des modèles climatiques et la déforestation ont rendu cette survie plus difficile. 

« Il y a encore 30 ans cette région était si verte et nous nourrissions nos enfants avec un régime équilibré grâce à notre bétail », dit Gremew Gelle, une habitante de 58 ans de  Konso. «Mais maintenant, il se passe tout autre chose. L’endroit est devenu un désert ». 

Les femmes sont obligées d’aller plus loin pour trouver de l’eau car les cours d’eau à proximité se tarissent durant les périodes de sécheresse -- et celles-ci deviennent de plus en plus fréquentes, disent les résidents. 

« Ça nous prend 40 minutes de nous déplacer pour aller chercher de l’eau et nous attendons quatre heures dans les files d’attente », dit Sabiya Binase, qui vit à Konso.

Etre si loin de la capitale peut signifier un éloignement des ressources pour prendre à bras le corps le problème, mais Christian Aid travaille avec --entre autres partenaires -- BBC Media Action pour s’assurer que la météo et les conseils parviennent aux groupes vulnérables dans les zones reculées, particulièrement à des groupes vulnérables comme les femmes et les jeunes filles. 

AVIS ELOIGNES

Tandis que le changement climatique s’installe, l’Ethiopie a fait l’expérience d’extrêmes à la fois dans les températures et dans les précipitations qui conduisent à la sécheresse et aux inondations. Trouver la manière d’informer les gens des aléas climatiques à venir, dans une langue qu’ils comprennent, est essentiel pour améliorer leur résilience, d’après Christian Aid.

«Nous produisons 20 minutes de programme radio sur l’information climatique qui comprend des prévisions météo et des avis de spécialistes pour les paysans qui les aident à faire face aux changements climatiques et à accroître leur productivité », raconte Andenet Bayisa, qui dirige le dossier BBC Media Action dans le projet BRACED. Les programmes sont diffusés par des radios locales, dans des langues locales. Le projet utilise aussi les textos comme moyen d’envoyer les informations dans les régions rurales. 

 

L’Agence Nationale Météorologique (NMA) éthiopienne qui surveille les données météo dans les huit kilomètres de chacune de ses stations météorologiques automatisées envisage de passer ses données à BBC Media Action, qui va les transmettre aux agents techniques gouvernementaux, qui à leur tour les transmettront aux paysans dans leur région. 

Les stations météorologiques automatisées sont un phénomène nouveau en  Ethiopie. Avec près de 120 d’entre elles à travers le pays, de l’assistance technique et de la formation supplémentaire sont nécessaires afin de les utiliser au mieux, disent les experts. 

Dans une tentative de rendre les données encore plus locales -- soit un rayon de quatre kilomètres – l’Agence Nationale Météorologique (NMA) travaille avec le Royaume-Uni et King’s College London, dit Henock Hailu, un météorologiste auprès de NMA, qui est aussi le contact de l’organisme pour  BRACED.

L’émission d’informations climatiques à la radio comprend des données sur le démarrage estimé des pluies, quel type de récoltes les agriculteurs devraient cultiver, et d’autres conseils pour mieux faire face aux changements dans l’environnement. 

L’information a pour but d’atteindre et d’aider des paysans comme Koilate Altaye, 42 ans, mère de sept enfants, qui a perdu huit têtes de bétail dans de fortes chutes de pluie, qui ont suivi la saison sèche en 2014.

« Si j’avais été informée à l’avance des changements climatiques, j’aurais déplacé mes bêtes vers une autre zone afin de sauver leurs vies », dit Altaye. «Et j’aurais également stocké le maximum de fourrage pour mon bétail si j’avais su que la longue saison sèche allait arriver». 

Une fois opérationnel, le projet, mené avec 4, 4 millions de livres (6,7 millions de dollars) du Ministère britannique du Développement International (DFID), doit bénéficier à environ 800 000 paysans comme Altaye et leurs familles dans 55 provinces à travers l’Ethiopie.

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